Farmo M.
Le funeste et le tragique sont intimement liés à la piteuse existence des traitres. Il y a des traitres célèbres et des traitres obscurs. Les premiers sont morts. Les seconds ont pris le chemin de l’exil, ils vivent ou dans la clandestinité ou dans l’opprobre.
Marcus Junius Brutus, homme de confiance et assassin de Jules César, s’est donné la mort en usant de sa propre épée.
Judas Iscariote qui, pour quelques pièces de monnaie livra Jésus à la crucifixion, s’est donné la mort par pendaison.
Abdalllan Ibn Ubayy, le munafiq qui s’en prit au prophète Mohamed et à sa compagne Aicha, est mort d’une courte et foudroyante maladie.
Ould Kirinfil, le renégat, proche collaborateur de l’Askia Isaq II, qui livra l’empire songhay au pacha Djouder et au sultan Moulay Hamed, périt au cours d’un soulèvement populaire.
Les traitres qui ne sont plus de ce monde gémissent dans la géhenne quand ils ne rôtissent pas dans le Jahannam. Laissons-les à leurs souffrances dans l’au-delà, pour nous occuper de ceux qui, ici-bas, en intelligence avec des puissances étrangères, espionnent, livrent des secrets militaires ou d’Etat, participent à des actes terroristes ou les soutiennent, sabotent ou déstabilisent les institutions, portent atteinte à la sécurité nationale, aux intérêts économiques et stratégiques, pendant que nous sommes en guerre, pendant que nous sommes résolus à nous battre, quoiqu’il en coûte, pour l’indépendance, la souveraineté, la liberté et la dignité, pendant que nous avons fait le serment de réapproprier les ressources de notre sol et de notre sous-sol, pour le bénéfice de nos peuples.
Quelle attitude faut-il adopter face à ces traitres ?
Je crois comme Robespierre que : « Quand la patrie est sous le canon de l’ennemi et le poignard des traitres, l’indulgence est parricide ».
Je ne désapprouve point que l’Almamy Samory Touré ait condamné Diaoulé Karamoko, son fils, à la peine capitale, pour collaboration et complot avec la France en temps de guerre, atteinte à la patrie, et haute trahison.
Mais nos traitres obscurs vivent en France et en Belgique.
Et si je ne les nomme pas, c’est que je leur applique déjà la sanction qui, en Afrique traditionnelle, consistait à ne plus prononcer le nom des traitres (mort civile).
Savent-ils seulement ce que la France et la Belgique pensent de leurs traitres ? Savent-ils le sort que ces pays occupés et meurtris par le nazisme ont réservé aux traitres ?
A la fin de la seconde guerre mondiale, en France comme en Belgique, ceux qui avaient collaboré avec l’ennemi allemand furent sévèrement châtiés. La répression contre eux prit le nom d’épuration et revêtit plusieurs formes.
Des hommes et des femmes furent battus, fusillés, pendus par les populations en furie, la justice condamna plusieurs milliers de collabos à la peine capitale. Nombre de femmes qui avaient eu des relations intimes avec des nazis (collaboration horizontale), dénudées et tondues furent livrées à la vindicte populaire. Ni la France ni la Belgique qui abritent nos traitres ne badinaient avec la trahison.
En vérité, la France et la Belgique ont une foncière aversion pour la trahison. Elles détestent leurs traitres, et méprisent les nôtres. S’ils les tolèrent sur leurs territoires, c’est uniquement parce qu’ils voient dans leur infamie le moyen de restaurer leur domination, de dérober nos ressources et de pervertir nos cultures. Et puisque nos traitres ont choisi la servitude et l’avilissement contre la liberté et la dignité, ils sont d’intelligence avec leurs pays d’accueil, et œuvrent ensemble à une chimérique recolonisation.
La déchéance provisoire de la nationalité est la moindre des sanctions par ces temps de guerre. Une juste punition consisterait à trouver le juste milieu entre la panoplie de sanctions de leurs pays d’accueil et l’éventail de sanctions de leur pays d’origine.
Les sanctions infligées aux collabos par la France et la Belgique sont connues, quelques-unes ont été citées plus haut. Voici quelques sanctions en usage en Afrique traditionnelle. L’exil, le bannissement équivalent à une mort sociale, la privation de funérailles et de sépulture, la malédiction spirituelle, la mort mystique, la peine capitale, l’interdiction du nom, le châtiment familial.
Ce qui est dit pour les traitres vivant en Europe est valable pour les traitres non embarqués, c’est-à-dire : ceux qui n’ont pas traversé la mer, et qui errent encore sur les côtes africaines.
On ne peut pas semer la terreur, dépouiller les populations, brûler leurs villages et leurs récoltes, les condamner à la famine et à la mort, égorger, fusiller des hommes, des femmes et des enfants innocents, attaquer les intérêts vitaux de son pays, vouloir détruire la nation et tuer la patrie, et jouir des droits de l’homme.
La nation, la patrie sont au-dessus de l’homme. Celui qui commet contre la nation et la patrie les crimes énumérés doit être traité comme un animal enragé.
Farmo M.
