Entreprenariat féminin/ Mélé Fanata présidente de l’Entreprise Fara’a : L’agro-alimentaire : une alternative pour l’autonomisation des femmes

Société

Au Niger, le domaine entrepreneurial est constitué de plus de 80% de petites entreprises, et d’entreprises individuelles. Pour booster ce tissu économique encore peu fragile, il faut tendre vers une évolution progressive qui prend en compte le cadre formel. Elles sont nombreuses les femmes qui développent des initiatives leur permettant, non seulement d’être autonomes, mais aussi de renforcer l’essor socio-économique du pays. Elles se battent au quotidien pour développer surtout le secteur de l’agro-alimentaire. Parmi les femmes entrepreneures, figure la présidente de l’entreprise Fara’a, Mélé Fanata dont l’ambition dans ce secteur  est d’imprimer une nouvelle vision. Pour matérialiser cette vision, elle envisage d’étendre les activités de son entreprise vers des projets plus imposants et plus inspirants. Dans cette interview qu’elle a bien voulu nous accorder, Fanata Mélé revient en détail sur le fonctionnement des activités de son entreprise, les opportunités et les contraintes liées à l’entreprenariat au Niger.

Présentez-vous à nos lecteurs ? Dites- nous pourquoi « fara’a »? Que signifie pour vous ce nom que vous avez donné à votre entreprise ?

Je réponds au nom de Mélé Fanata, je suis la présidente de l’Entreprise Fara’a. Nous sommes dans la transformation agro-alimentaire, essentiellement les céréales. Nous avons dénommé notre entreprise Fara’a,  qui veux dire la joie en haoussa,  ce nom pour dire que nous aimons notre travail  et on le fait avec gaieté de cœur dans le seul et unique but d’apporter la joie dans le cœur des consommateurs de nos produits. Nous veillons aussi à la qualité de nos produits et la facilité dans leur utilisation. Je suis titulaire d’un diplôme de technicien supérieur en informatique de gestion, et je suis la présidente d’une institution de femmes en l’occurrence le Rassemblement Démocratique des Femmes du Niger (RDFN). Dans cette structure féminine, j’ai appris à cultiver une très grande valeur qui est celle de l’autopromotion de la femme  à travers les activités génératrice de revenus.  C’est de là que, j’ai eu l’idée de me lancer dans la transformation agro-alimentaire et comme j’ai toujours été motivée à voler de mes propres ailes et être indépendante, autonome financièrement, ça n’a pas été difficile. Sans hésitation dans la transformation agro-alimentaire, avec déjà un penchant fort pour la cuisine. Et j’étais convaincue d’y arriver. Et de nos jours,le recrutement à  la Fonction Publique n’est pas chose facile surtout lorsqu’on sait que l’Etat ne peut pas donner du travail à l’ensemble des jeunes qui étudient. Il faut forcement avoir des initiatives pour développer le secteur privé, pourvoyeur d’emplois pour les jeunes.  Il faudrait bien qu’on ait une autre vision que celle de rester au chômage plusieurs années alors qu’on est diplômé.

Vous investissez dans l’agro-alimentaire, parlez-nous de façon détaillée de vos activités. Existe-t-il un circuit de commercialisation formel pour écouler vos produits?

Nous œuvrons dans la  transformation agro-alimentaire où, nous faisons la promotion des produits locaux du Niger. Dans la transformation de certaines céréales telles que le riz, le mil, le sorgho, le fonio,  le maïs, le soja, le niébé et l’arachide ; l’entreprise Fara’a est dans toute la chaine de valeur. Nous avons plusieurs gammes de produits et dont un (1) certifié par l’Agence Nigérienne de Normalisation de Métrologie et de la Certification (ANMC). Il s’agit de notre couscous de riz du Niger précuit,  qui est d’ailleurs un de nos produits phares. Nous avons également monté l’Unité de transformation et une boutique de vente des produits transformés au quartier Terminus en face de l’immeuble CNSS, côté siège USN. Nous utilisons également les réseaux sociaux pour faire la vente de nos produits. Nous pouvons aussi faire la livraison partout où vous êtes. Nous disposons de divers produits notamment du couscous à base de toukoudi fait de plusieurs variétés de céréales, de la  confiture, des poudres de soumbala, d’ail, des mélanges d’épices, de piment.  Ne dit-on pas qu’il y a un début à tout. Et pour réussir il faut oser. Aujourd’hui, l’entreprise Fara’a a à son actif cinq (5) employés à temps plein, et cinq (5) temporaires.

Dans ce domaine comme dans tout autre, il y a des hauts et des bas. Faites-vous face quotidiennement à des  difficultés ? Si oui comment faites-vous pour les surmonter ?

