Kadi dite Taweygna, commerçante de riz paddy avec notre reporter
Le marché central de Tillabéri s’anime tôt le matin dans un tumulte de voix, de couleurs et d’odeurs. Les cris des vendeuses se mêlent aux appels des clients, les sacs de riz s’entassent, les tomates brillent sous le soleil et les épices diffusent leurs parfums piquants. Au cœur de cette effervescence, ce sont les femmes qui tiennent les rênes, portant courageusement sur leurs épaules l’économie locale au quotidien.
Un foulard légèrement imprégné de sueur sur la tête, Salamatou ajuste ses paniers de riz. Ses mains, marquées par le travail, plongent dans les produits qu’elle a transformés. Pourtant, derrière le sourire qui se lisait sur son visage quand elle accueille des clients potentiels, l’incertitude de ce commerce est aussi perceptible. En effet, l’achat d’un sac de riz paddy, le plus souvent à 15 000 FCFA, peut se révéler être une bénédiction ou une perte sèche. Ni les mains brulées par le feu pendant la transformation des céréales, ni son corps qui s‘épuise sous le poids de la pénibilité du travail et de l’âge n’ont eu raison sur sa volonté : pour Salamatou, chaque vente est une victoire contre la précarité.
Cette réalité se retrouve chez d’autres commerçantes du marché, comme Halimatou Issoufou venue de Tilla Kaïna, qui organise ses étals avec soin. Les tas de piment rouge, d’oignon et de tomate s’empilent devant elle. « La grande mesure du piment est à 1 000 FCFA, la petite à 500 », explique-t-elle avec l’assurance de celle qui maîtrise son activité, malgré la fluctuation presque journalière des prix. Mais avec son expérience et sa capacité d’adaptation, Halima relève la tête chaque jour grâce à sa persévérance au travail.
À quelques mètres de là, Kadi, dite Taweygna, illustre une autre facette de cette réalité, vendeuse de riz et de légumineuses, elle s’exprime avec une sincérité touchante, elle dénonce un travail pénible qui peine à nourrir son homme. Malgré cette réalité qui s’installe durablement dans le métier de commerçantes du riz, elle se lève tous les jours pour exercer son commerce dans le marché par « passion et non par nécessité », insiste-elle. Car, les gains sont modestes ces derniers temps : à peine 500F à 1 000F qu’elle reverse dans la prise en charge de ses enfants. Son sourire sur ce visage où se lit la fatigue traduit l’ambivalence de ce métier, une activité harassante mais vitale, où la persévérance demeure la seule arme contre la précarité.
Un dynamisme des femmes freiné par les difficultés d’accès aux crédits
Au-delà de leurs parcours individuels, ces femmes apparaissent comme des piliers discrets de l’économie locale. Leur travail, souvent peu visible, soutient des familles entières et dynamise la vie sociale de Tillabéri. Chaque jour, elles affrontent la chaleur avec courage et détermination, les fluctuations des prix et les difficultés d’approvisionnement avec une résilience qui force l’admiration.
Mais derrière cette détermination se cachent de nombreux obstacles. L’accès au crédit demeure l’un des défis majeurs. Parmi les commerçantes, rares sont celles qui parviennent à obtenir un prêt bancaire, faute de garanties suffisantes ou de documents administratifs. « Cette difficulté de financement limite notre capacité à investir, à agrandir nos étals ou à diversifier nos produits », explique Taweygna.
À ces contraintes s’ajoute le manque de formation. La plupart d’entre elles apprennent le métier sur le tas, en observant les plus anciennes ou en reproduisant des gestes transmis de génération en génération. Si cette expérience pratique leur confère une grande capacité d’adaptation, elle ne leur permet pas souvent de maîtriser les techniques modernes de conservation, de gestion ou de négociation. « Nous n’avons jamais bénéficié d’aucune formation, nous avons appris uniquement sur le tas et en observant les plus anciennes », indique Salamatou.
L’insuffisance des infrastructures accentue aussi la vulnérabilité des commerçantes. L’absence d’espaces de stockage adaptés les contraint souvent à écouler rapidement leurs marchandises, parfois à perte, pour éviter qu’elles ne se détériorent sous l’effet de la chaleur. À cela s’ajoutent les difficultés d’approvisionnement liées notamment à l’état des routes ou au coût élevé du transport, qui réduisent davantage leurs marges bénéficiaires et renforcent la précarité de leur activité.
Adamou I. Nazirou, ONEP-Tillabéri
