Au détour d’un passage au Tribunal de Grande Instance Hors Classe de Niamey pour assister à un procès le lundi 28 juillet dernier, nous avons été frappé par une réalité, une triste réalité qui traduit un mal-être social et un mal social. Ce jour-là, la majorité des personnes présentées devant le juge sont des jeunes, et même des très jeunes. En effet, leur âge varie entre 14 et 30 ans et sont tous issus de milieux modestes.
Dans une société bien portante, les personnes de cette tranche d’âge devraient être dans les centres d’apprentissage, les Universités et Institutions de formation ou au sein des PME-PMI, en lieu et place des prisons où elles sont en détention préventive ou carrément condamnées.
Et ce jour-là, beaucoup d’entre elles étaient présentées devant le juge pour des délits tels que le vol de pigeon, l’escroquerie, l’usurpation d’identité, délit commis par voie électronique et bien sûr détention, consommation ou commercialisation de stupéfiants.
Il est évident que rien ne justifie la commission d’un délit. Mais que ces jeunes se retrouvent en détention préventive souvent prolongée du fait de la lenteur des procédures et du volume de dossiers traités par les juges, les éloigne de plus en plus de la bonne voie. Au lieu de s’amender, beaucoup d’entre eux se durcissent et deviennent des dangers sociaux permanents, irrécupérables et récidivistes.
Cette situation pose aussi la problématique du surpeuplement des prisons. D’où la nécessité d’accélérer les reformes du système carcéral pour y développer des alternatives au profit des jeunes en conflit avec la loi. En cela, l’exemple du centre pénitentiaire pilote de Daïkaïna qui offre des formations en activités génératrices de revenus (AGR) devrait être dupliqué pour le bien des jeunes en conflit avec la loi.
Cela, l’incarcération pour des délits mineurs est loin d’être une bonne option pour les jeunes en conflit avec la loi, et même pour le système judiciaire et carcéral qui a certainement d’autres chats plus gros à fouetter.
Enfin, la présence massive de jeunes dans les prisons doit aussi nous amener à nous poser des questions sur la justice sociale. En effet, si tous ces jeunes avaient eu des opportunités d’accès à une éducation de qualité, à des formations professionnelles et entrepreunariales, beaucoup d’entre eux n’auraient pu poser des actes qui les mettraient en conflit avec la loi. Sur ce point, les dirigeants passés et actuels sont interpellés et le processus de refondation en cours doit en tenir compte, parce qu’une jeunesse saine, consciente et laborieuse constitue le principal pilier du développement.
Siradji Sanda (ONEP)
