Lors de l’entretien
Le ministre de l’Environnement, de l’Hydraulique et de l’Assainissement, Colonel Maizama Abdoulaye, était, dans la nuit du mercredi 6 mai 2026, sur le plateau de la RTN pour défendre son bilan. Le ministre a abordé les actions menées sous son leadership pour améliorer la desserte en eau potable dans les villes et dans les zones rurales, les résultats obtenus dans la lutte contre la dégradation des sols, l’ensablement du fleuve Niger et surtout, les dégâts environnementaux causés par l’exploitation de l’uranium nigérien par la France, l’ancienne puissance colonisatrice.
A l’entame de la présentation de son bilan, Colonel Maizama Abdoulaye a expliqué que les impacts du changement climatique sur l’environnement et sur les ressources en eau peuvent se résumer à l’irrégularité spatio-temporelle des précipitations, l’augmentation des températures affectant l’habitat naturel de la faune et à la dégradation des ressources naturelles qui se manifeste par la disparition ou l’assèchement précoce des plans et cours d’eau de surface. Il a également cité l’augmentation de la fréquence des sécheresses et des inondations et la réduction du débit dynamique du fleuve qui est passé de 1 800 m3/s en 1970, à moins de 200 m3/s aujourd’hui.
Cette situation met en évidence plusieurs tendances majeures que sont la dégradation continue des terres qui affecte une part significative des zones agricoles et pastorales, la réduction du couvert végétal sous l’effet de la déforestation et de la surexploitation du bois-énergie, l’ensablement progressif des cours d’eau, notamment du fleuve Niger, qui impacte les activités économiques et l’érosion de la biodiversité et la dégradation des habitats naturels.
Dans le domaine de l’hydraulique, le Niger fait face, selon le ministre, a une pression démographique élevée, avec des besoins croissants en eau potable. Toutefois, a-t-il relevé, la desserte en eau potable des populations en milieu urbain, concédée à la Société de Patrimoine des Eaux du Niger (SPEN) par l’Etat, est de l’ordre de 97,24%. Ce périmètre qui compte 20% de la population totale du Niger, est constitué de 56 centres urbains comprenant les huit (8) chefs-lieux des régions, 41 chefs-lieux de départements sur les 63 que compte le Niger et sept chefs-lieux de communes rurales.
En milieu rural, qui englobe le milieu villageois et celui pastoral, le taux de couverture d’accès théorique à l’eau potable, a déclaré le ministre, est de l’ordre de 50%. « Mais cela ne veut pas dire que les autres 50% n’ont pas accès à l’eau potable. Par exemple, si une localité de 500 personnes dispose d’un seul point d’eau moderne, elle est couverte à 50%. Mais toute la population se sert de ce point d’eau pour son besoin », a-t-il souligné.
Des actions concrètes pour faire face aux défis
Pour faire face aux défis rencontrés, le ministère de l’Environnement, de l’Hydraulique et de l’Assainissement met en œuvre une stratégie combinant plusieurs actions administratives et incitatives. Il s’agit, selon le ministre, de l’élaboration de nouvelles politiques et programmes dont la mise en œuvre permettra d’assurer une gestion plus rationnelle des ressources naturelles dans le cadre de la lutte contre la désertification ainsi que la réalisation d’actions telles que la cartographie complète des sols et l’inventaire national forestier. Le ministère a intégré également les préoccupations environnementales dans la définition des politiques, programmes et projets mis en place dans les principaux secteurs du développement.
Les actions entreprises par le ministère en charge de l’Environnement ont ainsi permis de traiter, dans le cadre de la mise en œuvre de l’axe 3 du Programme de la Refondation de la République, 331 823 ha de terres sur une prévisions de 580 000 ha. Au titre de la gestion durable des terres, des eaux, de la diversité biologique et de l’adaptation au changement climatique, le ministère a traité 127 987 ha de terres dégradées, fixé 20 379 ha de dunes, favorisé la régénération naturelle assistée sur 156 171 ha, et lutté contre les plantes terrestres envahissantes sur 25 583 ha, de même que contre les plantes aquatiques envahissantes sur 1 703 ha.
La cartographie complète des sols dégradés qui vient d’être finalisée, a affirmé le Colonel Maizama Abdoulaye, montre que 87,62% des terres nigériennes sont stables, 5,05% des terres sont en amélioration, 7,30% des terres sont en dégradation et 0,03% correspond à des zones sans données. « La dégradation touche tout de même une superficie importante, estimée à 9 245 155 hectares. Les terres en amélioration représentent 6 400 932 hectares, ce qui reste insuffisant pour compenser les superficies dégradées », a-t-il regretté.
