Mme Ila Saâ Adamou dite Samu maï tuwo ta Zabarkan
L’union sacrée de mariage au sein des communautés de l’Arewa (région de Dosso) était dans les années antérieures bien plus qu’un simple lien entre deux personnes. Il s’agit d’un contrat social entre deux familles, basé sur des valeurs de respect, de solidarité et de responsabilité collective. A travers un ensemble de coutumes soigneusement observées, chaque étape du processus nuptial représentait l’importance accordée à l’éducation, la réputation familiale et la cohésion sociale. Aujourd’hui encore ces pratiques restent gravées dans la mémoire de certaines personnes, à l’exemple de Mme Ila Saâ Adamou dite Samu maï tuwo ta Zabarkan qui se souvient, avec nostalgie, de ce bon vieux temps où les mariages étaient particulièrement arrangés par les familles.
Le choix de l’épouse relevait avant tout de la responsabilité des parents, selon Mme Ila Saâ. Le père du jeune homme mène d’abord une enquête approfondie sur des jeunes filles issues de familles reconnues pour leurs valeurs et consulte son épouse pour recueillir son avis. D’un commun accord, ils désignent celle qui est jugée la plus digne à devenir leur belle-fille. Le fils est informé de leur décision par l’intermédiaire de son meilleur ami et le concerné accepte généralement la décision de ses parents. Ensuite, un membre de la famille du prétendant se rend auprès des parents de la jeune fille en vue de solliciter leur accord pour une rencontre entre les deux jeunes. A ce stade, les amis de deux jeunes entrent en jeu, leur rôle occupait une place de choix, dans les démarches pour les échanges. La future jeune mariée qui acceptait la proposition, remettait secrètement un objet symbolique (morceau de tissu, bague, bracelet ou autre présent) à sa confidente qui le transmettait à son tour au meilleur ami du prétendant.
Après tout ce processus, vient l’étape de l’officialisation. La famille du prétendant apporte de l’argent ou des noix de cola « goron na gani ina so », en guise de cadeau qui est partagé entre les différents membres de la famille de la jeune fille. La remise de la dot revêtait aussi une importance capitale. Dans la famille ordinaire, la dot est constituée d’une vache offerte à la jeune mariée, ou un cheval dans les familles royales ou de haut rang.
A quelques jours du mariage, la jeune fille quitte le domicile familial pour aller vivre chez une femme communément appelée « Ouwa daki » qu’elle considère comme sa seconde mère. C’est une transition vers sa nouvelle vie. La veille du mariage, explique Mme Ila Saâ, les jeunes filles du quartier ou des villages environnants se réunissaient pour célébrer l’événement à travers diverses festivités (chants, danses, jeux, etc.). Du côté du jeune marié, c’est son meilleur ami qui prend en charge l’organisation des réjouissances connues sous le nom de « gité ango ». Le jour du mariage, celui qui est appelé « dambo yan mata », vient chercher la jeune mariée chez « Ouwa daki », en donnant une modeste somme de 100 ou 200 FCFA à « Ouwa daki » comme l’exigeait la coutume.
Le jour du mariage, la future épouse se retrouve chez « Dambo yan mata », ce lieu symbolique où elle passe la journée, accompagnée de ses amies et d’autres filles. A la tombée de la nuit, sa famille vient à cheval, à dos d’âne ou de chameau récupérer la jeune mariée pour la conduire d’abord chez ses parents pour la cérémonie du hénné ou « wankan lallé », l’un des moments les plus impressionnants du mariage. Après cette étape, la famille et les amis du marié viennent chercher leur épouse pour l’escorter vers son nouveau foyer. Tout au long du trajet, la foule l’accompagne avec des danses et chansons traditionnelles transmises de génération en génération. Mme Ila Saâ se souvient encore avec émotion comme si c’était hier, de ces chansons qui retentissaient dans les rues et recoins des villages. Quant à la jeune mariée, souligne-t-elle, elle pleurait ou manifestait parfois une résistance, les femmes qui sont avec elle l’aident à poursuivre le chemin.
Arrivée dans sa nouvelle famille, les veilles femmes qui accompagnent la jeune mariée la présentent d’abord à sa belle-mère. Le lendemain, la famille de la mariée apportait divers objets destinés à la décoration de la chambre de leur fille. Elle apporte aussi des nombreux cadeaux composés de sacs de céréales, moutons, chèvres, volailles et d’autres biens offerts par la famille de la mariée à leur gendre. La fête peut prendre toute une semaine au rythme des tam-tams, des danses et des chants de réjouissance. « Toute la famille, parents, amis et connaissances s’y mettaient pour la réussite de la cérémonie », dit avec insistance Mme Ila Saâ.
Aïchatou H. Wakasso (ONEP)
