Une vue d’un carrefour animé, illustrant la circulation chaotique causée par le dysfonctionnement des feux tricolores
A Niamey, le non-respect des feux tricolores et la défaillance des dispositifs de signalisation routière posent un sérieux problème de sécurité routière pour les automobilistes, motocyclistes et piétons. Alors que la ville connaît une croissance rapide, la circulation devient de plus en plus difficile et dangereuse aux carrefours principaux. Plusieurs feux tricolores situés aux ronds-points de Niamey ne fonctionnent pas. Ainsi, des dispositifs censés réguler la priorité de passage aux intersections, comme ceux du rond-point de la Francophonie et du rond-point ENAM, restent éteints ou défaillants, créant une confusion qui débouche souvent sur de graves accidents de la circulation.
L’incivisme routier est devenu un problème structurel qui affecte la sécurité, la fluidité de la circulation et la qualité de vie des habitants. Il se manifeste par des comportements qui ignorent volontairement les règles de circulation, créant des tensions, des embouteillages et des accidents fréquents. En effet, les feux tricolores sont à la circulation routière ce que la conscience est au libre arbitrage de l’homme. Mais de jour en jour, on constate que les nombreuses tentatives de sensibilisation concernant cet outil de régulation de la circulation n’ont pas porté leurs fruits chez beaucoup d’usagers qui brûlent le feu rouge.
M. Salifou Mahaman, enseignant de profession, estime que que les mesures appropriées et efficaces face à ces comportements inciviques sur la route reposent d’abord sur la sensibilisation des populations. Après cela, les services compétents doivent envisager des actions dissuasives à l’encontre des contrevenants. Selon cet éducateur, pour avoir des personnes dignes de circuler en toute sécurité sur les routes, il est essentiel de renforcer les campagnes de sensibilisation liées sur le respect du code de la route et l’excès de vitesse.
Même constat fait par Aminou Bachir, fonctionnaire de l’Etat qui souligne que les actes inciviques sont monnaie courante dans la circulation. « On peut citer entre autres : la violation des panneaux et feux de signalisation, les encombrements dans les intersections, le manque de courtoisie, l’impatience, doublée de la non maîtrise du code de la route. Tous ces actes ont pour corollaire les accidents répétitifs avec souvent des pertes en vie humaine et des séquelles à vie pour les rescapés », a-t-il souligné.
Mme Tassiou Halima, une habitante du quartier francophonie dit être toujours stressée lorsqu’elle traverse la voie du Centre Fenifoot avec ses enfants. « Même quand on est sur un passage piéton, certains conducteurs de motos et voitures ne respectent pas le code routier. J’ai même déjà été insultée par un motocycliste alors que je traversais avec prudence », a-t-elle confié. L’insécurité dans la circulation à Niamey ne fait que prendre de l’ampleur. Il n’est pas rare de voir des usagers s’arrêter brusquement pour se donner des coups dans la circulation, perturbant ainsi le trafic routier, sans compter le risque qu’ils pouvaient se blesser. Une scène rocambolesque digne d’un film d’action s’est déroulée sous nos yeux il y a quelques semaines sur la voie menant de l’échangeur Mali Bero au rond-point Yantala. La scène a mis aux prises un automobiliste et un conducteur d’engin à deux roues.
Un autre aspect relevé par M. Abdourahamane Issaka, usagers de la route, consiste à inculquer les valeurs civiques aux jeunes dès la cellule familiale avant que l’école ne prenne le relais. A l’école par exemple, les cours sur le civisme préparent et forgent les jeunes à la citoyenneté responsable. « Ce respect mutuel entre les usagers pourra donc progressivement prendre place sur les routes afin d’éviter les accidents », a-t-il fait remarquer.
Un autre aspect non moins important qu’on relève dans la circulation routière, c’est l’intolérance. Selon Issaka Boureima, chauffeur de taxi, il est très difficile de circuler à Niamey sans observer des cas d’intolérance. « Dès que vous ralentissez pour céder le passage à un piéton, certains klaxonnent derrière vous ou essaient de vous dépasser brusquement. Le respect des autres n’est plus une priorité », a-t-il déploré. Le dysfonctionnement des feux tricolores contribue à compliquer la circulation routière.
M. Issiakou Almoustapha est un livreur. Il dit être victime de cette situation et garde toujours en mémoire son accident nocturne. « A la descente du boulot, je rentrais chez moi étant sur mon engin. Sur l’avenue de la francophonie, j’ai constaté que le feu tricolore ne fonctionnait pas. Sans marquer l’arrêt, j’ai continué de rouler jusqu’à croiser une voiture au rond-point. J’ai réussi à sauter de mon engin, mais la moto s’est retrouvée sous la voiture. Elle était pratiquement irrécupérable », raconte-t-il.
L’incivisme routier et le dysfonctionnement des feux tricolores soulèvent des problèmes concrets qui affectent des milliers d’usagers chaque jour. Il est nécessaire de prendre en compte les témoignages des conducteurs et des piétons qui soulignent l’urgence d’un entretien régulier, d’une gestion durable de la circulation en intégrant la dimension sensibilisation accrue des usagers.
Abdoussalam K. Mouha (ONEP)
