Des véhicules bondés se font contrôler à l’entrée de Kiota
La cité religieuse de Kiota, symbole emblématique de la confrérie Tidjaniya au Niger, a accueilli du 4 au 5 septembre 2025, la 73è édition du Maoulid ou la célébration de la naissance du Prophète Mohammed (SAW). Placée cette année sous le thème « La jeunesse, fer de lance du développement local et durable », la commémoration a rassemblé des milliers de fidèles venus du Niger et de la sous-région. L’événement a été rehaussé par la présence du Premier ministre, ministre de l’Économie et des finances, M. Ali Mahaman Lamine Zeine, du président du Conseil Consultatif de la Refondation (CCR), Dr Mamoudou Harouna Djingarey, des membres du Conseil National pour la Sauvegarde de la Patrie (CNSP), ainsi que des autorités administratives et coutumières de la région de Dosso.
Dès les premières heures de la matinée du jeudi 4 septembre, la route reliant Niamey à Kiota offrait déjà un spectacle singulier. À partir du poste de péage de Niamey, un flot ininterrompu de véhicules se dressait sur la voie : voitures particulières, cars de transport bondés, pick-up surchargés et cortèges de motocyclistes, tous convergeant vers la cité religieuse de Kiota. L’atmosphère annonce déjà celle d’un grand événement, parce que rythmée par les klaxons, les appels des passagers et, parfois, des chants religieux résonnant depuis l’intérieur des véhicules.
À Birni N’Gaouré, la gare routière desservant Kiota était en pleine effervescence. La foule se pressait avec ferveur : certains fidèles, faute de moyens de transport réguliers, négociaient une place dans des véhicules de fortune, tandis que d’autres, mieux organisés, embarquaient à bord de cars ou de pick-up spécialement affrétés pour l’occasion. Les voyageurs se regroupent en familles, en délégations ou parfois en petits comités d’amis. Dans cette ambiance marquée par l’impatience et l’enthousiasme, les salutations, invocations et chants pieux ponctuent chaque départ, donnant le ton de la nuit spirituelle qui s’annonçait.
Tout au long de la distance reliant Birni N’Gaouré à Kiota, des points de contrôle avaient été dressés par les forces de sécurité, régulant le flux continu de véhicules et garantissant un trajet sans encombre. À l’approche de la cité, l’atmosphère changeait déjà : des chants religieux s’échappaient des haut-parleurs et des foules en prière se mêlaient aux allers et retours des fidèles musulmans, annonçant une nuit d’intense ferveur.
Kiota, une ville transformée en sanctuaire
Le jeudi 4 septembre 2025, à 10 h 30 mn, la ville de Kiota était déjà pleine à craquer. On se croirait à ‘’Times Square’’ de New York, où la foule ne tarit jamais, la cité était submergée par une marée humaine. Certains fidèles s’y étaient installés trois jours plus tôt pour vivre ce moment annuel d’adoration et de dévotion à Dieu et à son Prophète Mohamed (PSL). Les commerçants et restaurateurs avaient, eux, pris place une semaine avant, flairant une opportunité économique unique.
Et, tout comme à New York où la sécurité encadre les grands rassemblements, Kiota a accueilli cette édition sous une forte présence des forces de l’ordre : agents de la Police, Gendarmes, Gardes Nationaux et Sapeurs-pompiers qui ont assuré avec sérénité et protection l’événement.
Hospitalité et solidarité en action
La singularité du Maoulid de Kiota réside aussi dans l’hospitalité légendaire de ses habitants. Après avoir présenté leurs civilités aux dignitaires de la confrérie et remis leur “Haddya” ou une offrande symbolique faite au guide spirituel, le plus souvent en argent ou sous forme de présents, destinée à soutenir les activités de la confrérie, l’entretien des Zawiyas et le bien-être des maîtres spirituels – les fidèles sont chaleureusement accueillis par des familles locales.

Dans chaque foyer, l’hospitalité se vivait comme une véritable tradition collective. Les femmes et jeunes filles s’activaient autour des marmites, préparant en abondance des repas pour nourrir les milliers de visiteurs, tandis que les hommes organisaient la logistique de l’accueil et les lieux d’hébergement. Les jeunes garçons, eux, se chargeaient d’orienter les fidèles musulmans et d’apporter leur aide aux familles débordées par l’affluence humaine. Même les enfants participaient à leur manière, en portant de l’eau ou en servant les repas. Ainsi, l’ensemble de la communauté, toutes générations confondues, contribue à transformer la cité en une vaste maison d’hôtes. Ce geste de partage, répété de génération en génération, illustre la solidarité qui fait du Maoulid bien plus qu’un événement religieux : une véritable communion humaine et un témoignage vivant des valeurs de fraternité et de générosité prônées par l’Islam.
