Le Maracana est une variante du football. Il nécessite peu d’infrastructures et peu d’équipements, avec des règles spécifiques qui privilégient la tactique et la technique. Le jeu est moins physique que le football classique, se basant plus sur la vitesse, l’agilité et l’adresse, plutôt que la puissance physique : ce qui explique sa popularité dans les quartiers. Ce sport est né en Côte d’Ivoire sur les campus universitaires dans les années 1970. Petit à petit, il s’est développé dans toutes les grandes nations de football, avec l’organisation de grands tournois. Récemment, au Niger, plusieurs terrains de Maracana ont vu le jour dans de nombreux quartiers de Niamey, suscitant un engouement fort autour de ces sites.
À Niamey, avec l’apparition de ces terrains de Maracana, la population a trouvé un nouveau divertissement. Cette variante du foot connaît un engouement grandissant chez les amateurs du ballon rond. Au-delà de servir de cadre sportif, ces terrains représentent pour leurs propriétaires une source de revenus, car ces sites sont loués aux clients entre 8 000 et 12 000 FCFA l’heure. Et, en moyenne, sur certains terrains, 3 à 4 rencontres sont jouées par jour. Ainsi, ces derniers temps, les terrains se sont multipliés un peu partout à Niamey.
Selon les explications d’un ancien joueur du centre de formation Saka Sport, M. Sami Oumarou Abdouramane, les règles pour jouer au Maracana sont les suivantes : pour une compétition, il faut 12 joueurs dans chaque équipe. Le jeu se joue avec deux équipes de 6 joueurs maximum pour s’affronter, 4 réservistes inscrits sur la feuille de match et 2 joueurs hors du terrain, remplaçables en cas de blessure. Le match se joue sur 2 fois 10 minutes au Niger, mais, à l’international, c’est 3 fois 10 minutes avec une pause de 5 minutes. La taille du terrain est similaire à celle d’un terrain de handball. Il est interdit de toucher le ballon avec les mains, et il n’y a pas de gardien de but. Sur le terrain, le capitaine est le seul joueur habilité à discuter avec l’arbitre. Les changements sont automatiques sans aviser l’arbitre. Au cas où un joueur recevrait un carton rouge, il sort du terrain pour 5 minutes, pour un carton jaune, c’est 2 minutes. Il faut un minimum de 5 joueurs pour commencer un match.

Les règles spécifiques peuvent varier en fonction de l’organisateur du tournoi, mais des dispositions telles que l’obligation de s’échauffer avant chaque match, le respect des chaussures de sécurité, car les chaussures de jogging, les crampons moulés et vissés sont interdits. Il n’y a que les mini-gommes et les baskets qui sont conseillés. M. Abdouramane explique que les tirs au but se font à la ligne des 5 mètres. S’il y a toujours égalité après 5 tirs par équipe, les tirs se poursuivent jusqu’à ce qu’une équipe rate et que l’autre réussisse. Il est interdit de marquer directement sur un corner, au moins un autre joueur doit toucher le ballon dans la surface de but. Les joueurs qui ont un comportement inapproprié ou s’en prennent à un officiel du match sont sanctionnés, la saction peut même aller jusqu’à la suspension.
Au quartier rive droite de Niamey, M. Ousmane Zakara Karidio, que nous avons rencontré, gère deux terrains de Maracana dont celui qui fait face à la mairie de l’arrondissement communal 5 et celui qui est situé au quartier Zak, juste à côté de l’école Aliguran. S’agissant de l’engouement, M. Ousmane a déclaré qu’il y a une passion remarquable de la population, notamment chez les jeunes, qui règne autour des terrains de Maracana, surtout celui de Harobanda, qui se trouve être le seul endroit de divertissement sportif, avec plus de demandes, plus de compétitions et plus d’activités. Mais, avec la construction de plusieurs nouveaux terrains, la sollicitation a diminué, ce qui le soulage un peu. « Ça nous fait mal que certains amateurs nous demandent une heure libre et ne puissent pas l’acquérir. Parfois, on a 5 équipes qui veulent jouer de 20 h à 21 h, mais on ne peut que servir une seule. Si la personne n’a pas pu jouer chez nous, au moins, elle pourra le faire sur un autre terrain », a-t-il expliqué, ajoutant qu’un nouveau terrain va bientôt ouvrir dans la zone.

M. Ousmane loue ses terrains à 8 000 FCFA l’heure. Il précise bien que ses terrains sont accessibles à tous, dans l’objectif de donner l’accès aux amateurs qui ont de petits budgets et de promouvoir des talents. Souvent, dit-il, il a l’habitude de laisser des adolescents qui, sans doute, cotisent de faibles montants pour s’offrir une heure de plaisir à 6 000 FCFA l’heure.
