Accès des jeunes et adolescents aux services de la santé de la reproduction au Niger : Quand les jeunes font de leur santé un sujet de préoccupation

Société

Il est environ 19 Heures à Niamey. Un certain calme règne sur la capitale du Niger. Beaucoup de ses habitants, surtout les hommes se préparent pour aller accomplir leur devoir religieux à la mosquée. Bien emmitouflée dans son hijab, Aminata sort clandestinement de la maison familiale. L’air très pressé, elle prend une direction opposée à celle de la mosquée. Après quelques minutes de marche, loin des regards des habitants du quartier pratiquement désert à cette heure-là, elle s’engouffre dans une grande cour. C’est le centre de santé de son quartier. Une habituée des lieux, elle tape à une porte et rentre s’asseoir sur une chaise de fortune en attendant l’infirmière de garde qui est en train d’accomplir la salat. Aussitôt terminée, elle engage les salutations d’usage avec la jeune fille avant de lui remettre une plaquette de comprimés et lui prodiguer quelques conseils. Aminata cache le produit dans son hijab, sort discrètement du centre et retourne tranquillement chez elle.

Certainement qu’après son départ, d’autres jeunes lui emboiteront le pas. C’est en effet à cette heure que, les jeunes fréquentent le centre pour leur besoin en produits contraceptifs. En toute confiance avec le personnel du centre. L’accès des jeunes aux produits contraceptifs était pendant longtemps sensible et même tabou dans notre société. Mais force est de reconnaitre que, de plus en plus, des voix s’élèvent aujourd’hui pour défendre avec énergie ce sujet. Et à raison.

En effet, selon le Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH  2012), 69%  des jeunes sont âgés de moins de 25 ans au Niger. Les adolescents de moins de 15 ans représentent 51,6% de la population totale estimée à plus de 20 millions d’habitants. Ce poids numérique des jeunes et adolescents du Niger pose des défis et quelques inquiétudes en matière de santé reproductive et de planification familiale. Fort heureusement, le combat visant à prendre en compte cette préoccupation vient des jeunes eux-mêmes à travers le réseau des jeunes ambassadeurs pour la santé de la reproduction (RJA).

M. Abdoul-Fatah Mahamadou Hassane, président de ce réseau, explique clairement que, la création du RJA en 2015 résulte d’un constat selon lequel les jeunes n’ont pas accès aux services en lien avec la santé de la reproduction et la planification. Ils n’ont pas d’ambassadeurs ou de porteurs de voix qui peuvent véritablement défendre leurs besoins en matière de la SR/PF. «Certes, il existe des structures qui œuvrent dans le domaine mais sans une synergie d’actions, mais chaque structure travaille de son côté. C’est pourquoi nous avons décidé, après réflexion, de créer un réseau dans lequel nous allons désormais unir nos forces pour avoir une voix unique dans la perspective de défendre valablement les intérêts des jeunes par rapport à la santé de la reproduction et la planification familiale », soutient  Abdoul-Fatah Mahamadou Hassane.

Mais le combat du RJA ne s’est pas arrêté là. En effet, pour que les jeunes aient accès aux services de la santé de la reproduction et à la planification familiale, le RJA a initié plusieurs actions de sensibilisation. Ces activités ciblent les jeunes et les adolescents scolarisés, déscolarisés et non-scolarisés, surtout dans les villages et les campagnes. Ces activités, a dit le président du RJA, sont d’intérêts communs parce qu’elles regroupent uniquement des jeunes pour leur parler des services en lien avec la santé de la reproduction.

Le RJA a fait aussi des plaidoyers à l’endroit des autorités qui ont la décision finale afin qu’on puisse prendre en compte les préoccupations des jeunes et adolescents. Pour atteindre le maximum de jeunes, le réseau utilise les nouvelles technologies de l’information et de la communication en organisant des campagnes digitales sur les médias sociaux avec un compte tweeter et une page Facebook. Ces plages sont utilisées par le réseau des jeunes ambassadeurs en santé de la reproduction pour animer des causeries éducatives sur la santé de la reproduction et la planification familiale ; des thés-débat et des conférences pour édifier les jeunes et les adolescents par rapport à la thématique de la santé de la reproduction.

La Saint valentin, une occasion

‘’L’une de nos activités phases est organisée chaque 14 février, à l’occasion de la Saint valentin. Cette activité est dénommée ‘’Saint valentin sans grossesse non désirée’’. Cette campagne de sensibilisation, affirme M. Abdoul-Fatah cible les adolescents et les jeunes. La journée du 14 février est une fête célébrée par les jeunes dans nos pays. Malheureusement, les jeunes qui assistent à certains évènements, posent des actes aux conséquences souvent lourdes explique le président des jeunes ambassadeurs. «Cette caravane de sensibilisation est organisée une semaine avant la célébration de la Saint valentin pour prévenir et informer les jeunes et les adolescents», précise M. Abdoul-Fatah.

Heureusement, au Niger, l’offre des services en planification familiale chez les jeunes est importante. Selon Dr Amadou Housseini, directeur de la planification familiale au Ministère de la Santé Publique, les jeunes mariées se présentent au niveau des centres de santé intégrée, des pharmacies, des infirmeries scolaires, des espaces sûrs ou dans les sites de distribution à base communautaire (DBC) pour se ravitailler. Les jeunes non marié (e) se présentent au niveau des centres amis des jeunes, des pharmacies, des infirmeries scolaires, des espaces sûrs ou à des heures tardives au niveau des CSI et des sites DBC.

Ce que confirme Mme Oumarou Fada, responsable du service PF du CSI Gaya I, une localité située à 288 kilomètres de Niamey. «Le service PF est fonctionnel ici 24H/24. Ce qui fait que, les adolescentes préfèrent d’ailleurs venir la nuit où elles sont sûres de ne pas rencontrer d’autres femmes ou hommes. Ce sont généralement les jeunes filles qui ne sont pas mariées. Elles ont peur d’être indexées par la société. Et nous leur assurons le service conformément à leur choix. Elles préfèrent les méthodes de longue durée en l’occurrence, les implants pour trois (3) ou cinq (5) ans avant de s’éclipser dans la nature. Ces adolescentes ont un âge qui varie entre 14 à 20 ans. Faute de statistiques fiables, Mme Oumarou Fada, responsable du service PF du CSI Gaya I se contente de dire que, le profil de ces adolescentes est relativement jeune. «On peut même trouver des filles de 13 à 14 ans» révèle la sage-femme.

 Hassane Daouda(onep)