Une vue des panélistes lors de la table ronde
Le programme de la Semaine de la Fraternité de l’AES organisée en marge de la 22ème édition de la Semaine Nationale de la Culture Bobo 2026, comporte entre autres des conférences débats, dont la table ronde que le campus du secteur 22 de l’Université Nazi Boni de Bobo Dioulasso a accueillie le 30 avril. Des experts, universitaires ont abordé face au public, majoritairement composé d’étudiants, des thématiques portant sur le rôle de la culture dans la souveraineté, la fraternité et la résilience des peuples de l’espace ; la parenté à plaisanterie comme mécanisme endogène de régulation sociale, de dialogue intercommunautaire et de promotion de la paix.
Le Ministre en charge de la culture du Burkina, M. Pingdwendé Gilbert Ouédraogo qui ouvrait cette table ronde en présence des délégations des Comités nationaux AES du Mali, du Niger et de Burkina, a souligné son importance pour la jeunesse. Il a salué à cette occasion la mémoire du ministre malien de la défense et des anciens combattants, le général d’armée Sadio Camara tué le 25 avril à Kati dans une attaque terroriste.
La culture comme arme de résistance
Sous la pertinente modération de Dr Dramane Konaté, la première session de la table ronde dont le thème est « culture, souveraineté et fraternité des peuples : bâtir l’unité et la résilience de l’espace AES » a commencé par l’intervention du professeur Alkassoum Maiga du Burkina Faso. L’universitaire a invité ses collègues, les scientifiques, les étudiants, les communicateurs, venus nombreux, à une réflexion sur les questions de devoir de mémoire, l’actualisation et la capitalisation de valeurs, l’éducation des jeunes pour un développement réussi enraciné dans la culture.

Le deuxième paneliste, M. Diandyé Yacouba Dagnoko, ancien ministre malien, a évoqué et dénoncé ce qu’il appelle l’épistémicide ou la destruction et la dévalorisation des systèmes de connaissances, des langues des communautés autochtones. Il a parlé de la culture comme arme de résistance et de résilience et appelé à surmonter les défis, obstacles qui pourraient vouer l’AES à l’échec afin qu’elle incarne un acte de souveraineté dans le cadre d’une révolution populaire. M. Diandyé Yacouba Dagnoko, a proposé aux Etats d’instituer au sein de l’espace le principe de Capitale de la Culture, rôle à assumer de manière tournante chaque année.
L’intervention du paneliste Mohamed Kabir Souleymane, cinéaste et acteur de la société civile du Niger a été axée entre autres sur les valeurs culturelles à préserver pour le développement socio-économique, la sécurité dans l’espace communautaire. Car, a-t-il soutenu, les peuples partagent de part et d’autres des frontières des éléments culturels communs. Le paneliste a estimé qu’il est aussi important de sortir du paradigme des pays qui importent tout ce que les populations consomment afin de produire, transformer pour satisfaire leurs besoins sur place et pouvoir exporter.
La parenté à plaisanterie, mécanisme endogène de régulation des rapports sociaux
La deuxième session de la Table ronde qui a porté sur le thème « la parenté à plaisanterie et cohésion sociale dans l’espace AES : mécanisme endogène de régulation sociale, de dialogue intercommunautaire et de paix » avait pour modératrice la Gouverneure de Bobo Dioulasso, Mme Konaté Gnanou Mariam. Trois panélistes, notamment, M. Adama Amadé Siguiri, Vice-président chargé des questions de développement à la commission nationale de la confédération des Etats du Sahel (Burkina Faso) ; Dr Kouraogo Patrice, enseignant chercheur au CNRST-INSS (Burkina Faso) ; M. Maki Garba Directeur général de l’APEIC du Niger, ont présenté des communications sur les différents aspects de la parenté à plaisanterie comme pratique communautaire entre les groupes ethnolinguistiques, confessionnels, socioprofessionnels, régulant les rapports sociaux et qui promeut la solidarité, la convivialité, la paix.

Leurs interventions étaient surtout orientées sur le rôle que l’alliance ou la parenté à plaisanterie peut jouer dans le contexte que traversent les pays du Sahel où le vivre ensemble est perturbé du fait du phénomène terroriste.
Pour M. Adama Amadé Siguiri, la parenté à plaisanterie n’est pas seulement une valeur sociale, car elle permet de dépasser les différences, les briser au sein ou entre les groupes ethniques et sert ainsi d’outil de médiation sociale, de source de solidarité.
Les débats qui ont suivi les différentes présentations, ont permis d’approfondir les questions abordées, éclairer les participants.
Traduire les recommandations en politiques publiques efficaces et actions concrètes
Tirant la synthèse des deux sessions, Dr Dramane Konaté a indiqué que les échanges, les réflexions ont permis de mettre en lumière, le rôle central de la culture comme élément de souveraineté, facteur de résilience et de cohésion entre les peuples. Dans ce sens, il a été mis en exergue la nécessité d’une valorisation assumée du patrimoine commun et des expressions culturelles pour renforcer l’unité des peuples.
A travers les échanges sur la parenté à plaisanterie, les experts ont fait ressortir des éléments sur lesquels reposent les sociétés dans leurs pays et l’actualité de ce mécanisme social ancestral, véritable outil de régulation, de dialogue et de prévention des conflits.
Les échanges et les réflexions ont dégagé des orientations appelant à une meilleure structuration des politiques culturelles, à un renforcement de la coopération entre les États et à une valorisation des industries culturelles et créatives. La jeunesse doit jouer un rôle important car elle est porteuse d’innovation et héritière des traditions. Elle doit être accompagnée, intégrée dans la mise en œuvre des recommandations issues de ces assises qui doivent se traduire en actions concrètes, en politiques publiques efficaces et en initiatives collectives capables de renforcer durablement la cohésion et la souveraineté de l’espace commun.
Souley Moutari
Envoyé spécial à Bobo Dioulasso
