Himadou Amadou
La prolifération des WebTV ces dernières années mérite qu’on s’y penche pour éviter des déconvenues. Effet, de nombreux observateurs sont surpris par la présence massive de personnes se réclamant de WebTV ; téléphones portables à la main, caméras improvisées et directs sur les réseaux sociaux lors de certains grands évènements. Ces nouveaux acteurs de l’information créent même parfois des désagréments dans l’organisation du dispositif médiatique, gênant le travail des médias publics et privés légalement reconnus.
Le même constat est régulièrement observé lors des grandes cérémonies officielles, des conférences, des manifestations publiques ou des événements politiques. Certains animateurs de WebTV accèdent aisément aux espaces réservés à la presse, réalisent des selfies avec des autorités et diffusent en direct des images et commentaires, alors même que leur identité, leur statut juridique et leurs responsabilités éditoriales demeurent parfois difficiles à établir.
Pour rappel, une WebTV est une plateforme audiovisuelle qui diffuse des émissions, reportages, débats, documentaires ou programmes via Internet.
Contrairement aux télévisions classiques utilisant les fréquences hertziennes ou satellitaires, les WebTV s’appuient principalement sur YouTube, Facebook, TikTok, les sites web ou d’autres applications numériques. Ces journalistes d’un nouveau genre et au statut étriqué diffusent tout sans traitement par manque de professionnalisme et la recherche du sensationnel. Or une information dit-on n’est utile que lorsqu’elle sert à quelque chose. Pendant que les journalistes professionnels sont en train de collecter, traiter avant de diffuser, les animateurs des WebTV ou WebRadio diffusent sans discernement. C’est pourquoi ils ne sont pas autorisés à couvrir certains évènements.
Par ailleurs dans un contexte sécuritaire marqué par le terrorisme, les manipulations informationnelles, les campagnes de désinformation etc., plusieurs États considèrent aujourd’hui qu’il est indispensable de connaître les promoteurs, directeurs de publication, administrateurs et sources de financement des WebTV afin d’éviter les infiltrations malveillantes, les financements occultes ou l’utilisation de ces plateformes à des fins de déstabilisation.
Une telle identification permettrait notamment d’assurer la traçabilité des contenus diffusés, de responsabiliser les promoteurs, de lutter contre les fausses informations et de faciliter les enquêtes judiciaires lorsque des infractions sont constatées.
En Côte d’Ivoire, la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle exige une autorisation préalable pour les WebTV et les Web radios. Les promoteurs doivent signer une convention et respecter un cahier des charges précis.
Au Bénin, les médias audiovisuels numériques sont intégrés dans le Code de l’information et de la communication. Les plateformes doivent être identifiées et peuvent faire l’objet de sanctions en cas de manquement aux règles en vigueur.
Au niveau européen, plusieurs réglementations imposent désormais aux plateformes numériques des obligations en matière de transparence, de retrait des contenus illicites et de lutte contre la désinformation.
Au Niger, les textes actuels, conçus principalement pour la presse écrite, la radio et la télévision classique, ne prennent pas toujours suffisamment en compte les réalités des WebTV et des nouveaux médias digitaux.
Le pays pourrait ainsi envisager la mise en place d’un système de déclaration ou d’autorisation, l’identification obligatoire des promoteurs, l’élaboration d’une charte de déontologie numérique, la formation des acteurs aux règles du journalisme professionnel ainsi qu’une collaboration étroite entre les autorités de régulation, les organisations de presse et les professionnels du numérique.
À l’instar des médias publics et privés légalement constitués, les WebTV qui génèrent des revenus à travers la publicité devraient être soumises aux obligations fiscales et sociales prévues par la législation nationale.
Dans un contexte marqué par les défis sécuritaires et de guerre informationnelle, une réglementation adaptée pourrait contribuer à assainir et à professionnaliser le secteur.
Himadou Amadou Spécialiste en Communication
