L’entrée principale du complexe sportif
Implanté au cœur du quartier Banifandou, dans l’arrondissement communal Niamey 1, le Centre Olympe Africa du Stade Issaka Daboré s’impose comme un véritable cadre d’éducation, d’inclusion et de développement social pour les jeunes. Créé en 1996, ce centre a pour mission principale de promouvoir les valeurs olympiques à travers des activités physiques, des formations et des actions en faveur de l’autonomisation des jeunes et des femmes.
Au terme d’une immersion dans ledit centre, nous avons pu relever une forte affluence et un engouement sans équivoque de jeunes, d’adultes, de femmes et d’hommes autour de diverses disciplines. En effet, comme tous les soirs, encore mieux pendant les weekends, tel que lors de nos passages entre les 18 et 22 juin 2026, à partir de 17h, l’ambiance est à son comble. Sur le terrain sablonneux de ce centre dont la superficie n’excède pas 2 hectares, plusieurs dizaines de pratiquants participent à des exercices physiques sous la conduite de leurs encadreurs. Les séances, rythmées et organisées, témoignent d’un engagement constant des sportifs à entretenir leur condition physique. Les passionnés de volley-ball enchaînent des séquences de smashs au-dessus du filet, sur un petit espace en dalle peu commode, contigu au parquet où des basketteurs de tous âges rivalisent d’adresse, d’anticipation, de dribbles et de détente.

Un peu plus loin, un espace clos accueille un public assez particulier : les passionnés du tir à l’arc. Sur un autre pan du complexe, à l’intérieur d’une salle ovale, les adeptes du Hap-Ki Jutsu participent à des séances axées sur la discipline, la maîtrise de soi et les techniques de self-défense. Au cœur de l’immense stade, les amateurs du football trouvent leur compte sur un terrain nu sans pelouse qui ne se caractérise que par ses poteaux et ses abords à peine visible. Tout autour de ces installations longent une autre catégorie de sportifs tous azimuts qui fait tout simplement du footing et des étirements, individuellement ou collectivement.
Dans la même enseigne, se dressent quelques trois blocs de bâtiment dont le siège du Comité Olympique et Sportif du Niger (COSNI) et ceux abritant l’administration du complexe et des ateliers d’apprentissage aux métiers de couture, de recyclage, entre autre.
Au-delà des performances sportives, le centre apparaît comme un espace d’éducation citoyenne. Les encadreurs veillent au bon déroulement des activités dans une atmosphère de respect mutuel et de cohésion. Cet engouement, malgré l’état et l’exiguïté du complexe, met en évidence le dynamisme d’un cadre d’épanouissement de la jeunesse et de la promotion des valeurs olympiques à travers les sports.
Le sport dans sa diversité comme outil d’éducation et d’inclusion sociale
Selon le Directeur général du Centre Olympe Africa du Stade Issaka Daboré, M. Daouda Adamou, la création et la vitalité du complexe résultent d’un programme de l’Association des Comités Nationaux Olympiques d’Afrique (ACNOA), piloté par la Fondation Internationale Olympe Africa, dont le siège est à Dakar (Sénégal). Il bénéficie également de l’accompagnement de la Solidarité olympique et du Comité International Olympique (CIO). « Notre mission principale est de faire la promotion des valeurs olympiques que sont le respect, l’excellence et l’amitié. Ce sont des valeurs universelles qui constituent aussi les fondements de la vie en société. Contrairement à un complexe sportif classique, le Centre Olympe Africa ne privilégie pas une discipline particulière. Les activités physiques y sont utilisées comme un outil d’éducation aux valeurs, dans un esprit d’inclusion où filles, garçons, personnes vivant avec un handicap et tous les jeunes évoluent ensemble sans distinction », a-t-il explique.

Il ajoute que le centre développe également plusieurs programmes sociaux et économiques comme la couture destinée aux femmes et aux jeunes filles en situation de vulnérabilité, ainsi qu’un programme de recyclage permettant aux jeunes de transformer des objets usagés en équipements sportifs ou en objets utiles pour la vie quotidienne. « Le centre met en œuvre plusieurs programmes d’éducation aux valeurs olympiques sur des cycles pouvant atteindre six mois. Ces formations associent activités physiques, apprentissage de la citoyenneté, inclusion sociale et formations professionnelles destinées à favoriser l’autonomie des participants », déclare-t-il. Avant de souligner que le Centre Olympe Africa est largement ouvert aux habitants de Banifandou I et des quartiers environnants. « Plusieurs clubs et équipes de quartier y pratiquent régulièrement le basket-ball, le football, le volley-ball, le hand-ball ainsi que le Hap-Ki Jutsu. Les établissements scolaires utilisent également les installations pour les cours d’éducation physique et sportive ainsi que pour les compétitions interclasses », a-t-il dit.
