Forum national des Entreprises et Etablissements publics du Niger : Les organisateurs et les participants, satisfaits des débats et des possibilités créées par le forum

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Après trois (3) jours de débat francs et ouverts, les lampions se sont éteints, le jeudi 27 octobre 2022, sur la 1ère édition du Forum national des entreprises et établissements publics du Niger. Cet événement inédit a servi de cadre pour des échanges sans complaisance sur la situation (il faut le dire pas du tout reluisante) des entreprises et établissements publics du Niger. Pendant ce forum, des membres du gouvernement, des responsables d’entreprises publiques, ceux des structures de contrôle, des membres des conseils d’administration, des experts et personnes ressources ainsi que des citoyens ont participé à ces débats d’une rare transparence sur la gouvernance de nos sociétés publiques. A la fin de ces assises, les organisateurs et les participants se sont dit entièrement satisfaits du déroulement des travaux ainsi que la démarche choisie. C’est ce qui ressort de ces entretiens avec M. Issaka Bawa, Conseiller principal, Chef du Département Gouvernance économique et financière au Cabinet du Premier ministre et président du comité technique chargé de l’organisation du forum et avec M. Issaka Jaharou, Directeur général de Niger Télécoms

M. Issaka Bawa, Conseiller Principal, Chef du Département Gouvernance économique et financière au Cabinet du Premier ministre : «Nous avons fait une estimation de 250 participants et on a eu plus de 500 participants et de manière régulière durant les trois jours »

Monsieur le Conseiller principal, qu’est ce qui a motivé le cabinet du Premier ministre à organiser un tel forum ?

Il y a deux raisons fondamentales à cela. La première est que les entreprises et établissements publics sont des instruments de politique économique du gouvernement. A ce titre, ils sont, tout comme les projets, un maillon essentiel des politiques économiques de l’Etat. Il s’est avéré que ces entreprises publiques ont des difficultés à atteindre certains de leurs objectifs. D’abord, celui d’assurer le service public de qualité aux citoyens, ensuite la contribution à l’économie parce que ces entreprises doivent créer des richesses et de l’emploi. Elles doivent même à travers leurs contributions avoir un impact sur les prix de certains produits et services. En effet, si ces entreprises produisent des biens et services de qualité, le pays n’aura pas à en importer et les prix vont régulièrement rester stables ou même baisser. Il y a aussi l’objectif de contribution à l’assiette fiscale puisque toutes ces entreprises publiques sont censées payer l’impôt qui, est un prélèvement sur la richesse. Dès lors que ces entreprises ne produisent pas de la richesse, elles ne peuvent pas payer convenablement l’impôt.

La seconde raison est que l’Etat a un capital dans ces sociétés, tantôt entièrement, tantôt majoritairement et souvent minoritairement. Donc ces sociétés doivent attribuer des dividendes à l’Etat. Ces dividendes sont enregistrés comme des recettes non fiscales qui peuvent augmenter le budget de l’Etat. C’est donc suite à ces constats que la décision a été prise par le Premier ministre pour organiser ce forum en vue de connaitre et débattre de tous les problèmes, de tous les obstacles que ces sociétés publiques rencontrent et tous les défis à relever. Cela pour que les chefs d’entreprises qui vivent ces situations nous aident à faire des propositions pour améliorer cet état des faits. 

Justement, les langues se sont déliées lors de ces débats. Quels sont les principaux problèmes que vous avez relevés et qui se posent à ces entreprises publiques ?

Les problèmes sont de tous genres ; certains sont liés au contexte international, d’autres au contexte local. Au plan international, il y a eu d’abord la pandémie de la COVID 19 qui a fait ajourner les activités de beaucoup de sociétés surtout les entreprises qui interviennent dans les activités de services (voyages, transports, tourisme, etc.). Il y a ensuite la guerre en Ukraine qui a perturbé les activités de certaines entreprises. Ce conflit a révélé que beaucoup de pays dépendent du point de vue alimentaire des deux pays qui sont en guerre. Quant au contexte national, il est caractérisé par cette insécurité qui règne dans le pays et dans la région du Sahel. Cette situation impacte la production dans certaines régions alors que certaines entreprises dépendent de cette production. C’est le cas par exemple du RINI (Riz du Niger) qui dépend entièrement de la production rizicole. L’autre aspect du contexte national, c’est l’enclavement de notre pays. Or tous les biens d’équipement dont ces entreprises ont besoin sont importés. Ce qui peut impacter la performance de ces entreprises.

Donc du point de vue financier, la difficulté majeure relevée, c’est d’abord celle d’assurer une gestion efficace de ces entreprises-là. En effet, tous les résultats nets d’exploitation présentés par ces sociétés sont négatifs. Ce qui veut dire que ces entreprises supportent plus de charges que de produits. Donc si elles supportent plus de charges, c’est-à-dire si elles dépensent plus qu’elles ne produisent, elles sont obligées d’être déficitaires. Le deuxième problème soulevé est la difficulté de compréhension ou d’application des textes qui régissent les activités économiques au Niger par exemple le code des impôts ou le code des marchés publics. Or ces textes encadrent les activités économiques au Niger. La troisième préoccupation est le problème même de gouvernance de ces entreprises publiques parce qu’il n’y a pas un critère objectif qui détermine, qui doit être Directeur général d’une entreprise ou président du Conseil d’administration ou même membre du Conseil d’administration. En effet, il a été révélé qu’il y a des administrateurs qui ne savent même pas pourquoi ils sont membres des conseils d’administration. Ils sont là, juste pour prendre les jetons de présence. Donc on a mis toutes ces préoccupations sur le tapis, on en a débattu pour trouver des propositions qui vont permettre d’améliorer la gouvernance de nos entreprises publiques.

Quelles sont les principales leçons que vous tirez de cette rencontre ?

D’abord, l’initiateur de ce forum à savoir le Premier ministre est très satisfait. Il est satisfait de la participation de tous les Directeurs généraux qui ont vraiment cru à ce forum. En effet, on avait fait des estimations sur la base de 250 participants et on a eu plus de 500 participants et de manière régulière durant les trois (3) jours. Toutes les dispositions ont été prises pour que les gens puissent échanger convenablement. De l’autre côté, il y a la satisfaction des chefs d’entreprises parce que depuis longtemps, beaucoup d’entre eux font face à des difficultés sérieuses mais ne trouvent pas un cadre formel où ils vont venir exposer le problème. Ce forum a créé ce cadre parce que pendant ces trois jour, il y a le Premier ministre, le ministre des Finances, le Directeur général des Impôts, le Directeur général des douanes, le Secrétaire exécutif de l’Agence de régulation des marchés publics, tous ces acteurs étaient là pour intervenir, expliquer et permettre de prendre des dispositions qui vont faciliter la gouvernance au niveau de ces entreprises publiques.

Propos recueillis par  Siradji Sanda(onep)