Une vue de la cour de l’école
À Filingué, un établissement d’enseignement primaire se distingue par sa forte affluence mais aussi par son histoire. Il s’agit de l’école primaire Léopold Kaziendé du nom de l’instituteur qui a dirigé l’établissement à trois reprises durant plusieurs années entre 1935 et 1957. Aujourd’hui, bien que l’école ne réponde pas pleinement aux exigences de la performance éducative, l’apprentissage s’y déroule globalement bien.
Créée à l’époque coloniale en avril 1902 par le lieutenant Véry, l’école primaire de Filingué est le premier établissement d’enseignement de ce genre du Niger et a formé de nombreux cadres du pays. À ses débuts, l’école ne comptait que dix élèves, dont deux filles et huit garçons, principalement des enfants de chefs de canton de Filingué et de villages de la zone tels qu’Amaguirguis, Bonkoukou, Karanta, Mayaki et Tounfalis. À l’époque, l’établissement ne disposait que d’une seule classe. Progressivement, les autorités coloniales ont demandé aux chefs des villages d’inscrire davantage d’enfants, ce qui a permis à l’école de se développer. Aujourd’hui, selon son directeur actuel, M. Idrissa Aliou, l’école compte 16 classes pour un effectif de 705 élèves. Aujourd’hui il ne reste que des parties des murs des premières classes de l’école qui étaient en banco.

Feu Léopold Kaziendé a marqué l’histoire de l’établissement. Né en 1912 à Kaya, dans l’actuel Burkina Faso, il a suivi son cursus et sa formation de 1929 à 1932 à l’école normale William Ponty de Dakar. Il fut le seul à se porter volontaire pour servir au Niger, alors que le climat difficile dissuadait de nombreux enseignants. En octobre 1932, il rejoint ainsi son premier poste à Birni N’Konni, avant d’être nommé directeur de l’école préparatoire de Filingué. Il dirigera l’établissement à trois reprises : de 1935 à 1941, de 1941 à 1944 et de 1948 à 1957.
« Kaziendé a vraiment travaillé pour cette école, c’est pour cette raison qu’elle porte son nom », a rappelé le directeur, M. Idrissa Aliou. L’établissement a notamment formé le Général Seyni Kountché, qui, après sa formation militaire, fut proposé comme chef d’état-major par Kaziendé sous le régime de Diori.
Une école historique et un pilier de l’éducation
L’établissement qui a formé de nombreuses personnalités et cadres du pays, demeure jusqu’à aujourd’hui, une référence éducative dans la région. Malgré les multiples défis liés au système éducatif dans le contexte actuel, il continue de jouer un rôle déterminant dans la formation de la jeune génération. Cependant, il fait face à des difficultés quotidiennes.
Dans la perspective de trouver des solutions à ces nombreux défis, le directeur de l’établissement, M. Idrissa Aliou, a dressé un état des lieux, en soulignant les principaux obstacles qui freinent le développement du système éducatif en général et plus particulièrement au sein de son école. Il a également mis en avant l’engagement du corps enseignant et des élèves pour assurer la bonne marche de l’éducation, avant de proposer plusieurs pistes de solutions pour favoriser son amélioration à Filingué.
Le directeur a rappelé que des ministres, conseillers, députés, inspecteurs et autres hauts fonctionnaires du Niger ont été des élèves de cette école. « Du haut jusqu’en bas, cela continue à former, et à bien former. En tout cas, cette école a vraiment donné de bons fruits pour le Niger », a-t-il affirmé. L’établissement accueille des élèves du préscolaire au CM2. Cette année, 96 candidats, répartis en trois classes, se présenteront à l’examen du CFEPD. Malgré une rentrée légèrement retardée au 15 octobre, le directeur estime que la situation pédagogique est satisfaisante. « Nous sommes à plus de 50 % du taux d’exécution du programme. Nous pensons que le navire arrivera à bon port », a-t-il rassuré en février 2026.
Des défis persistants malgré des résultats encourageants
Malgré ses performances, l’école fait face à plusieurs défis majeurs. Le premier concerne les infrastructures. Lors de notre visite, nous avons constaté que certains anciens bâtiments sont en ruine et que des classes se sont effondrées, donnant l’impression d’un établissement laissé à lui-même. Le directeur a expliqué que ce sont les inondations de 2024 qui ont aggravé la situation, provoquant l’effondrement de plusieurs classes et habitations, ainsi que beaucoup de dégâts matériels. Cette situation a également entraîné le déplacement de nombreuses familles vers des hameaux éloignés.

M. Idrissa Aliou a ensuite évoqué l’insuffisance de tables-bancs qui constitue un autre problème préoccupant. En effet, nous avons observé, au milieu de deux salles de classe, plusieurs tables-bancs défectueuses, superposées les unes sur les autres. «Nous avons un sérieux problème de tables-bancs. Récemment, nous avons exposé notre problème à nos voisins militaires qui ont réparé une vingtaine de tables. Cela nous a permis d’ouvrir une classe supplémentaire. Avec un effectif pléthorique, il est difficile de bien transmettre les connaissances. Il faut scinder les élèves en plusieurs groupes pour que le message passe correctement », a expliqué le directeur.
À l’approche des examens, un autre défi majeur se pose, celui de l’obtention des extraits de naissance nécessaires à la constitution des dossiers. « Certains parents expliquent que l’inondation a emporté leurs documents, d’autres disent ne pas avoir les moyens de refaire un acte de naissance. Nous ne pouvons pas régler ce problème. Nous sommes parfois obligés d’arranger les dossiers pour les transmettre », a-t-il confié.
La principale contrainte, selon le directeur, reste le manque de recyclage et de formation continue des enseignants. « S’il n’y a pas de formation, il n’y aura pas d’amélioration. Beaucoup d’enseignants disent ne pas maîtriser le nouveau programme et continuent de travailler avec les anciens documents, faute de nouveaux supports promis depuis des années », a-t-il souligné. Actuellement, l’école compte 19 enseignants, dont 18 femmes. Le directeur, seul homme de l’équipe, estime que l’effectif est suffisant pour gérer l’établissement. En cas de besoin, l’administration affecte rapidement de nouveaux enseignants. « Nous n’avons pas de problème d’effectif d’enseignants », a-t-il assuré.
À l’approche des examens, des cours de renforcement de capacités sont organisés pour aider les élèves à améliorer leur niveau. Selon le directeur, le taux d’admission tourne généralement entre 80 % et 90 %, preuve de la qualité de l’enseignement dispensé. Sur la porte du directeur est inscrit « 100 F pour la patrie, un geste pour l’avenir », un slogan rappelant l’initiative lancée en octobre 2025 à l’appel du Président de la République. Selon ses dires, l’initiative est maintenue une fois par mois. M. Idrissa Aliou a précisé que cette contribution est volontaire « Nous n’exigeons rien de ceux qui n’ont pas les moyens. Chacun donne selon ses possibilités », a-t-il précisé.
Le directeur de l’école Kaziendé a également indiqué que, parmi les besoins prioritaires, figure la question du paiement régulier des pécules des enseignants, qui constitue une source de démotivation. « Le plus gros problème, c’est le paiement des pécules. Dès que les enseignants sont payés à temps, il n’y a aucun problème », a-t-il expliqué. Malgré toutes ces difficultés, M. Idrissa Aliou a affirmé que les relations entre l’établissement, le COGES et l’Association des parents d’élèves sont bonnes. Tous travaillent en étroite collaboration pour assurer le bon fonctionnement de cette école de renom, véritable référence dans la région.
Assad Hamadou (ONEP)
Envoyé spécial