Pour M. Daouda Adamou, la philosophie du centre va bien au-delà du sport. « Notre objectif est de bâtir la paix, de promouvoir la zéro discrimination et de former des jeunes responsables grâce aux valeurs sociales. Chaque jeune qui entre ici doit repartir avec ces valeurs. Les Tournois de Grandes Vacances (TGV) de football, de basketball et de handball sont des initiatives des jeunes des quartiers eux-mêmes. Ils réunissent parfois plus d’une vingtaine d’équipes et des milliers de spectateurs », a-t-il affirmé.
Malgré son impact positif, a-t-il poursuivi, le Centre Olympe Africa fait face à plusieurs défis. Créé en 1996 dans une zone peu habitée, le centre se retrouve aujourd’hui progressivement encerclé par l’expansion urbaine de Niamey. « Cette urbanisation entraîne une demande croissante d’accès aux infrastructures, provoquant parfois des conflits liés au partage des espaces entre clubs, équipes et jeunes venus pratiquer librement. Pour répondre à cette forte demande, un second Centre Olympe Africa a été créé à Dosso afin d’offrir davantage d’espaces aux jeunes. Le voisinage constitue également un défi quotidien, avec des actes de dégradation des installations ou des problèmes liés à l’environnement immédiat du centre », a-t-il révélé.
Par ailleurs, bien que le centre ne soit pas une structure de détection sportive, M. Daouda Adamou estime qu’il contribue à l’émergence des talents surtout à travers les animations organisées, les fédérations sportives, clubs et encadreurs sont régulièrement invités à observer les jeunes afin d’identifier ceux présentant des aptitudes particulières et de les orienter vers des structures de haut niveau. « Par son approche éducative et inclusive, le Centre Olympe Africa apparaît aujourd’hui comme un acteur majeur de la promotion des valeurs olympiques et du développement de la jeunesse nigérienne, démontrant que le sport peut être un puissant levier de paix, de citoyenneté et de cohésion sociale », a-t-il confié.
Le Hap-Ki Jutsu, un art martial au service de la discipline et de la citoyenneté
Au Centre Olympe Africa de Banifandou 1, le Hap-Ki Jutsu poursuit son développement sous la direction de Maître Soumana Seydou, ceinture noire 6ᵉ Dan et premier assistant mondial de cette discipline. À travers des séances régulières d’entraînement, il œuvre à promouvoir un art martial fondé sur la discipline, le respect, la maîtrise de soi et la transmission des valeurs humaines. « Créé en 2018 par le Soke Farhat Amara Rebay, maître tunisien et fondateur du Hap-Ki Jutsu. Cet art martial est une combinaison de plusieurs disciplines martiales. Le terme ‘’Hap-Ki Jutsu’’ signifie la coordination de l’énergie par la souplesse et la technique : ‘’Hap’’ renvoie à la coordination, ‘’Ki’’ à l’énergie et ‘’Jutsu’’ à la technique ou à la souplesse », explique-t-il.
Présent au Centre Olympe Africa depuis 2019, Maître Soumana Seydou explique également que le le Hap-Ki Jutsu est aujourd’hui pratiqué dans plusieurs pays du monde et bénéficie d’une reconnaissance internationale en tant qu’art martial à vocation philosophique et éducative. « La discipline est ouverte à tous, sans distinction d’âge. Les enfants, les jeunes, les adultes, les vétérans ainsi que les personnes en situation de handicap ou à mobilité réduite peuvent y pratiquer selon des modules adaptés ». « Le Hap-Ki Jutsu comprend également un volet spécifique destiné aux Forces de défense et de sécurité (FDS). Cet enseignement, conçu exclusivement pour les militaires et les forces de sécurité, met l’accent sur les techniques opérationnelles et les valeurs propres au métier des armes. Dans ce cadre, environ 300 bourses ont été accordées aux pays membres de l’Alliance des États du Sahel (AES) afin d’accompagner la formation des FDS engagées sur les théâtres d’opérations », a-t-il ajouté.
Maître Soumana Seydou a souligné que les campagnes de sensibilisation menées auprès des parents ont permis de convaincre de nombreuses familles d’encourager leurs enfants à pratiquer cet art martial. « Certains parents accompagnant désormais eux-mêmes leurs enfants aux séances d’entraînement. L’enseignement du Hap-Ki Jutsu repose sur des règles strictes. Dès leur inscription, les élèves sont sensibilisés au respect de la discipline, des engagements et des valeurs de l’art martial. Des règlements et des consignes encadrent la pratique afin de former des citoyens responsables autant que des sportifs accomplis », a-t-il affirmé.
