M. Joseph Saturnin Sagnon, directeur de la politique monétaire et des relations internationales
Parmi les thèmes abordés lors du séminaire organisé du 20 au 21 juillet à Dakar par la BCEAO à l’intention des journalistes économiques, la politique monétaire dans l’espace UMOA figure en bonne place. Cette politique monétaire consiste à agir sur la quantité et le prix de la monnaie en circulation en vue d’influencer l’activité économique. A travers cette tactique, la Banque Centrale vise à assurer la stabilité des prix.
Selon le directeur de la politique monétaire et des Relations Internationales, M. Joseph Sagnon, pour les pays en développement où la proportion de la population pauvre est élevée, la stabilité des prix est importante. La stabilité financière permet non seulement de maintenir le pouvoir d’achat des populations, mais aussi de favoriser la croissance économique. « La stabilité des prix évite la prime de risque d’inflation au niveau des taux d’intérêt et favorise une meilleure planification des investissements », a-t-il mentionné.
Pour cet objectif de stabilité des prix, la BCEAO s’appuie sur un cadre institutionnel et des règles d’organisation bien définies. La conduite de la politique monétaire au sein de I’UMOA est assurée par le Comité de Politique Monétaire (CPM), qui est un organe interne de la BCEAO créé lors de la réforme institutionnelle de 2010. Le CPM est chargé de la définition de la politique monétaire ainsi que de ses instruments. Elle est formulée autour d’un objectif d’inflation de 2%, à l’horizon de 24 mois et mise en œuvre à travers les taux directeurs dont les décisions sont portées au grand public pour garantir la transparence de la BCEAO sur l’action monétaire.
Stabilité financière, système bancaire et financier de l’UMOA
La crise financière internationale dite des subprimes de 2007-2008 a mis en évidence les limites de la supervision microprudentielle, axée sur le suivi individuel des risques établissements. Selon le directeur de la stabilité financière, M. Banassi Ouattara, pour assurer la stabilité du système financier, plusieurs réformes ont été menées. « Ces reformes avaient pour objectifs de permettre une meilleure appréciation des risques portés par les groupes bancaires avec l’adoption de la supervision sur la base consolidée, de limiter les risques d’une faillite bancaire par la fuite des dépôts avec la création du Fonds de Garantie des Dépôts et de Résolution, de renforcer la surveillance des établissements dont la faillite pourrait impacter tout le système, par l’identification des établissements bancaires d’importance systémique au niveau de chaque pays et de l’Union », a-t-il évoqué.

Il a ajouté également que plusieurs autres chantiers ont été conduits au cours des dernières années en vue d’améliorer le cadre de suivi des risques systémiques et de renforcer la résilience du système financier. Il s’agit notamment de la transposition des normes de Bâle Il et du renforcement du cadre réglementaire du secteur bancaire. « Selon les projections du FMI publiées en avril 2026, le rythme de progression de la production mondiale s’établirait à 3,1% en 2026 et 3,2% en 2027, pour des prévisions respectivement de 3,3% et 3,2% publiées en janvier 2026. Pour sa part, l’inflation mondiale, avant de se replier à 3,7% en 2027, se situerait à 4,4% en 2026, en hausse de 0,2 point par rapport à 2025 avant de se replier à 3,7% en 2027 », a expliqué le directeur de la stabilité financière.
Poursuivant ses explications, M. Banassi Ouattara a indiqué qu’au sein de l’UMOA, l’activité économique est restée dynamique au premier trimestre 2026, avec un taux de croissance de 6,1% du Produit Intérieur Brut (PIB), sur un an, après une réalisation de 6,5% au trimestre précédent. Cette évolution a été portée par la hausse de la valeur ajoutée dans l’ensemble des secteurs. « Le taux d’inflation, en glissement annuel est ressorti en légère hausse à -0,2%, en moyenne au premier trimestre 2026, après un niveau de -0,8 un trimestre plus tôt », a-t-il déclaré.
Pour préserver la stabilité du système et garantir ainsi le financement adéquat et durable des économies tout en assurant la protection de l’épargne, la croissance et l’emploi, les Autorités de régulation et de supervision du secteur financier régional redoublent de vigilance dans la surveillance des vulnérabilités susceptibles d’affecter la résilience du système bancaire et financier afin de prendre toutes les mesures nécessaires à la préservation de la stabilité financière.
Actions et principales réformes mises en œuvre pour renforcer la stabilité financière
Pour cette question, la BCEAO a conduit les travaux de mise à jour des textes de base du secteur bancaire de l’UMOA pour les aligner sur les meilleures pratiques internationales. Ainsi, ces réflexions ont abouti en 2023 à l’adoption de nouvelles lois portant réglementation bancaire et de la microfinance. Ces révisions ont permis d’adapter le cadre légal de l’Union aux mutations technologiques, aux enjeux d’inclusion financière et au besoin de renforcement de la gouvernance des entités assujetties, assurant ainsi une meilleure résilience du système face aux évolutions du marché. « Pour assurer un suivi efficace des vulnérabilités dans l’ensemble du secteur financier de l’union, un cadre de concertation, de coopération et de coordination entre les autorités de régulation et de supervision dont les missions concourent à la stabilité du système financier régional a été mis en place. Ce cadre dénommé Comité de Stabilité Financière dans l’’UMOA (CSF-UMOA) se réunit semestriellement pour examiner les risques majeurs auxquels font face les segments du secteur financier, les actions entreprises par les régulateurs pour limiter ses risques.
Par ailleurs, dans le cadre de l’opérationnalisation de la politique macroprudentielle dans l’Union, la BCEAO a été officiellement désignée comme Autorité macroprudentielle, en 2025 par le Conseil des Ministres de I’UMOA. Elle définit et met en œuvre le cadre de surveillance macroprudentielle de I’UMOA. A ce titre, elle prend, en cas de besoin, les mesures appropriées visant à prévenir ou atténuer la survenance des risques systémiques susceptibles d’affecter la stabilité financière dans l’Union. Elle peut émettre des avis et des recommandations. Pour mener à bien cette mission, la Banque Centrale dispose d’un ensemble d’outils. Il s’agit notamment des indicateurs de solidité, des stress tests et d’une cartographie des risques du secteur financier. Ils permettent une surveillance continue et ont une fonction fondamentale de financement de l’économie.
Salima H.Mounkaila (ONEP), Envoyé spéciale
