Sur le terrain, dans les carrières ...
Considéré comme la « chasse gardée » des hommes, le domaine minier n’est plus un secret pour la femme au Niger. L’exemple de Mme Fatimata Yaou Korgom est là pour le prouver aisément. Elle s’est imposée par le mérite, la détermination et la persévérance. Aujourd’hui, elle occupe le poste de secrétaire générale du Ministère des Mines, un poste de responsabilité éminemment stratégique. Bref, elle constitue la colonne vertébrale de ce département ministériel. Mieux, elle incarne l’excellence scientifique avec un parcours couronné de succès, de distinctions académiques et surtout son engagement pour l’essor du secteur minier nigérien dans un contexte d’appropriation de nos ressources naturelles.
Mme Fatimata Yaou Korgom a fait ses études primaires et secondaires dans la région de Maradi. Elle s’est très tôt distinguée par ses résultats scolaires remarquables et sa passion pour les sciences exactes. Elle a obtenu son Baccalauréat série C en 2000 au Lycée Dan Baskoré. Elle était d’ailleurs la seule fille de sa classe parmi les garçons. Ce qui explique, selon Mme Fatimata Yaou Korgom, la faible représentation féminine dans les filières scientifiques au Niger. « C’est vrai que ce n’est pas trop facile. C’est peut-être ce qui explique qu’aujourd’hui, dans le domaine scientifique, il n’y a pas beaucoup de femmes. C’est dommage de voir que même à l’échelle du pays, la science est en train d’être abandonnée », déplore l’ingénieure nigérienne. Dès la classe de seconde, elle avait marqué les consciences en remportant le premier prix au niveau régional, une récompense qu’elle a reçue des mains du gouverneur de l’époque. Une distinction qui a davantage renforcé sa confiance. « Je me suis dit, si les hommes réussissent, pourquoi pas moi ».
Un parcours couronné du succès
Après l’obtention de son baccalauréat, Mme Fatimata Yaou Korgom poursuit ses études à l’Université Abdou Moumouni de Niamey, où elle obtient son diplôme d’études universitaires, option physique-chimie. Par la suite, elle intègre l’Ecole des Mines, de l’Industrie et de la Géologie (EMIG), une école de référence dans la sous-région, où elle décrocha avec brio son diplôme d’ingéniorat en 2005. « Nous étions que deux filles au niveau de la filière Physique-chimie, à L’EMIG aussi, nous étions seulement deux filles jusqu’à notre fin du cycle d’ingéniorat », précise-t-elle. En 2009, elle a eu l’intégration à la Fonction Publique, cela n’a pas freiné l’ingénieure nigérienne dans sa quête de perfectionnement académique et professionnel. De 2012 à 2015, elle travaille pour Goviex, une compagnie canadienne spécialisée dans la recherche géologique sur le site de Madaouela (Arlit). Une expérience qui lui a permis d’acquérir une compétence sur le terrain dans l’exploitation minière.

Toujours dans le cadre de renforcement de ses compétences, elle a bénéficié d’une bourse d’excellence pour une spécialisation en Belgique en 2018, alors qu’elle était directrice du contrôle des activités de recherche minière et des carrières. La première femme à occuper d’ailleurs un poste aussi stratégique que technique dans le domaine. Aujourd’hui encore, l’ingénieure nigérienne poursuit ses recherches scientifiques en tant qu’étudiante en troisième année de thèse à l’Ecole doctorale de l’Université Abdou Moumouni en collaboration avec le Centre environnement minier de l’EMIG.
Une reconnaissance bien méritée
De retour au pays, après sa spécialisation, elle était nommée directrice générale des Mines et des carrières au Ministère des Mines en 2020 ; secrétaire générale adjointe du Ministère des Mines jusqu’en 2023, puis secrétaire générale du ministère des Mines, du pétrole et de l’énergie en 2024 et Secrétaire générale du Ministère des Mines de 2024 à aujourd’hui. Mais, le succès de cette femme dans ce secteur dominé par les hommes ne se fait pas sans résistance. « C’est vrai qu’il y a beaucoup de challenges, il y a beaucoup de défis. Mais, avec plus de courage et de dévotion, on peut y arriver. Je pense que c’est une question de volonté. Depuis que j’ai décidé d’aller en série C, je me suis dit que je vais le faire et je vais y arriver. Quand j’ai été nommée la première directrice technique au niveau du Ministère des Mines, certains ont eu du mal à l’accepter. Il y en a qui, jusqu’à présent, ont des problèmes à accepter que ce soit une femme qui dirige des postes de grande envergure », confie-t-elle.
Cependant, le recul des filières scientifiques au Niger préoccupe énormément Mme Fatimata Yaou Korgom. Pour elle, le développement d’un pays repose avant tout sur la maîtrise des sciences et des technologies. « On ne peut pas développer un pays sans un focus sur la science », déclare-t-elle. Elle déplore notamment le désintéressement grandissant des jeunes pour les séries scientifiques, en particulier, les filles. Malgré qu’elles aient les capacités nécessaires pour réussir. « Nous réfléchissons tous de la même façon. Une fille si elle s’y met, peut réussir ». Elle souligne d’ailleurs que lors d’une récente cérémonie de remise de prix d’excellence organisée à l’occasion de la Journée Internationale de l’Environnement, les filles ont pratiquement battu le record, elles ont raflé les 9 prix sur 10. « Mais, il y a une certaine mentalité, une certaine idéologie qui dit qu’il y a des domaines qui sont réservés aux garçons. En réalité, nous avons tous les mêmes capacités d’étudier et la même chance de réussir. Il faut mettre le paquet, c’est juste une question de volonté et de détermination », affirme-t-elle.
Le secteur minier représente actuellement un véritable gisement d’opportunités pour les jeunes nigériens. Avec la création des nouvelles directions au niveau du Ministère, la programmation des travaux, le développement du fonds et l’adoption du fonds de développement minier, l’État accorde une attention particulière vis-à-vis du secteur minier. « Nous serons obligés de faire appel aux expertises, recruter le personnel à tous les niveaux. Les gens ne vont vraiment pas manquer du travail », assure la secrétaire générale.
Pour cela, le Ministère des Mines multiplie des initiatives allant dans le sens de sensibiliser les jeunes en vue de les encourager à s’intéresser au domaine minier. « Nous avons récemment pris part aux travaux de la semaine scientifique au niveau du Lycée d’Excellence pour sensibiliser et encourager les jeunes filles et garçons à s’orienter vers les professions minières », a-t-elle fait savoir.
« Aujourd’hui, on peut dire que s’il y a un héritage positif que nous avons eu des colons, c’est cette formation du personnel dans le secteur minier. C’est pourquoi, depuis juillet 2023, avec l’avènement du CNSP au pouvoir, quand le Niger avait décidé de nationaliser la Société des Mines de l’Aïr (SOMAÏR), le secteur est piloté à 100% par des Nigériens. De l’exploration jusqu’à l’infiltration du minerai. « C’est vraiment une fierté. On est toujours fiers de le dire chaque fois que l’occasion se présente, dans le secteur minier, nous n’avons aucun problème de conduire tous les travaux.
A celles qui hésitent encore à embrasser les volets scientifiques, Mme Fatimata Yaou Korgom leur dit ceci : croire en soi et ne jamais céder face aux préjugés. Le mérite reste le véritable moteur de la réussite.
Aïchatou Hamma Wakasso (ONEP)
