Malgré les défis de la disponibilité de l’eau ...
Dans plusieurs villages du Niger, les femmes rurales se battent chaque jour pour améliorer les conditions de vie de leurs familles. Malgré le manque de moyens et les nombreuses difficultés, elles développent des activités génératrices de revenus afin de gagner en autonomie. À Gabi Koïra, un village situé à trois kilomètres de la commune rurale de Mokko, des femmes ont trouvé dans le maraîchage une activité porteuse d’espoir. À travers cette activité, elles participent non seulement à la survie de leurs ménages, mais aussi au développement de leur communauté.
Accompagnés de la responsables de l’agriculture de la commune rurale de Mokko, nous sommes arrivés à Gabi Koïra le lundi 13 avril, aux environs de 10 heures. Dès l’entrée du village, l’effervescence autour du site maraîcher attire l’attention. Sous un soleil déjà pesant, plusieurs femmes font la navette. Bassines, seaux ou bidons de 25 litres en main, elles vont et viennent entre les robinets payants et les planches du jardin. Certaines portent ces lourdes charges sur la tête, d’autres tirent ces récipients pleins à bout de bras dans un effort apparent. Aucune ne semblait vouloir ralentir le rythme.
Autour des trois robinets du village, malgré la fatigue, l’ambiance était chaleureuse. Entre éclats de rire, causeries et plaisanteries, les femmes prennent l’eau à tour de rôle, sans bousculade. Les plus jeunes aident les plus âgées à remplir les bassines, la corvée devient collective. Le chef du village, Maigari Seyni Hassane, nous accueille avec bienveillance avant de nous conduire vers la pépinière aménagée par les femmes.
Un petit jardin maraîcher devenu une grande source d’espoir
À première vue, ce site de moins d’un hectare semble ordinaire. Pourtant, pour les femmes de Gabi Koïra, il représente bien plus qu’un simple jardin. A l’intérieur des clôtures grillagées installées grâce à l’appui du partenaire ONEN, près d’une centaine de femmes y trouvent chaque jour de quoi nourrir leurs familles, gagner un peu d’argent et conquérir leur autonomie. En avançant dans ce jardin, le regard se perd sur des planches soigneusement alignées. Le rouge des tomates, le vert des choux, de la laitue et des courges apportent une touche vive à ce jardin. Par endroits, de jeunes pousses fraîchement repiquées sortent du sol humide. À quelques mètres, certaines désherbent avec minutie. D’autres arrosent, le geste mesuré, pour ne pas coucher les jeunes plants sous la pression de l’eau.
L’histoire de cette pépinière commence en 2017. À cette période, raconte Maigari Seyni Hassane, il cherchait une activité capable d’aider les femmes du village à améliorer leurs conditions de vie.
« Quand je suis arrivé à ce poste, je me suis dit qu’il fallait trouver quelque chose pour que les femmes puissent se prendre en charge et participer au développement du village », explique-t-il. Le contexte n’était pourtant pas favorable. « Beaucoup de familles vivaient difficilement. Les femmes n’avaient presque pas d’activités génératrices de revenus et plusieurs hommes partaient chercher du travail ailleurs », ajoute le chef du village.
Avec l’appui de la commune de Mokko et du partenaire ONEN, des séances de sensibilisation sont organisées autour du maraîchage. Lorsque les techniciens demandent les villages qui veulent expérimenter cette activité, peu de chefs se sont portés volontaires. « Beaucoup disaient que cela ne pouvait pas marcher parce que nous n’avions qu’un seul puits » a-t-il confié. « Mais moi, j’ai décidé de tenter malgré tout. Le pari est pris. Peu à peu, quatre groupements féminins de 25 femmes chacun ont vu le jour. Puis une union nait pour renforcer l’organisation des productrices », dit – il fièrement.
Sous un soleil parfois écrasant, ces femmes travaillent sans relâche. Sur ce site, les tâches commencent très tôt afin d’éviter les fortes chaleurs de la journée. Chaque groupement a ses responsabilités. Certaines femmes désherbent, d’autres entretiennent les planches ou surveillent les cultures. Elles cultivent des tomates, des aubergines, des piments frais, des pommes de terre, des courges, des salades, de l’oseille, du chou et parfois des carottes selon les saisons.

