Lorsqu’on aime quelque chose et qu’on est passionné, on trouve toujours du temps pour s’investir et peaufiner ses projets. Malgré leur emploi de temps bien rempli, lieutenant Salamatou Ibrahim Balla Souley, Officier et métrologue des FAN et Mme Mashoud Fatima Diawara, secrétaire principale de la faculté d’Agronomie et des Sciences de l’Environnement à l’université Dan Dicko Dankoulodo de Maradi, se sont aménagé des plages horaires pour écrire des dizaines voire des centaines de pages sans se mettre la pression. A travers leurs écrits sous plusieurs genres dont le roman, la poésie, elles ne se contentent pas uniquement de raconter leurs histoires, elles s’engagent comme médiatrices, porte-paroles sensibilisant l’opinion publique et encourageant le dialogue entre les communautés.
Le plus souvent, leurs productions mettent en exergue le combat quotidien des femmes nigériennes tout en dénonçant les injustices sociales et en proposant des pistes de réconciliation dans un contexte marqué par des défis sécuritaires et sociaux.
Dans un pays où les tensions affaiblissent le lien social poussant la population à chercher des voies durables pour instaurer la paix, la voix des femmes, et particulièrement celle des femmes écrivaines, reste incontournable pour une stabilité pérenne. Elle contribue non seulement à préserver la mémoire collective, mais aussi à promouvoir des comportements favorables au vivre-ensemble. Dès lors, les femmes écrivaines apparaissent comme des actrices remarquables dans la consolidation des liens de solidarité au Niger. Par le biais de leurs récits, ces femmes engagées transcendent leur rôle de mères ou d’éducatrices pour apporter leur contribution dans cette démarche.
Le lieutenant Salamatou Ibrahim Balla Souley s’est engagée pour non seulement nourrir sa passion d’écriture, mais aussi et surtout pour briser un long silence à travers les mots. Ainsi, son roman intitulé “Au-delà du silence : le courage discret d’une vie ordinaire” est né d’un besoin de poser des mots sur ce que l’on traverse souvent, sans pouvoir l’exprimer. « Je me suis dit qu’en publiant ce livre, j’allais fermer beaucoup de plaies qui étaient en moi et que cela allait être pour moi une façon de tourner la page et d’aller de l’avant », confie-t-elle lors du vernissage dudit roman.
À travers ce livre de 94 pages, l’auteure met en lumière ce courage silencieux qui transforme profondément, par les thèmes de la résilience, la paix intérieure, le combat intérieur, l’amour, le courage et la quête de soi. « Être femme écrivaine au Niger aujourd’hui, c’est à la fois un privilège pour moi, mais aussi un défi. Aujourd’hui, de plus en plus, il y a des femmes qui écrivent. Et savoir qu’aujourd’hui, les femmes ont une voix, c’est un réel plaisir pour moi, parce que c’est aussi pour nous une façon d‘extérioriser nos maux intérieurs ». Étant nouvelle dans ce domaine, elle a dû faire face à beaucoup d’obstacles. « Ce n’est pas d’abord parce que je suis une femme, mais surtout, c’est parce que je suis novice dans le domaine. Il y a également la non valorisation de la littérature par la société nigérienne, a-t-elle dit. « On ne met pas beaucoup d’accent sur la littérature ici au Niger. Et dans ma conception des choses, il m’arrive très rarement de me dire que j’ai rencontré des obstacles où ça a été difficile parce que je suis une femme”, a-t-elle souligné.
Pour elle, être une femme n’a jamais été une limite, au contraire, cela a toujours été un élément propulseur pour Salamatou. « En tant que femme qui travaille, j’ai des responsabilités liées à mon travail, mais également les responsabilités liées à la vie personnelle. Mais pour ma part, j’ai pu bénéficier du soutien de ma famille et de mes proches, mais également au niveau de la hiérarchie, au niveau du travail”, a-t-elle dit.
Autre plume, autre récit
Pour sa part, Mme Mashoud Fatima Diawara, secrétaire principale de la faculté d’Agronomie et des Sciences de l’Environnement à l’université Dan Dicko Dankoulodo de Maradi et écrivaine (romancière, nouvelliste, poète et essayiste), explique qu’être écrivaine représente pour elle une opportunité exceptionnelle lui permettant d’apporter sa modeste contribution à la construction de l’édifice (Niger). « La femme écrivaine joue le rôle d’éducatrice, de porte-parole de la société, d’incitatrice à un changement positif », a expliqué Mme Mashoud Fatima Diawara. Selon elle, l’écriture lui sert de moyen d’informer la société, de dénoncer les malaises de la société. A travers ces œuvres dont “Au cœur de la bousculade, témoignage d’une rescapée du drame de Mina”, un roman paru en 2016, édité, par les Éditions Afrique Lecture, “ La morsure “, une nouvelle qui est parue en 2018, éditée par les Éditions Bigtime ; “ Essaim ! Goutte ton miel !”, un recueil de poèmes publié en 2020, édité par la Plume au Service de la Société ; et “ Si loin, si près la transition démographique”, un roman édité en 2022 par les Nouvelles Éditions du Sahel.
Dans sa production, les principaux thèmes tournent autour des violences familiales, la démographie, la paix, l’éducation, l’ignorance, la sexualité, la mendicité et l’autosuffisance alimentaire. « Jusqu’à présent, je n’ai jamais rencontré d’obstacles particuliers dans le monde littéraire et le soutien de l’État en matière d’édition des livres serait le bienvenu », a affirmé l’écrivaine.
Elle a prodigué des conseils aux jeunes filles et femmes qui souhaitent être des écrivaines de lire davantage pour mieux s’informer, et de traiter des thèmes qui sont en accord avec les réalités socio- politico-économiques et culturelles de la société nigérienne. « Les écrivaines ne sont pas de trop et ne seront jamais de trop au Niger. Je ne peux que les encourager de bon cœur », conclut–elle.
Par Zouladeini.A. Razinatou (Stagiaire)