Pour soutenir le bien-être des populations et protéger l’environnement, le Ministère de l’Environnement, de l’Hydraulique et de l’Assainissement a réalisé 32 681 km de bandes pare-feu pour protéger le potentiel fourrager, produit 18 619 762 plants forestiers, planté 6 324 ha et empoissonné 78 mares, etc. « Ces réalisations, particulièrement celles liées à la Gestion Durable des Terres (GDT) ont permis d’obtenir un certain nombre d’effets tant sur le plan écosystémique que socio-économique », a précisé le Colonel Maizama Abdoulaye.
Assurer la desserte en eau potable en milieux urbain et rural
Le Niger, selon les données présentées dans l’entretien du ministre, regorge d’une forte potentialité en eau. Les études réalisées sur les deux bassins que sont le bassin des Iullemendens et celui du Lac Tchad ont permis d’identifier toutes les nappes dans les différents aquifères, avec ou sans recharge ainsi que leur potentialité. Cependant, les mesures effectuées sur la qualité de l’eau des différentes nappes ont relevé par endroits des teneurs dépassant ‘’largement’’ les normes admises de certains éléments, notamment l’excès du fer dans la région de Tahoua, la présence des nitrates et du fluor dans certaines zones des régions de Maradi, Zinder et Agadez, et la présence de l’uranium et des métaux associés dans la région d’Agadez.
Pour faciliter l’alimentation en eau potable des grandes villes, le Niger a élaboré des schémas directeurs qui ont défini les besoins des populations à des horizons donnés. Malheureusement, a déploré le ministre, il y a un décalage entre la mise en œuvre de ces schémas et les activités prévues. A Niamey qui connaît aujourd’hui un déficit de production de l’ordre de 50 000 m3/j, une station de traitement d’eau potable de 100 000 m3/j est en cours de réalisation à court terme pour un coût d’environ 130 milliards. « Mais déjà, pour ne pas être dans la même situation d’aujourd’hui, le gouvernement, sous la clairvoyance de Son Excellence le Général d’Armée Abdourahamane Tiani, Président de la République, Chef de l’Etat, a entrepris la réalisation d’une étude de faisabilité pour la conception d’une autre usine de traitement d’eau de 300 000 m3/j », rapporte Colonel Maizama Abdoulaye.
A Zinder également, un projet d’environ 100 milliards est en instance de démarrage pour couvrir les besoins à court terme des villes de Zinder, de Mirriah et des villages environnants par la réalisation de 30 forages, un château d’eau de 3 000 m3 de capacité, une mini-central de 2 mégawatts et 12 000 branchements sociaux.
Avec un coût moyen de l’ordre de 500 francs le mètre cube, le ministre de l’Environnement, de l’Hydraulique et de l’Assainissement reconnaît que l’eau coûte plus cher dans les zones rurales qu’en ville. Cette situation, a-t-il dit, s’explique par le transfert des infrastructures hydrauliques aux collectivités territoriales. « Le coût du service est fixé en une seule tranche, sur la base d’un compte d’exploitation, qui garantirait les charges d’exploitation, le renouvellement de certains équipements et l’extension des systèmes » a-t-il détaillé. Le gouvernement a donc décidé, suite aux difficultés rencontrées par les collectivités, de conduire la réforme de l’hydraulique rurale dont les principaux objectifs visent à disposer d’un cadre institutionnel performant permettant un meilleur développement de service public de l’eau potable en milieu rural, améliorer les performances techniques, financières et commerciales du sous-secteur, améliorer la desserte en eau par l’augmentation du nombre de branchements domiciliaires et adopter une politique tarifaire équitable et abordable pour tous.
Pour améliorer la desserte en eau potable en milieu rural, le gouvernement a réalisé l’équivalent de 5 144 points d’eau autonomes de 2024 à 2025. Ces réalisations, soutient le ministre, ont permis de desservir 2 200 000 personnes supplémentaires. En plus de cela, 294 ouvrages tout type confondu ont été réhabilités, permettant le rétablissement de services d’eau à 169 125 personnes. Dans le cadre de l’hydraulique pastorale, les nouveaux ouvrages réalisés comprennent 86 puits pastoraux cimentés et 20 stations de pompage pastorales. Il faut noter, poursuit le ministre, les travaux de réhabilitation de 69 puits pastoraux cimentés et de 14 stations de pompage pastorales.
