Un étal de viande dans un marché de la place
La viande rouge qui fait partie des habitudes alimentaires des Nigériens, connaît depuis quelques mois une cherté sans précédent. Longtemps vendu entre deux mille (2 000) et deux mille cinq cents (2 500) francs CFA, le kilogramme coûte désormais près de quatre mille (4 000) francs CFA, selon que le client souhaite acheter de la viande désossée ou de la viande avec os. Les consommateurs s’offusquent et s’indignent, tandis que les revendeurs de bétail et les bouchers se renvoient la responsabilité. Chacun invoque l’insécurité pour accuser l’autre et tenter de justifier cette flambée des prix.
À une dizaine de kilomètres de la ville de Niamey, dans le village de Guériguindé, plus connu sous le nom de Malam Koira, les étals de viande s’étendent sur plusieurs centaines de mètres le long de la route bitumée.
Localité réputée pour sa viande rouge de qualité et abordable, en cette matinée du mardi 19 mai, les rues semblent désertées par les clients ; alors que les vendeurs de viande sont là devant leurs étals. Le principal acteur, la clientèle manque à cette place marchande, notamment les acheteurs qui viennent de Niamey. Selon plusieurs bouchers rencontrés sur place, cette baisse de fréquentation s’explique en partie par la hausse du prix du kilogramme de viande, qui varie désormais entre 3 500 et 4 000 FCFA, à peine une différence de 500 FCFA des prix dans la capitale. Pour économiser les frais de transport et le temps de déplacement, certains clients préfèrent donc s’approvisionner directement à Niamey. Toutefois, les habitués reconnaissent que la qualité de la viande et la quantité servie au kilogramme restent supérieures à celles proposées par de nombreux bouchers de Niamey.
D’après M. Laouali, boucher à Garin Malam, cette nouvelle tendance est principalement liée à la rareté du bétail, conséquence de l’insécurité. Il explique que les bouchers s’approvisionnaient autrefois essentiellement dans la zone de Téra, aujourd’hui fortement affectée par l’insécurité et vidée d’une grande partie de son cheptel. Face à cette pénurie, ils sont désormais contraints de se procurer des gros ruminants dans des régions beaucoup plus éloignées. « L’ironie de la situation, aujourd’hui, c’est qu’il est plus rentable d’aller vendre des animaux dans la zone de Téra. Lorsque vous partez chercher dix bœufs à Téra, il est très difficile d’en trouver. Et le peu que vous réussissez à acheter, si vous n’ajustez pas les prix, vous risquez d’enregistrer d’importantes pertes », fait-il remarquer.
Portant un tablier blanc taché de sang, Biliyaminou Ibrahim est un autre jeune boucher qui exerce ce métier depuis une dizaine d’années au Petit Marché de Niamey. Ce mardi 19 mai, aux environs de 9 heures, nous l’avons trouvé en train d’aiguiser ses couteaux avant de commencer la découpe de la viande. « Avec cette cherté de la viande, on ne gaspille plus rien. Tout compte dans le pesage. Depuis que j’ai commencé ce métier, je n’ai jamais connu une telle hausse. Il n’est même plus possible de vendre un quart de kilogramme de viande à 600 FCFA comme auparavant, car nous risquerions de vendre à perte », explique-t-il.
Pour Biliyaminou, cette flambée des prix est principalement due à l’augmentation du coût du bétail. Il souligne que, malgré les explications fournies aux clients sur les causes de cette situation, ces derniers refusent souvent d’y croire, ce qui entretient un climat d’incompréhension. Il lance ainsi un appel à l’État, notamment au ministère du Commerce, afin que des mesures soient prises pour améliorer la situation.
De l’autre côté du Petit Marché de Niamey, Mme Rabiatou est venue faire ses courses. Devant l’étal de son boucher habituel, elle négocie le prix du kilogramme de viande de bœuf. Le visage fermé, elle tente d’obtenir une réduction, estimant le prix excessif. « Je suis une fidèle cliente de ce boucher, mais avec cette flambée des prix, je vais finir par ne plus mettre de viande dans ma sauce. La viande est devenue trop chère alors que le budget de la popote, lui, n’a pas augmenté. Avant, j’achetais le kilogramme de viande de bœuf avec os à 2 400 FCFA. Aujourd’hui, il est vendu à 3 500 FCFA. Quant à la viande sans os, je l’achetais à 3 000 FCFA, mais elle coûte désormais 4 000 FCFA », confie-t-elle.
Hamissou Yahaya (ONEP)