« Certains étudiants ou même des élèves de 5ᵉ, 6ᵉ, cotisent et viennent me voir en proposant ce qu’ils ont ; je les laisse jouer. On est accessible à tous et on a tendance à faire des réductions pour les abonnés fidèles afin de les fidéliser », a-t-il affirmé. Il ne reste pratiquement plus d’heures libres, assure Ousmane. Les horaires en semaine sont de 18 h à 00 h. Les week-ends, certains abonnés jouent de 7 h à 10 h, souvent jusqu’à 11 h. Le soir, certains commencent à partir de 16 h pour aller jusqu’à 2 h du matin parfois. « Certaines équipes veulent jouer en dehors des heures réglementaires, le terrain n’existe que pour qu’ils en profitent. Certains adolescents désirent jouer même quand il fait très chaud », a-t-il indiqué. Pour prendre un abonnement, M. Ousmane fait savoir que les intéressés l’appellent pour réserver, et d’autres viennent au terrain pour faire eux-mêmes leur réservation en fonction des heures disponibles. Ses clients sont de tous les âges et de toutes les fonctions, militaires, civils, adolescents, jeunes, mais aussi des adultes ayant la cinquantaine.
Selon M. Ousmane, l’utilisation des terrains de Maracana a un impact sur les jeunes talents, car, dit-il, ce jeu leur permet de maintenir leur condition physique, leurs techniques et développe aussi la complicité entre les coéquipiers. « Nous sommes actuellement sur un projet qui, une fois en exécution, pourrait attirer des entraîneurs de l’étranger pour des sélections sur nos terrains. L’objectif est d’accompagner tous les jeunes qui veulent faire carrière dans le Maracana », a-t-il précisé.

De temps en temps, à la tête d’un comité, M. Ousmane organise des tournois pour mettre en avant le talent, mais aussi avoir plus de visibilité. Parfois aussi, il arrive que des amateurs organisent eux-mêmes des tournois sur ses terrains. « Le sport permet d’éliminer beaucoup de substances dans le corps, de réduire le stress, de réduire le surpoids. Quoi de mieux que le football pour garder son corps sain, une meilleure santé physique mais aussi mentale? Tout le monde doit s’y mettre », a-t-il soutenu.
Cependant, M. Ousmane a notifié qu’il faut de la patience et surtout la maîtrise de soi pour gérer ces lieux, car, explique-t-il, il est souvent confronté à des situations qui requièrent beaucoup de calme, de sérénité et de sang-froid.
Cet engouement grandissant autour de ces terrains de Maracana conduit certains jeunes à exercer de petits métiers. Juste devant le terrain de Maracana de Harobanda, nous avons rencontré M. Djafar Tayabou, un jeune étudiant qui vient d’obtenir sa licence en biologie médicale. Il a décidé d’exercer un petit métier autour du terrain de Harobanda pour subvenir à ses besoins. Pour cela, il est allé demander une autorisation au gérant du terrain pour vendre du matériel sportif qu’il accroche sur le grillage du terrain. « Je vends des shorts pour les enfants et pour les grands, des sous-vêtements, des collants ainsi que des chaussures de sport. Je vends la version pro entre 7 000 à 8 000 FCFA, l’authentique à 4 500 voire 5 000 FCFA, et le stock à 3 500 FCFA voire 4 000 FCFA », a-t-il détaillé.
Il arrive à écouler ses articles, indiquant que les joueurs qui viennent pour leurs entraînements en achètent. « Certains passants trouvent plusieurs articles à leur goût, ils s’arrêtent pour acheter, certains passent même des commandes », a-t-il précisé. Selon ses dires, il ne rencontre aucun problème dans cette activité, mais il en appelle à la jeunesse nigérienne de ne pas croiser les bras sous prétexte d’avoir des diplômes, de se lever dans cette ère de refondation pour chercher un métier afin de subvenir à leurs besoins.
À côté de l’échangeur de l’Hôtel Gaweye, au rond-point Kennedy, nous avons rencontré M. Mahamadou Moussa, le gérant des deux terrains situés sous l’échangeur. Il a bien précisé que ses terrains sont loués à 10 000 FCFA l’heure et que, du lundi au vendredi, les abonnés s’entraînent de 18 h à 00 h, parfois jusqu’à 1 h du matin. Les week-ends, certains abonnés s’entraînent le matin de 7 h à 10 h. Par ailleurs, explique-t-il que l’engouement autour de ses terrains n’est plus ce qu’il était avant, car, dit-il, les jeunes se pressaient à n’importe quelle heure, les compétitions se faisaient de part et d’autre, mais, depuis que plusieurs terrains de Maracana ont vu le jour, ses clients diminuent de jour en jour.
« Les abonnements sont de plusieurs formes, mensuels, annuels, par heure. Nous avons prévu des réductions pour ceux qui s’abonnent pour le mois ou par an. Il reste toujours des heures disponibles pour ceux qui désirent prendre des heures libres. Par ailleurs, depuis l’année passée, il n’y a pas eu de compétition, ce qui démontre que l’engouement autour de ces terrains a considérablement chuté. Je profite aussi pour inviter la population à pratiquer du sport et à s’abonner massivement sur nos terrains », a-t-il dit.
