L’Agence Nigérienne de Normalisation, de Métrologie et de Certification (ANMC) a publié le 7 juillet 2025, un rapport pour le moins glaçant, suite aux inspections qu’elle a effectuées au sein des boulangeries de Niamey. Cette inspection a concerné 114 boulangeries reparties dans les cinq (5) Arrondissements Communaux de la capitale, parmi lesquelles 31 sont non-fonctionnelles.
Le rapport de l’ANMC fait ressortir une réalité inattendue. En effet, dans le secteur de la boulangerie, les irrégularités semblent être la règle, et le respect des normes l’exception. Ainsi, retient-on, seul 11,92% des boulangeries ont présenté un registre du commerce et crédit mobilier (RCCM) ; 98% d’entre elles n’ont pas de certificats de salubrité ; 100% ne respectent pas la formule de production prescrite par la réglementation ; 100% des instruments de mesure utilisés ne sont pas étalonnés. La majorité du personnel n’a pas de carnet de santé, pour ceux qui en ont, les documents ne sont pas à jour.
Sur le plan de l’hygiène, c’est la catastrophe. Les images filmées par les inspecteurs de l’ANMC ne donnent plus envie de consommer encore du pain. On y voit des locaux insalubres avec des planchers et des plafonds dégradés, du matériel et équipements de travail rouillés, des agents travaillant sans gants, sans masques de la farine entreposée à même le sol à la merci de l’humidité et même souvent des eaux usées et autres bestioles, etc.
Au vu de ces images et des conclusions de ce rapport de l’ANMC, on se rend compte que, des années durant, les consommateurs du pain ont été exposés à des risques d’empoisonnement, tout en enrichissant des opérateurs cupides et indélicats. On comprend alors les intoxications alimentaires souvent inexplicables qu’ont eues beaucoup de consommateurs sans en connaître les causes réelles. Dans tout ça, on se demande où sont passées les associations de défense des droits des consommateurs.
Et probablement, le cas des boulangeries n’est que la face visible de l’iceberg. D’autres secteurs comme la restauration, mais aussi le commerce général (avec une diversité de produit de consommation courante mais de qualité très relative visible même à l’œil nu) méritent l’attention des inspecteurs de l’ANMC.
L’ANMC a fait son travail, il reste maintenant à l’Etat de prendre ses responsabilités en obligeant ces opérateurs à être en règle sinon à fermer boutique. Cela, puisqu’à la fin, c’est l’Etat et les familles qui en font les frais des problèmes de santé qu’engendre la consommation de ces produits impropres. Le rapport note que les conditions d’hygiène des locaux sont acceptables dans seulement cinq (5) boulangeries à savoir Raouda, Amandine, le Moulin, SATU et Saguia (ICA).
Il faut surtout se féliciter que le Ministère du Commerce et de l’Industrie n’ait pas tardé à donner une suite à ce rapport. En effet, le Ministère a, à travers des correspondances officielles, en date du 11 juillet 2025, transmis ce rapport à tous les gérants des boulangeries pour leur permettre de voir, les griefs qui leurs sont portés d’une part. D’autre part, le ministère accorde un délai d’un mois aux gérants, pour mettre en œuvre des actions en vue de corriger les insuffisances relevées par le rapport au niveau de leurs structures respectives.
En outre, le ministre a signé le 11 juillet 2025, un arrêté (0058/MC/I/ANMC) réglementant la production du pain courant au Niger. Ledit arrêté fixe clairement les procédures, les matières à utiliser, le poids, les conditions, etc., de fabrication du pain. L’article 15 dudit arrêté stipule clairement que ‘’avant le démarrage et/ou pendant leurs activités, les boulangeries doivent disposer d’un certificat de conformité délivré par l’ANMC’’.
Siradji Sanda (ONEP)
