« Quand on instruit une femme, on instruit une famille, un quartier, un village, voire une nation entière », disait James Emman Aggrey. Aujourd’hui, dans la société nigérienne, cette assertion prend tout son sens. Jadis, le mot femme résonnait avec la cuisine et tous les travaux connexes. À l’ère actuelle, cette époque est révolue. La femme s’assume au même titre que l’homme et s’affirme sur la scène nationale et internationale avec détermination voire avec fierté. Dans l’univers médiatique longtemps dominé par les hommes, la femme nigérienne a su s’imposer par son talent, son courage et sa détermination.
Derrière les caméras, dans les salles de montage ou sur les plateaux de réalisation, elles participent chaque jour à faire vivre l’information, souvent au prix de moult sacrifices. Au Niger, des métiers jadis réservés aux hommes sont devenus le tremplin dans lequel s’épanouissent désormais des femmes courageuses. Travailler dans un média de la place, requiert une mentalité d’acier, une patience inouïe, un courage de fer, une personnalité et un tempérament désinvolte. Nous sommes allées à la rencontre de certaines d’elles pour partager avec vous leurs expériences, leur vécu.
Salamatou Abdoulaye Nestor, Photographe à l’ONEP

Dans le milieu de la presse, Mlle Salamatou Abdoulaye Nestor s’est fait un nom. À l’Office National d’Édition et de Presse, ses débuts étaient marqués par un stage qui finit par lui valoir un recrutement en 2019. Depuis lors, elle exerce son métier avec amour. Étant une femme, elle arrive néanmoins à s’imposer malgré les défis.
« Certes c’est difficile. Mais je me débrouille pour faire un bon travail. Je n’ai vu aucune femme photographe à l’ONEP, je suis la seule. Je reçois des jugements qui me brisent parfois le cœur parce que les gens ont tendance à critiquer l’aspect physique. Je suis une femme et j’ai tous les droits d’exercer le métier que je veux. Mon père ne cesse de me soutenir et de m’encourager à persévérer », a souligné Mlle Nestor. Dans ce milieu, les hommes sont plus privilégiés que les femmes. Certains reportages ne sont confiés qu’à des hommes. « Toutes les grandes personnes ont commencé en bas de l’échelle. Donc, je ne vois pas pourquoi on doit mettre une différence entre les hommes et les femmes, sachant que nous faisons tous le même travail », a fait savoir la photographe de l’ONEP.
Hadiza Hamidine, chef de bureau production à la RTN

Réalisatrice à la RTN depuis 2017, Mme Hadiza Hamidine évolue dans le monde des médias pendant plus de vingt ans. Formée à l’IFTIC au tout début des années 2000 option prise de vue, elle effectua un stage de trois mois à l’ONEP avant de rejoindre la RTN dans le cadre du service civique. À ses débuts dans le domaine, Mme Hadiza était la seule femme parmi les hommes à se promener avec la camera. De 2004 à octobre 2017, elle parcourait le terrain, caméra à l’épaule, dans un environnement où les femmes étaient encore rares. « Il fallait courir avec une caméra pesant entre 7 et 9 kilos et être toujours prête à capter les images », se rappelle l’ancienne technicienne de l’image.
Dans ce milieu majoritairement masculin, les préjugés étaient nombreux. Les femmes étaient sous-estimées et rarement choisies pour les grandes missions. « Les hommes sont toujours les premiers sollicités. Les femmes ne le sont souvent que par contrainte », a soulevé Mme Hadiza Hamidine.
Malgré les défis, elle a su faire ses preuves grâce à son professionnalisme. L’un des moments marquants de sa carrière reste une mission officielle effectuée au Ghana en 2007, aux côtés du Premier ministre de l’époque. Sa présence avait suscité des interrogations, certains estimant qu’une femme de surcroît ASCN (Appelée du Service Civique National), ne pouvait pas accomplir une telle mission. « Mais sur le terrain, j’impressionne par mon efficacité et mon engagement. J’ai effectué également plusieurs missions au Nigeria, notamment avec une Première Dame qui n’a pas hésité à me présenter comme un modèle, encourageant ainsi la promotion des femmes dans les métiers techniques des médias », s’est-elle réjouie. Aussi impressionnant qu’il parait, son parcours dans le domaine n’était pas du tout facile. Après un accouchement par césarienne, ne pouvant plus supporter les poids lourds comme la caméra, elle s’est réorientée vers la réalisation, un domaine moins éprouvant physiquement, mais nécessitant une grande maîtrise technique. Une transition qu’elle réussit grâce à son expérience acquise sur le terrain. « Aujourd’hui, je m’épanouis dans cette nouvelle fonction, même si les défis liés à la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale demeurent importants. Il m’arrive de rentrer tard et ou de repartir très tôt », a affirmé la réalisatrice.
Balkissa Moussa Mazou, preneuse de son à la RTN

