Face à la situation difficile et incertaine qui guette la Guinée, la même rengaine refait surface de la part de ceux qui, de l’autre côté de l’atlantique et de la méditerranée, se font passer pour des spécialistes de l’Afrique, de tel ou tel autre pays ou zone du continent. C’est ainsi que ces spécialistes occidentaux de tout et de rien se permettent de classer ou classifier nos élites tant politiques que militaires en pro X, pro Y ou anti X et anti Y. Et ces classifications se résument toujours à pro russes, pro français, pro chinois ou pro américains.
Bref, c’est comme si ces hypothèses tordues tendent à nous faire accepter que nos officiers n’appartiennent pas à des armées nationales ou qu’ils n’ont pas la conscience ou l’amour de leurs pays ; que ces officiers sont nécessairement pro X ou anti Y. Et, l’unique base de ces raisonnements farfelus se limitent au seul fait que des officiers africains aient fréquenté les écoles militaires franco-européennes, américaines, russes ou chinoises. Une telle légèreté cache mal la perception condescendante des européens vis-à-vis de l’Africain, considéré comme un être incapable de se déterminer, de choisir ce qui est bon pour lui et pour son pays sans l’onction de l’Occident. On n’a jamais entendu, ces mêmes analystes déclarer par exemple que tel officier américain est pro russe ou tel officier français est pro chinois, etc.
On a vu ces pseudos spécialistes se répandre sur leurs médias mensongers à la suite des prises de pouvoir par les armées dans les pays de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) où ils ont prédit le chaos, comptant sur leurs proxys. Cette classification en pro et anti X ou Y a toujours été utilisée pour diviser les Africains pour mieux les contrôler et continuer à siphonner les ressources naturelles de leurs pays. Mais, c’est cette infantilisation que les forces armées nationales et les forces de défense et de sécurité des pays de l’AES ont refusé et réfuté en plaçant, au delà de leurs considérations personnelles, les intérêts vitaux de leurs pays. Depuis cinq (05) ans, les FDS des pays de l’AES ont pris la résolution de défendre la souveraineté, l’indépendance et les intérêts stratégiques de leurs pays et de leur espace commun.
Assurément, l’une des voies pour casser cette perception étriquée de nos cadres militaires a consisté, pour le cas du Niger, à développer l’enseignement militaire supérieur. C’est dans cette optique qu’ont vu le jour l’Ecole Militaire Supérieure, l’Ecole de Guerre et les Cours d’état-major. Toute chose qui permet de former sur place les cadres supérieurs de nos armées, des officiers qui maîtrisent les contextes et les environnements nationaux, les défis quotidiens des populations et les impacts des enjeux sécuritaires globaux sur nos Etats.
Au demeurant, depuis plus de trois ans, ces classifications insultantes en pro X et anti Y ne sont plus opérantes dans les rangs de nos forces de défense et de sécurité réunies au sein du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP) qui, n’a qu’un seul objectif : défendre l’intégrité, la souveraineté et la dignité du Niger et de son peuple.
C’est ce qui fait mal aux puissances impérialistes et néocolonialistes qui ont pris la fâcheuse habitude de fourrer leurs nez dans nos affaires aussi bien politiques que militaires pour influer sur nos choix, bien sûr dans leurs intérêts. Mais la doctrine a changé. Les vieux canaux d’analyse et autres perceptions alambiquées sur nos États ne fonctionnent plus. Les peuples africains, au-delà, ceux de l’espace AES, ont pris conscience. Il est donc temps que ceux qui vivent encore dans un univers mental des années 60 changent de logiciel.
Siradji Sanda (ONEP)