Sur ce même terrain, nous avons échangé avec M. Omar Alassane, un jeune homme qui, avec ses amis du quartier, cotise pour jouer ensemble une fois par semaine dans une cohésion parfaite, pour le plaisir. Il a indiqué que c’est pour maintenir la forme et pour se distraire qu’ils jouent chaque dimanche soir de 18 h à 19 h, pour se défouler après une semaine de travail et de stress. Il a révélé l’importance de la pratique d’une activité physique au moins une fois dans la semaine pour garder la forme et surtout pour éviter certaines maladies qui profitent de la faiblesse du corps pour s’infiltrer. « Les équipes qui jouent sur ce terrain organisent chaque année une compétition de Maracana. On a assisté 3 à 4 fois, mais on n’a jamais eu la chance de soulever le trophée, mais on espère quand même le remporter cette année », a-t-il souhaité pour son équipe.
Le quartier Ryad de Niamey, dans l’arrondissement communal 1, dispose aussi d’un terrain dénommé ‘’Ryad Stadium Maracana’’ dont M. Koroney Abdoul Salam est le gérant. Selon lui, son terrain de Maracana est le plus populaire de Niamey, car, en moins d’un an, le lieu est devenu une référence pour les amateurs de football à Niamey. Ryad Stadium est loué à l’heure pour 10 000 F CFA. Pour le moment, dit-il, il gère un seul terrain de Maracana, mais il y a un projet de construction d’un autre à la demande des jeunes qui font de plus en plus de réservations. Il a indiqué qu’il existe un engouement exceptionnel autour de ces terrains, en particulier son terrain, surtout la nuit et les week-ends.
Effectivement, comme nous l’avons constaté aux environs de 18 h un week-end, l’engouement était palpable. Aussitôt qu’une équipe descend, une autre est déjà prête pour jouer, et ceci de 17 h à 00 h. Ses clients sont principalement des fonctionnaires et des commerçants, généralement des personnes qui ont une passion pour le football, qui n’ont pas de temps dans la journée et les jours ouvrables, et qui cherchent un lieu pour pratiquer ce sport.
« Les horaires de location sont flexibles, nous sommes ouverts tous les jours. Pour s’abonner, il suffit de nous contacter directement pour discuter des détails. Nous proposons des tarifs préférentiels pour les abonnements mensuels ou annuels, mais aussi des tarifs réduits pour les jeunes et scolaires », a-t-il indiqué.
M. Abdoul Salam a expliqué que les raisons qui attirent les abonnés vers son terrain sont qu’il possède des installations de meilleure qualité, bien entretenues et sécurisées, avec un personnel qualifié et toujours prêt à aider et à conseiller les clients.
D’un autre point de vue, dit-il, les terrains de Maracana ont un impact positif sur le développement des jeunes talents dans le football à Niamey. « Nous offrons un espace où les jeunes pratiquent leur sport favori et développent leurs compétences. Nous organisons régulièrement des événements, des tournois qui créent une atmosphère conviviale et compétitive. Ces événements sont très populaires auprès de nos clients et créent une atmosphère électrique. Nous avons des tournois de football à 7, des matchs amicaux et des compétitions de football de salle. Nous avons déjà vu des jeunes joueurs qui ont joué sur notre terrain et qui ont fini par intégrer des équipes de football professionnelles », a-t-il déclaré.
M. Koroney explique qu’ils sont là pour offrir un espace de loisirs et de détente pour tous les amateurs de football et sont ouverts à toutes les suggestions, prêts à travailler avec les communautés locales pour promouvoir le développement du football à Niamey.
M. Hama Idé Mamoudou est quant à lui, promoteur du Tournoi Maracana Lycée Kassai « Petit Poteau » et président du comité d’organisation de l’association Maracana Kassai. Il organise cet évènement chaque année pour promouvoir les activités sportives au sein de l’établissement. Il est à sa 2ᵉ édition. M. Hama Idé Mamoudou a expliqué qu’il initie cette compétition intergénérationnelle pour offrir aux passionnés de Maracana une activité vigoureuse et occupante pendant les vacances, une activité de rassemblement des jeunes dans l’union et la cohésion, et une opportunité pour les jeunes talents de se faire repérer. Il a exprimé sa satisfaction quant à l’organisation de ces tournois, soulignant également le niveau satisfaisant des jeunes joueurs qui y participent et la diversité des talents observés. Il a tenu à encourager les jeunes à s’investir dans le sport plutôt que de céder à des pratiques néfastes.

« Le sport suscite non seulement des rêves, contribue au bien-être des pratiquants, mais met aussi en valeur le nom d’une nation, surtout en cette phase de refondation. À travers ce tournoi, plusieurs jeunes talentueux ont été appelés à passer des tests. C’est une grande satisfaction et cela nous honore », a-t-il déclaré.
Assad Hamadou (ONEP)