Maître Soumana Seydou a souligné que le Niger occupe aujourd’hui une place importante dans l’organisation internationale du Hap-Ki Jutsu. En sa qualité de premier assistant mondial de la discipline, Maître Soumana Seydou participe aux décisions et aux orientations relatives à son développement. « Le Niger dispose d’un fort potentiel pour devenir un pôle africain de référence, attirant des pratiquants de plusieurs pays du continent. C’est un honneur de voir la participation croissante des femmes à cette discipline. Plusieurs pratiquantes ont atteint le grade de ceinture noire, dont certaines servent au sein des Forces de défense et de sécurité », a-t-il affirmé.
Cependant, plusieurs défis demeurent. Le responsable du Hap-Ki Jutsu souhaite notamment l’obtention de l’agrément officiel de la discipline afin de faciliter l’accès aux partenariats, aux financements et aux compétitions internationales.
Les retrouvailles conviviales d’anciens basketteurs derrière la nouvelle génération d’amateur du ballon orange
Autant que le Hap-Ki Jutsu, au Centre Olympe Africa de Banifandou I, le basket-ball est une discipline qui attire de nombreux passionnés. Sous la coordination de M. Salifou Mamadou Idrissa, ancien joueur professionnel et amoureux de la balle orange, des rencontres amicales réunissent d’anciens basketteurs ainsi que des joueurs encore en activité. « Ces retrouvailles sportives sont organisées chaque samedi et dimanche. Ces rencontres ont pour objectif de maintenir la pratique du basket-ball, de renforcer les liens entre anciens joueurs et de transmettre leur expérience aux jeunes générations. Nous sommes une véritable famille sportive. Il ne s’agit pas d’un championnat, mais de rencontres entre passionnés dans une ambiance conviviale », a-t-il expliqué.
Ces séances, poursuit-il, permettent aux pratiquants de conserver leur condition physique tout en partageant leur savoir-faire avec les jeunes talents. « La présence occasionnelle de joueurs toujours en activité contribue également à relever le niveau des rencontres et à créer une atmosphère de solidarité et de fair-play », a-t-il dit.

Si les infrastructures se sont nettement améliorées grâce à la récente rénovation du terrain, M. Salifou Mamadou Idrissa estime que des efforts restent à fournir. Il plaide notamment pour un renforcement du matériel sportif, un accompagnement plus soutenu des pratiquants ainsi que l’organisation d’activités régulières afin de promouvoir davantage le basket-ball au Niger.
Évoquant l’avenir du basket-ball nigérien, M. Salifou Mamadou Idrissa souligne que le pays dispose d’un important vivier de talents. « Le Niger regorge de talents sportifs, pour les révéler davantage, il faut continuer à investir dans les infrastructures, soutenir les clubs, organiser plus de compétitions, former les encadreurs et encourager les jeunes à pratiquer ce sport », a-t-il précisé.
Il invite la jeunesse à croire en ses rêves, à travailler avec sérieux et à faire preuve de discipline. « Le basket-ball est une école de la vie qui apprend le respect, la solidarité et le dépassement de soi », estime Salifou Mamadou Idrissa.
Le volley-ball, une discipline en plein essor
Le Centre Olympe Africa met également en avant le volley-ball, une discipline qui attire de nombreux jeunes grâce à son caractère collectif, éducatif et accessible. Le responsable du club de volley-ball du Centre Olympe Africa, M. Maino Sabo Japarou explique que cette discipline occupe une place importante au sein du stade. Selon lui, le volley-ball séduit de plus en plus de jeunes en raison de son aspect attrayant et de son ouverture à toutes les couches sociales, sans distinction. « Les séances d’entraînement se déroulent trois à quatre fois par semaine selon le calendrier des compétitions et des rencontres amicales des différentes équipes. Ces entraînements permettent aux jeunes de développer leurs qualités physiques, leur esprit d’équipe et leur sens de la discipline », a-t-il dit.
M. Maino Sabo Japarou a salué les efforts consentis pour la réhabilitation du terrain. « Il faut reconnaître qu’il n’y a pas longtemps, le terrain du Centre Olympe Africa a été rénové, ce qui a considérablement amélioré nos conditions de jeu. Nous en sommes très satisfaits pour cette rénovation qui constitue déjà une avancée importante pour tous les pratiquants », a-t-il déclaré.
Par ailleurs, M. Maino Sabo Japarou a évoqué plusieurs difficultés au niveau du club. « Chez les jeunes filles, la principale préoccupation reste la continuité de la pratique sportive après l’adolescence. Il arrive également que certains parents ou futurs époux découragent les jeunes filles de poursuivre leur carrière sportive. Du côté des garçons, les mutations professionnelles des parents vers d’autres quartiers ou localités de la capitale entraînent souvent l’abandon de la pratique du volleyball », a-t-il confié.
Il lance un appel à la population en rappelant que le Centre Olympe Africa est un espace ouvert à toutes les couches sociales et constitue un véritable centre d’encadrement et de réinsertion des jeunes grâce à ses nombreux programmes sportifs et activités extrascolaires.
Abdoussalam K. Mouha (ONEP)
