Commerçants et producteurs dans la tourmente

Dossier
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La hausse des prix de l’engrais sur le marché anéantit l’accessibilité des engrais à la hauteur des besoins de l’agriculture nigérienne. Aujourd’hui, pour se procurer un sac d’engrais, le producteur doit débourser plus de 20.000 FCFA. Les deux variétés d’engrais plus disponibles sur le marché, à savoir le ‘’15-15’’ et le ‘’Ki-Uré’’ coûtent plus de 20.000 FCFA. Cette situation tourmente les commerçants, principalement ceux qui sont en contact direct avec les producteurs. A la date du mercredi 25 août 2021, le sac d’engrais appelé ’15-15’’ et le ‘’Ki-Uré’’ se vend à 21.000 F, tandis que  le kilogramme et tasse qui est l’équivalent de deux (2) Kg coûtent respectivement de 450 F à 900 FCFA.

Rappelons que pour répondre au besoin en engrais, les autorités nigériennes ont initié une réforme qui vise à mettre en place un système efficace et durable, capable d’améliorer la disponibilité d’engrais de qualité et son accessibilité aux producteurs dans toutes les régions du Niger. Ce système piloté par l’Association Nigérienne des Importateurs et Distributeurs des Engrais (ANIDE), créée le 18 juin 2019, semble agoniser, car il ne répond ni aux attentes des commerçants encore moins ceux des producteurs. Des commerçants (grossistes et détaillants) rencontrés au niveau des différents marchés de Niamey s’inquiètent de la situation d’engrais au Niger.    

Baydou Ali est un vendeur d’engrais à Yantala. Ses principaux clients sont les femmes productrices qui se battent au quotidienne sur le lit du fleuve et dans les jardins.  « C’est dur ces derniers temps. La hausse des prix a fait en sorte que les producteurs (les clients) viennent rarement. Le peu de clients que nous accueillions se plaignent de trop. Il arrive souvent que les clients viennent et il n y a pas d’engrais sur le marché. C’est très dommage. Avant ce stock-là, plus de deux semaines, nous n’avons pas d’engrais. Cette rupture de stock a un impact négatif sur le marché, car si le producteur ne trouve pas son engrais au moment voulu, après même quand l’engrais sera disponible il n’en aura pas besoin » regrette Baydou Ali avant de demander aux autorités nigériennes d’entreprendre des démarches auprès des autorités des pays qui fournissent en engrais de faciliter l’importation de l’engrais dans notre pays afin de mettre les producteurs et les commerçants dans des meilleures conditions de travail.      

Selon M. Moctar Yacouba Sagafondo, commerçant détaillant au marché de Harobanda, le prix de l’engrais a connu ce derniers temps une hausse considérable. « Les difficultés auxquelles nous sommes confrontées est que l’engrais qui nous vient des pays voisins comme le Benin est en rupture. Cette semaine nous avons de l’engrais mais il y a deux semaines de cela l’engrais était en rupture. L’engrais coûte extrêmement cher ! Aujourd’hui nos fournisseurs c’est-à-dire les grossistes, nous vendent le sac de 25kg à 20000f. Et si les clients viennent, ils jettent la faute sur nous. Ils pensent que la cherté de l’engrais vienne de nous. Or la réalité est toute autre. Le Problème n’est pas à notre niveau, mais plutôt de ceux qui nous fournissent l’engrais », a témoigné M. Moctar Yacouba Sagafondo.

Hama AlfariNouhou, commerçant et distributeur d’engrais, déplore la hausse des prix. Il fournit son engrais aux producteurs du périmètre de Saga. « Avant cette période de rupture nous achetons le sac à 13.000f ou 13500f au niveau de la centrale de vente et au magasin de Kombo. Aujourd’hui, nous avons appris que l’Etat n’a pas la commande (le monopole) de l’engrais. On attend toujours les fournisseurs qui nous approvisionnent à partir du Bénin. Dés qu’ils arrivent au Niger, on s’informe et parfois c’est la débâcle et la débandade. On s’arrache les sacs. Nous avons plusieurs variétés d’engrais qui nous viennent du Bénin et du Nigeria. Nous achetons le sac d’engrais qui provient du Bénin à 20.000f et nous le revendons à 20.500f, 21.000f voire 22.000f. Tout de même, les clients trouvent l’engrais très cher. Pourtant, nous on ne gagne pas assez en bénéfice » explique-t-il.  

Pour M. Soumana Oumarou, la situation d’engrais cette année est inquiétante. Il affirme que durant les 13 ans qu’il a passé dans la vente de l’engrais, il n’a jamais vécu une telle hausse des prix. « Nous qui sommes les commerçants détaillants nous trouvons le prix de l’engrais très cher aujourd’hui. Les grossistes nous vendent le sac à 19750 et naturellement on cherche un peu de bénéfice. C’est ce qui fait que les producteurs ou les agriculteurs achètent l’engrais plus de 20.000f, notamment à 21.000f, 21.500f, etc. Nous n’avons aucune idée de ce qui est à la base de cette situation de hausse de prix. Malgré la hausse des prix, les clients viennent en compte goute. Ils viennent s’en procurer en fonction de leurs moyens. Avant il n’est pas rare de voir un producteur acheté 2 à trois sacs. Aujourd’hui nous avons des clients riziculteurs dont le besoin en engrais de leur rizière pour le 1er traitement est de ½, mais par contrainte liée au prix, ils achètent un demi-sac pour toute la saison » déplore M. Soumana Oumarou.

Par Abdoul-Aziz Ibrahim(onep)