Mahamadou Bachir Djibo, responsable de l’accueil de la délégation de Borgou-Nikki (Bénin), explique : « Tout ce beau monde que vous voyez aura de l’hébergement, à manger et à boire. C’est par amour du Prophète (SAW) que nous offrons cette hospitalité. Nos frères sont venus dans huit bus. Ils repartiront bénis. ». De son côté, Hafissou, un Nigérien installé au Bénin, croisé juste après avoir remis, au nom de sa délégation, la Haddya à un dignitaire de la confrérie, témoigne : « Nous venons de présenter nos civilités et notre Haddya au Cheick Aboubacar (un dignitaire). Le Maoulid, c’est notre joie, c’est la fête que nous attendons toute l’année. Venir ici, c’est prouver notre amour au Prophète (SAW) et honorer nos guides spirituels. »
Chaque fidèle avait son histoire, empreinte de foi et de fidélité au Prophète (SAW). Hadjara Amadou, venue de Birni N’Gaouré, confie avec émotion : « Depuis mon enfance, aucune fête de Maoulid ne m’a échappé. Je fais tout pour être présente chaque année. Cette nuit, je ressens une joie profonde et je remercie Allah de m’avoir permis de vivre encore ce moment béni. ». « J’ai l’habitude de venir depuis mon enfance. Aujourd’hui, je suis adulte, mais je continue. Cette nuit est exceptionnelle, car c’est la naissance de notre Messager (SAW). En tant que croyants, nous sommes obligés de passer la nuit ici, à prier. », renchérit Roukayatou, 20 ans. Quant à Rachida Kassoum, venue de Dosso, elle vit son sixième Maoulid: « Je ne peux pas rester loin de cette nuit. Le Maoulid est dans mon cœur. J’y viens uniquement pour Allah. Participer, c’est une façon d’honorer le message divin porté par le Prophète (SAW). ». Ces récits sincères reflètent l’attachement profond des fidèles à ce rendez-vous spirituel unique.
Messages officiels et bénédictions
Dans son intervention, le Premier ministre Ali Mahaman Lamine Zeine a salué l’importance de l’événement : « Nous remercions Allah de nous avoir permis de vivre cette nuit bénie. Nous remercions le Khalifa pour son accueil et pour ses prières qui contribuent à la paix dans notre pays. Le Président de la République, le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, adresse aussi ses salutations.».
Le gouverneur de Dosso, le Colonel-major Bana Alhassane, a quant à lui rappelé que les prières du Khalifa demeurent essentielles pour préserver la paix et la sécurité dans le pays.
Quant au préfet de Birni N’Gaouré, le Chef d’Escadron Amadou Boubacar Kader, il a souligné la valeur symbolique de la présence des autorités nationales aux côtés des fidèles.
La vie du Prophète (SAW) : une leçon de pardon et d’humanité
L’un des moments les plus marquants de la nuit fut la lecture d’un extrait biographique du Prophète Mohammed (SAW) par Cheick Baraham Aboubacar Hassoumi, dignitaire de la confrerie Tidjaniya.
Dans son intervention, il a mis en exergue les qualités essentielles du Messager d’Allah : un pardon sans limites, une tolérance exemplaire, une maîtrise de soi face à la colère et une miséricorde inégalée. Évoquant la conquête de la Mecque, il rappela que le Prophète, alors en position de force, avait choisi de pardonner à ses ennemis, leur déclarant simplement : « Partez, vous êtes libres. ». Cheick Baraham rappela également l’épisode du voleur armé de l’épée du Prophète, qui, malgré la menace directe, fut gracié. « Toute la vie du Prophète (SAW) est une école de pardon », souligne-t-il. « Il n’a jamais nourri de haine personnelle. Sa colère ne s’exprimait que lorsque les lois d’Allah étaient bafouées. Sa biographie demeure un modèle éternel pour l’humanité. »
Ces rappels, ponctués de versets coraniques et de récits de la Sira (biographie du prophète) plongèrent l’assemblée dans un silence religieux, empreint d’émotion et de recueillement.
Clôture et bénédictions du Khalifa
À l’aube, le Khalifa Moussa Aboubacar Hassoumi adressa ses remerciements aux fidèles, aux délégations et aux autorités ayant fait le déplacement. Il renouvelle son engagement à prier pour le Niger, pour la paix, la sécurité et l’unité. « Multipliez vos prières, demandez pardon à Allah et engagez-vous pour votre pays », exhorta-t-il, en insistant sur le rôle central de la jeunesse. Il encourage par ailleurs les fidèles à maintenir cette tradition dans les années à venir, pour faire du Maoulid un rendez-vous incontournable de la foi et de l’unité.

Au terme de cette célébration empreinte de ferveur et d’hospitalité, Kiota s’est une fois encore imposée comme un haut lieu spirituel, où se renforcent la foi, l’unité et la fraternité musulmane. Fidèles, autorités et invités ont quitté la cité avec un même message : celui du Khalifa Moussa Aboubacar Hassoumi, appelant à la paix, à la solidarité et à l’engagement de la jeunesse pour un Niger uni et prospère. La 73è édition du Maoulid à Kiota fut bien plus qu’une célébration religieuse : c’est un moment de communion et de fraternité, où la petite ville s’est transformée en sanctuaire, illuminée par l’amour du Prophète Mohammed (SAW).
Oumar Issoufou et Abdoul-Razak Ado (ONEP), envoyés spéciaux
