Le jeudi 28 mai 2026, le parlement français a voté l’abrogation du Code noir, un recueil de textes qui, pendant des siècles, a codifié et légitimé la pratique de l’esclavage. Parmi, les dispositions de ce fameux texte, on peut rappeler le fait qu’il considère les esclaves comme étant des ‘’biens meubles’’ qui peuvent être vendus ou transmis par héritage. Ce texte a été pris et appliqué dans ce qu’on appela pompeusement le pays des droits de l’homme. Au même moment, la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, en son article premier, stipule que « les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur l’utilité commune ».
Le Code noir a scellé le sort de nombreuses nations africaines et noires. C’est pourquoi, on pourrait être tenté de qualifier ce vote comme une évolution législative, mais l’univers mental qui régit les relations entre les élites politiques françaises et l’Afrique demeure intact. Les perceptions qu’ont les dirigeants français de l’Afrique restent inchangées malgré les gesticulations perfides tendant à montrer le contraire.
Cet univers mental a survécu déjà à l’abolition de l’esclavage en 1848 ; il a survécu à la proclamation des indépendances des années 1960 ; à l’avènement des processus démocratiques des années 1990 et plus récemment aux processus souverainistes de 2021 dans les pays du Sahel.
C’est cet univers mental qui a amené la France à imposer les accords économiques léonins qui conditionnaient les indépendances dans les années 1960. Ces accords ont imposé le Franc CFA à 14 ex-colonies françaises d’Afrique, accordé à la France un accès exclusif aux ressources stratégiques de ses ex-colonies ; privilégié l’accès aux marchés publics pour les entreprises françaises et imposé une coopération militaire exclusive avec la France.
C’est ce même univers mental qui a présidé à l’instauration dans les années 90 des processus démocratiques en Afrique francophone suite au fameux discours de La Baule. Plus récemment, c’est ce même état d’esprit qui sous-tend la diabolisation des régimes et des dirigeants des pays de la Confédération des États du Sahel (AES) à qui on dénie le droit et la qualité d’opérer des choix stratégiques qui arrangent leurs pays et leurs peuples.
En somme et comme on peut le constater, la France a beau prendre des textes, en abroger d’autres, l’univers mental ne change pas. La France n’arrive pas à changer de logiciel. Ses élites politiques continuent d’adopter la même condescendance qui consiste à infantiliser l’Afrique et ses dirigeants, à leur dénier tout droit d’opérer des choix souverains pour eux-mêmes, pour leurs pays et pour leurs peuples. Les élites politiques françaises continuent encore à croire que seuls les dirigeants qui lèchent leurs bottes, qui préservent les intérêts français, souvent contre ceux de leurs propres peuples, sont légitimes. Elles ne se rendent pas compte que l’ère des ‘’négriers noirs’’ qu’elle place à la tête de nos États est révolue, en particulier dans l’espace de la Confédération AES.
Siradji Sanda (ONEP)