Dans une régie de production audiovisuelle, Balkissa Moussa Mazou (stagiaire), manipulait habilement sa console de mixage de son. En plein enregistrement, sa main posée sur le curseur fait des mouvements pour contrôler le niveau sonore des différentes sources. Sur le plateau, une émission était sur le point de commencer. Des va et vient, du plateau à la technique, avec une tranquillité d’esprit déconcertante, elle assure la gestion technique sonore de l’enregistrement en dépit de son rang de stagiaire. Devant elle, se trouvaient deux ordinateurs qui affichaient les interfaces de production avec plusieurs fenêtres montrant les personnes sur le plateau. Dans le milieu audiovisuel, elle est la seule femme preneuse de son active sur le terrain avec sa perche et le matériel de travail qui vont avec. Passionnée par le milieu de la presse, son travail est une manière pour elle de raconter des histoires à travers le son et donner de la valeur aux voix. « J’ai choisi ce domaine par passion et par envie de m’exprimer autrement. J’ai commencé par me former, puis j’ai acquis de l’expérience sur le terrain. Chaque étape m’a permis de gagner en confiance et en professionnalisme », a confié la seule preneuse de son de la presse audiovisuelle.
Au Niger, s’imposer dans un milieu professionnel majoritairement masculin est un véritable combat que mènent les femmes à l’exemple de Balkissa qui fait de chaque défi une opportunité pour prospérer dans le métier. « Avec la détermination et le travail, j’ai appris à surmonter les épreuves », dit-elle. Les compétences ou les qualités indispensables selon elle pour réussir, étant une femme dans les médias, c’est avant tout la persévérance, la créativité, la rigueur et surtout la confiance en soi. « J’essaie de trouver un équilibre en m’organisant bien. Cette expérience m’a appris la discipline et la gestion du temps », a fait savoir la technicienne.
Nafissa Kassoum Wada, monteuse à la télévision Bonferey

À l’image de Salamatou, Hadiza et Balkissa, Nafissa Kassoum Wada incarne également cette génération de femmes qui refusent d’abandonner leurs ambitions à cause des contraintes sociales. Monteuse expérimentée, elle exerce son métier avec dévotion et amour. Pour elle, hommes et femmes sont sur le même pied d’égalité et contribuent ensemble à la qualité des productions médiatiques.
Présente dans le domaine depuis 2008, Nafissa a connu un parcours irrégulier. Ayant servi dans plusieurs organes de presse, le destin l’a conduite à Cotonou après son mariage. Ne pouvant exercer dans les médias ou poursuivre ses études, elle avait opté pour une formation de 18 mois en couture. Pour cette mère de deux enfants, le soutien de la famille est d’une importance capitale dans la réussite professionnelle des femmes. Entre les horaires irréguliers, les soirées prolongées et les contraintes du journal qui rendent parfois difficile l’équilibre entre travail et famille, Nafissa sait compter sur son conjoint pour l’épauler. « Ce n’est pas donné à toute femme d’avoir un conjoint compréhensif », a expliqué la monteuse.
À travers leurs parcours exceptionnels parsemés de défis, ces femmes battantes démontrent que les femmes ont toute leur place dans les métiers techniques. Leur détermination, leur courage et leur capacité d’adaptation constituent aujourd’hui une véritable source d’inspiration pour les jeunes générations.
Fatiyatou Inoussa (ONEP), Envoyée Spéciale
