Des variétés de jus en poudre ...
Le mois béni de Ramadan s’accompagne d’une hausse vertigineuse de la consommation des boissons au Niger. En plus des jus naturels préparés dans les foyers, les poudres instantanées sont particulièrement prisées. Ces produits, faciles d’utilisation mais susceptible de présenter des risques pour la santé à long terme, sont largement utilisés dans la préparation de boissons sucrées, parfois mélangés à des jus naturels comme le bissap ou le tamarin.
En cette période, les poudres instantanées pour la préparation des boissons inondent les étals des différents marchés de la capitale avec des marques sur mesure destinées à appâter les consommateurs. La concurrence est donc rude entre les marques pour conquerir ce marché en pleine expansion à travers le pays. Le conditionnement de ces poudres instantanées se veut pratique dans des sachets, avec le sucre déjà incorporé.
Rencontré au Nouveau Marché, M. Abdoul Aziz Djibril, vendeur de ces poudres instantanées depuis plus de 30 ans, fait savoir que ce produit est très demandé pendant le Ramadan, avec pour conséquence une augmentation des prix sur les marchés, même si le ravitaillement provient en grande partie du Nigéria. Ce détaillant se ravitaille au Marché du Rond-point et arrive à écouler sa marchandise en sachets vendus entre 50 FCFA et 200 FCFA l’unité en fonction de la marque et de la quantité. La vente au détail, affirme M. Abdoul Aziz Djibril, lui permet de réaliser une marge bénéficiaire de 25 FCFA par sachet vendu.

M. Saley, un autre commerçant, maîtrise les tarifs de ces produits dont la consommation a explosé pendant le mois de Ramadan. « Le paquet de Tiara coûte 2 000 FCFA pour 24 sachets. Royal et Gold sont à 900 FCFA les 24 sachets. Davida coûte 2 500 FCFA pour 15 sachets, vendus à 250 FCFA l’unité. Joli Jus est à
2 500 FCFA le paquet et l’unité à 50 FCFA. Pop Drink coûte 3 500 FCFA le paquet et l’unité est vendue à 100 FCFA », a-t-il détaillé.
Même si ces produits séduisent par leur prix et leur praticabilité, un seul sachet peut produire jusqu’à deux litres de boisson, il y a de quoi s’interroger sur les risques sanitaires. En effet, certains spécialistes de la santé appellent ardemment à la prudence. D’après le nutritionniste Abdel Razak Bello, ces jus déshydratés sont composés essentiellement d’additifs alimentaires. « On y trouve des arômes, des colorants, des conservateurs et beaucoup de sucre. Certains de ces additifs peuvent être toxiques. Il existe même des colorants interdits dans certains pays, mais qu’on retrouve dans notre contexte », alerte-t-il.
Pour Dr Abdel Razak Bello, ces boissons n’apportent pratiquement ni vitamines ni sels minéraux, contrairement aux jus naturels comme le bissap, le tamarin, le baobab ou le citron, qui contiennent des éléments nutritifs bénéfiques pour l’organisme. Il a également souligné que la consommation excessive de ces boissons sucrées à outrance peut provoquer des douleurs abdominales, notamment des points de côté; ce qui peut gêner les fidèles dans leurs activités durant le Ramadan. « Il vaut mieux privilégier la qualité à la quantité. Avec 100 ou 200 FCFA de jus instantané, on peut avoir certes deux litres de boisson, mais cela n’apporte presque rien à l’organisme. Un verre de bissap à 50 FCFA peut être plus bénéfique pour la santé », recommande-t-il.
Malgré ces mises en garde, certaines vendeuses de jus naturel avouent utiliser les poudres déshydratées comme des compléments dans la préparation de leurs boissons. « J’en utilise en petite quantité pour renforcer le goût, le côté sucré et la couleur du jus, mais pas en grande proportion », explique Hadiza, vendeuse de jus.
Pour les ménages, surtout les plus modestes qui doivent faire face à l’inflation des prix pendant le mois de jeûne, le choix des boissons instantanées est privilégié, en dépit des risques sur la santé. Avec un seul sachet, on peut préparer deux litres d’eau sucrée pour toute la maison. On l’utilise parfois avec le bissap, le tamarin ou simplement avec de l’eau, surtout pendant le Ramadan.
Ainsi, entre accessibilité financière et préoccupations sanitaires, les boissons instantanées conditionnées en poudre occupent une place importante dans les habitudes de consommation à Niamey, particulièrement en période de jeûne. Reste à savoir si la sensibilisation sur ses potentiels effets néfastes sur la santé encouragerait les consommateurs à changer de comportement en privilégiant davantage les boissons naturelles.
Rabi I. Guero (ONEP)