Pour ce qui est du fleuve Niger, le ministre de l’Environnement, de l’Hydraulique et de l’Assainissement a expliqué que son ensablement constitue une contrainte structurelle majeure pour le développement durable du pays. « Dans un contexte de variabilité climatique accrue, ce phénomène entraîne une perte progressive de la capacité hydraulique du fleuve estimée de l’ordre de 20 à 40 % dans certaines zones critiques, affectant directement les usages agricoles, pastoraux et halieutiques », a-t-il déclaré. De 2023 à 2025, fait savoir le ministre, plus de 186 848 hectares ont été restaurés.
La coopération au centre des actions à mener
Dans le cadre de la mise en œuvre de l’Initiative de la Grand Muraille Verte, plusieurs actions ont été réalisées dont la mise en place de la coalition nationale regroupant tous les acteurs de l’initiative, la mise en place de 21 coalitions communales dans les régions de Dosso, Tahoua et Tillabéri pour assurer une meilleure synergie d’actions au niveau des communes. Le Colonel Maizama Abdoulaye a indiqué que 67 projets et programmes ont été répertoriés dans le cadre de la mise en œuvre de l’initiative de la Grande Muraille Verte et sont en cours d’insertion dans la plateforme GMV pour suivi.
En termes de mobilisation des financements, il a cité le projet CHILD « Renforcement de Résilience des Populations et des Ecosystèmes Agrosylvopastoraux à Travers la Conservation de la Biodiversité et le Développement des Chaines de Valeur dans les Communes d’intervention de la Grande Muraille Verte au Niger (SREPABIV) » et le projet « Renforcement de la résilience de la Grande Muraille Verte d’Afrique (SURAGGWA) », avec respectivement des financements de 6 682 561 200 FCFA, signé le 6 février 2026, et 19 498 962 600 F CFA signé en Juillet 2025. Il a évoqué également l’endossement d’un accord de principe sur le mécanisme de financement du Programme Intégré de Renforcement de la résilience des Systèmes Alimentaires et de l’Emploi des Jeunes au Sahel et des négociations avec un cabinet d’experts spécialisé dans le marché carbone et une organisation internationale.
En coordination avec les pays de l’AES, a déclaré Colonel Maizama Abdoulaye, son département ministériel contribue activement à la mise en œuvre des actions communes contenues dans la feuille de route de la Confédération. Il s’agit notamment de l’élaboration d’un vaste programme intégré de protection de l’environnement, de mobilisation et de maîtrise des ressources en eau dans l’espace confédéral et la facilitation du lancement de 1 000 forages dans l’espace AES pour améliorer les conditions d’accès à l’eau potable et aux infrastructures d’assainissement.
L’exploitation de l’uranium par la France et ses impacts négatifs sur les écosystèmes et la population locale
L’exploitation de l’uranium du Niger par la France a impacté de façon négative les écosystèmes et la population qui y vit dans les zones d’exploitation, s’offusque Colonel Maizama Abdoulaye. « Les premières analyses font ressortir effectivement des maladies liées à la radiation et aussi des teneurs hors normes de l’uranium dans l’eau au niveau de certains points », a-t-il dit.
Le ministre a expliqué que l’environnement global a été affecté par l’accumulation de résidus miniers radioactifs, la formation de terrils à ciel ouvert et l’émission de poussières contaminées. Ce qui a eu pour conséquences la pollution de l’air et des écosystèmes, l’altération de la biodiversité locale et l’exposition des populations locales à des risques sanitaires.
Cette exploitation a également favorisé la dégradation du sol et la contamination des eaux par l’infiltration d’éléments toxiques, l’interaction entre eaux et déchets miniers et la formation de zones d’eau contaminée sous les sites exploités. Les sols, relève le ministre, présentent aussi une dégradation physique (excavations, affaissements, érosion), une contamination chimique et radiologique par l’uranium et les métaux lourds ainsi qu’une perte de fertilité qui limite les usages agricoles. « Mais dans tous les cas, le gouvernement, depuis la découverte des carottes entreposées sans aucune protection préalable, a mis en place un Comité chargé du suivi de cette question pour mettre le Niger dans ses droits », a souligné le ministre de l’Environnement, de l’Hydraulique et de l’Assainissement.
Souleymane Yahaya (ONEP)