Les difficultés que nous rencontrons, c’est surtout sur la question d’emballages, puis que tout ce que nous utilisons nous vient  de l’extérieur,  avec évidemment  des coûts exorbitants et des fois, la qualité reste à désirer. Nous sommes dernièrement confrontés à la cherté des céréales aussi. Et un autre problème aussi qu’on a, la communication, la publicité coûte chère.

Pour résoudre le problème d’emballage, nous faisons des fois des commandes groupées,  et pour les céréales nous faisons des stocks,  bien que cela ne couvre pas toute l’année. Face à n’importe quelle difficulté dans la vie, il faut être serein d’abord en ayant la confiance en  soi. Une fois que cette étape est franchie, on peut réfléchir à une approche qui permet de la surmonter et de continuer tranquillement le chemin vers la réussite.

Quelles sont les réelles motivations qui vous ont poussé à embrasser le domaine entreprenariat ?

L’une des motivations objectives,  c’est qu’il existe un bon environnement au sein de notre espace de travail, nous formons une belle équipe de travail. En plus, les pouvoirs publics favorisent l’émergence des micros finances au Niger. Par ailleurs, il faut préciser que nous avons bénéficié de plusieurs appuis notamment de l’Etat à travers le Haut-Commissariat à l’Initiative 3N, du Projet de Promotion de l’Emploi et de la Croissance Economique dans l’Agriculture (PECEA).  Ils nous ont dotés d’une conditionneuse multifonction  qui fait le pesage de l’ensachage de tout granulé  et  un appui financier pour la certification de notre couscous de riz du Niger précuit.  Dans le domaine de la transformation, l’Etat a mis des fonds à la disposition des PME en collaboration avec la BAGRI. Il s’agit précisément du Fonds d’Investissement pour la Sécurité Alimentaire et Nutritionnelle (FISAN) ou nous sommes dans la 2ème vague de financement et du Projet Intégré de Modernisation de l’Agriculture et de l’Elevage pour la transformation du monde rural (PIMELAN).

Et par le biais du Ministère du Commerce, j’ai  eu aussi à représenter le Niger à l’exposition du ‘’Consommer Local’’ organisé par L’UEMOA de façon rotative dans les pays membres en octobre 2021.  Nous avons aussi reçu plusieurs formations au niveau de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Niger (CCIN).

Nous avons participé à plusieurs rencontres tant au

niveau national que sous-régional, à l’exemple de la foire du Sahel ;  le Salon de l’artisanat féminin SAFEM ; le salon 100% made in Niger. Sur le plan international, nous étions à la foire internationale de Dakar, au FBAK,  une foire de Bamako, la Foire Internationale de l’Agriculture et des Ressources Animales au Sénégal, la foire de l’UEMOA.

Selon vous est-ce que les pouvoirs publics favorisent l’émergence des micros entreprises au Niger ? Donnez-nous des détails ?

Je pense qu’il faut d’abord valoriser l’entreprenariat féminin, renforcer les capacités des femmes, en facilitant l’accès au crédit et donner des fonds de garantie bancaire spécialement dédiés à ces dernières. Les femmes qui, pendant longtemps ont été écartées soit directement, soit indirectement, sont de nos jours de plus en plus présentes partout dans les différents segments de l’économie. On vient de très loin, c’est vrai, mais on avance vite et c’est bien avec des résultats encourageants.  Elles ont aujourd’hui pu mesurer la portée des défis immenses qui s’offrent à elles pour faire face à l’autosuffisance alimentaire et à l’autonomisation de la femme.

Quels sont les conseils que vous prodiguez à une jeune fille qui veut se lancer dans ce domaine ?

Le conseil que, je peux prodiguer aux jeunes qui veulent se lancer dans l’entreprenariat qu’ils sachent que c’est très important d’avoir son propre business, de  faire son business plan, et d’être très déterminé avant même la mise en œuvre du projet. Il leur faut surtout réussir à conférer des solides fondations à leurs entreprises afin de résister à d’éventuels obstacles, et faire tout pour voir grandir leurs unités d’entreprises.

Traditionnellement, certains secteurs sont plus masculins que d’autres, plusieurs facteurs viennent influencer ce grand écart parmi lesquels : un accès au prêt bancaire difficile, mais les choses commencent à changer, fort heureusement. Certaines femmes n’hésitent plus à sauter le pas, l’emploi du temps reste toutefois déterminant dans le choix du secteur d’activité.  Allier vie familiale et vie professionnelle reste pour beaucoup une équation difficile à résoudre. Avec une dose de volonté et de détermination, tout finira par s’arranger.

Tout le monde commence à comprendre que, la création d’une activité signifie rechercher la liberté et l’indépendance financière ; s’épanouir personnellement, contribuer aux dépenses de la famille et organiser son temps de travail comme on le souhaite.

Propos recueillis par Aïssa Abdoulaye Alfary(onep)