Au milieu des planches de tomates verdoyantes, légèrement dorées par les rayons du soleil, Fatouma Garba, présidente du groupement Tabo ma Zabou, se souvient de ses débuts avec émotion. « Avant, nous n’avions aucune activité génératrice de revenus. Les femmes dépendaient entièrement de leurs maris ou de leurs proches pour les dépenses essentielles. Aujourd’hui, nous arrivons à participer aux charges familiales grâce à la vente de nos légumes », a-t-elle soufflé. Néanmoins, a-t-elle confié, l’accès à l’eau reste leur plus grande difficulté. Chaque jour, elles doivent l’acheter pour arroser leurs cultures, à raison de 5 francs CFA la bassine. « Personnellement, j’utilise 10 bassines d’eau par jour, six le matin et quatre l’après-midi, pour mes deux planches. S’il y avait assez d’eau, ce village serait méconnaissable », affirme Fatouma, les mains encore couvertes de terre.
Malgré les difficultés, les récoltes sont parfois impressionnantes. Durant certaines saisons, les femmes produisent suffisamment de légumes pour alimenter les marchés environnants. Une partie est consommée par les familles, une autre est vendue et le surplus est séché afin d’éviter les pertes. « L’année dernière, j’ai eu tellement de tomates que j’en ai même envoyé à des proches vivant à Dosso », raconte-t-elle fièrement.
Selon Haoua Hamadou, présidente du groupement Sata ma Zada, cette activité a profondément changé la vie des femmes du village.
« Avant, on n’avait pas beaucoup de connaissances sur le maraîchage. Aujourd’hui, nous savons cultiver, organiser une caisse et gérer une activité. Ce travail nous a beaucoup apporté », se réjouit-elle ajoutant que pendant les périodes de forte production, le jardin attire de nombreux clients venus de Mokko et des villages voisins. « Les acheteurs repartent avec des sacs remplis de choux, d’oseille, de tomates, de courges ou encore de laitues fraîches », dit-elle avec grande satisfaction.
Hadiza Noma, présidente du groupement Youlwa Wadata, a également évoqué avec fierté les progrès réalisés grâce au maraîchage. Assise à l’ombre d’un arbre, elle a expliqué combien cette activité a renforcé la confiance des femmes du village en leurs capacités. « Pendant le Ramadan, nous avons été très heureuses parce que nous faisions la rupture avec nos propres produits. Cela nous a beaucoup encouragées », a-t-elle confié avec joie. Pour elle, le fait d’avoir produit elles-mêmes ce qu’elles consomment représente déjà une grande avancée pour plusieurs familles du village.
Une solidarité féminine qui se renforce
Au-delà du jardin, les femmes ont développé d’autres initiatives solidaires. Des tontines et des caisses communautaires ont été mises en place afin d’aider les membres en cas de besoin. Chaque femme contribue régulièrement selon ses moyens. Ramatou Djibo, trésorière du groupement Bonkaney, explique le fonctionnement de cette organisation. « Nous sommes 25 femmes. Nous cotisons chaque semaine 200 francs CFA chacune. Cela nous permet d’accorder de petits prêts aux membres ou d’aider lors des événements familiaux », a-t-elle expliqué. Pour elle, cette organisation a changé beaucoup de choses dans le village. « Avant, lorsqu’une femme avait un problème, elle ne savait pas vers qui se tourner. Maintenant, grâce à notre caisse, nous pouvons nous entraider », a-t-elle ajouté.
Certains groupements utilisent aussi une partie de leurs revenus pour transformer l’arachide ou fabriquer des cordes à base de feuilles de palmier doum que les femmes revendent au marché. Peu à peu, elles ont appris à gérer des fonds, à travailler collectivement et à prendre des décisions ensemble.
Une autonomie encore fragile
Malgré les avancées, les difficultés restent nombreuses. Les femmes manquent souvent de semences, d’engrais et de pesticides. Forêts chaleurs et maladies des cultures compliquent le travail. Mais le principal défi demeure l’accès durable à l’eau. Pour ces femmes rurales, un véritable système d’irrigation changerait considérablement leurs conditions de travail et leurs revenus. Elles rêvent d’un jardin plus grand, mieux équipé et capable de produire toute l’année. « Nous voulons continuer à apprendre et à avancer. Si nous recevons plus d’appui, nous pouvons faire beaucoup plus », affirme Hadiza Noma.
Grâce à leur engagement, les partenaires ont accepté de renforcer leur accompagnement à travers le projet de construction d’un château d’eau. Ce qui suscite beaucoup d’espoir dans le village. Pour ces femmes, le maraîchage n’est plus seulement une activité agricole. Il est devenu un moyen de reprendre confiance, de participer au développement de Gabi Koira et de préparer un avenir meilleur à leurs enfants. Dans ce village de la commune rurale de Mokko, les femmes ne demandent pas seulement de l’aide. Elles prouvent chaque jour leur capacité à travailler, à produire et à contribuer activement au développement de leur localité.
Aminatou Seydou Harouna (ONEP), Envoyée spéciale
