Hajj 2022 : Carnet de route d’un pèlerin du 7ème vol-aller

Société

Le Hajj 2022 s’est déroulé, du moins en Arabie Saoudite, sans difficultés majeures pour les quelques un (1) million de pèlerins venus des différents pays et de tous les continents parmi lesquels environ 7000 Nigériens. Mais pour ces pèlerins dont le destin se croise en lieux Saints, les infortunés, avant ce voyage ultime et tant attendu pour tout fidèle musulman, ne se ressemblent guère. Fort heureusement, la satisfaction spirituelle que procure l’accomplissement de ce 5ème pilier de l’Islam, ne laisse aucune place à un quelconque ressentiment chez les fidèles, qui une fois sur les lieux Saints se consacrent aux prières et invocations pour leur salut et pour que la bénédiction et la grâce d’Allah descendent sur leurs pays. Pourtant avant d’en arriver-là, les péripéties étaient nombreuses. Carnet de route d’un pèlerin du vol –aller N°7 témoins de toutes ces péripéties.

Le moins qu’on puisse dire est que les pèlerins nigériens du hajj 2022 ont, dans leur ensemble, vécu une véritable angoisse notamment pour ce qui est de l’organisation des vols charters pour leur acheminement en terre Sainte. Outre le report de la date initialement programmée pour le vol, les pèlerins du 7ème vol ont dû effectuer une escale de plus de deux heures à Kano au Nigeria, pourtant non prévue dans le plan de vol. En effet, c’est seulement après leur embarquement et à leur grande surprise qu’ils ont constaté que l’avion décollait, le 2 juillet 2022 aux environs de 14 heures, de l’Aéroport international Diori Hamani Niamey à moitié plein alors qu’au même moment plus de 2000 pèlerins attendaient encore à Niamey. Ils se sont vu aussi notifier que l’avion effectuera une escale à Kano tandis que les billets étaient établis pour un vol direct Niamey-Médine.

Ainsi après une longue escale à l’Aéroport international Aminu Kano, d’autres compagnons d’infortune ont embarqué. D’après leurs confidences ils ne sont pas tous de Kano. Beaucoup d’entre eux proviennent de plusieurs Etats fédérés du Nigéria et y ont passé quatre (4) jours à attendre l’avion. C’est donc fatigués et stressés que les deux groupes de pèlerins sont arrivés le 3 juillet 2022 à Médine aux environs de minuit, heure locale. Malgré cet état, c’est avec une joie immense que les passagers du vol aller n°7 ont débarqué. Déjà à la vue des lumières éblouissantes de cette ville Sainte, une clameur emplit le Boeing 747 qui transportait les 654 pèlerins qui prononçaient, chacun,  les invocations qu’ils ont apprises lors des formations d’avant hajj. Après les formalités de sortie de l’aéroport, les pèlerins furent conduits à l’hôtel pour leur séjour. Là aussi, c’est une autre paire de manches. La fatigue, le stress et le besoin pressant de dormir ne facilitèrent pas l’installation de pèlerins qui s’est faite dans un brouhaha et qui a pris plus de deux heures d’horloge.

Médine, la sereine

Ville qui a accueilli le prophète Mohamed en 622 après-JC et qui a joué un rôle central dans l’expansion de l’Islam en Arabie et ailleurs, Médine garde toujours sa sérénité d’une cité profondément religieuse. A cela, il faut ajouter la courtoisie et l’hospitalité légendaire des médinois, toute chose qui a aidé les pèlerins du vol 7 à oublier, en quelques heures, toutes les péripéties vécues. Dès le jour suivant, le 4 juillet, ils se consacrèrent à leur culte. En plus des prières dans la mosquée du prophète, le séjour à Médine comporte aussi et surtout les visites (communément appelées Ziyara) au niveau des lieux prestigieux ayant marqué l’histoire et l’évolution de l’Islam. Il s’agit notamment de la tombe du prophète (ou Rawda) et celles de deux de ses illustres compagnons (Abou Bakr et Oumar Ibn Khattab) situées actuellement en plein cœur de la mosquée. Il y a aussi le célèbre cimetière de Bakia situé au pied du mont Ouhoud, les mosquées de Kouba et Kiblateini ainsi que les jardins de dattes Ajuwa.

C’est ainsi qu’après trois jours de tourisme religieux, les pèlerins quittèrent, par voie terrestre, Médine le 6 juillet pour la Mecque distante de plus de 400 km. A un peu plus d’une douzaine de km, les bus marquèrent un arrêt au ‘’Mikat’’, un des lieux où les pèlerins (selon les zones de provenance) se préparent et formulent l’intention d’effectuer la Oumra. Comme les milliers d’autres pèlerins trouvés sur place, les Nigériens enfourchent leur ‘’Ihram’’, cet ensemble vestimentaire généralement blanc composé de deux pagnes qu’ils porteront jusqu’à la fin du rite du Hajj. Ils réembarquèrent aux environs de 8 heures locales pour le long voyage en reprenant en chœur la célèbre formule en arabe ‘’Labbayka La houmma Labayka. Labbayka La Charika Laka Labbayk. Innal Hamda Wanni-i’mata Laka wal moulk, La charika laka’’ jusqu’à destination : La Mecque où ils arrivèrent aux environs de 17 heures. Là aussi, il a fallu plus de deux heures pour s’installer dans leur hôtel. Mais le répit fut de courte durée car, ils devraient se rendre à la mosquée Al Haram (Kaaba) pour accomplir la Oumra. Ce qu’ils ont pu faire sans grande difficulté si ce n’est la crainte de s’égarer au milieu de cette importante masse humaine présente sur ce lieu en ce moment.

Le Hajj, un événement hors pair

à tout point de vue

Comme à l’accoutumée, les rites du pèlerinage 2022 ont débuté le 9 du mois de Zulhijja (12ème mois du calendrier hégirien), correspondant cette année au 8 juillet 2022. A la veille de cet événement tous les pèlerins ont été acheminés à Mina, site situé à la périphérie de la Mecque au pied du mont Arafat. Il convient de souligner à ce niveau que les pèlerins nigériens du dernier vol ont été directement acheminés de l’aéroport de Djeddah au site de Mina aux environs de 11 heures. Une exception qui, selon certaines sources, aurait été obtenue à la suite d’une intervention personnelle du Président de la République auprès des autorités saoudiennes. En effet, il est de coutume que cet aéroport soit fermé aux vols des pèlerins au plus tard la veille du début de Hajj. 

Mina symbolise incontestablement le gigantesque travail logistique qu’accomplissent les autorités saoudiennes pour accueillir chaque année, les pèlerins qui viennent de tous les coins du monde. En effet, le site de Mina est une véritable ville de tentes blanches installées à perte de vue, souvent au pied des montagnes. Infrastructures routières et d’assainissement, air conditionné, restauration, services sociaux de base, etc., tout y est pour accueillir les pèlerins dans les meilleures conditions possibles.

Après une journée de prières et d’invocations au pied du mont Arafat, les pèlerins convergent vers le site de Mounzalifa pour y passer la nuit. Contrairement au site de Mina, à Mounzalifa les pèlerins passent la nuit à la belle étoile sans aucune commodité sur un terrain vague certes balisé et sécurisé : une véritable épreuve d’humilité pour rappeler à tous les hommes qu’ils sont égaux devant leur seigneur, cela indépendamment de leur race, de leur origine, de leur fortune ou de leur statut social. La seule commodité sur ce lieu reste les toilettes très commodes mais que le million de pèlerins devraient partager.

Le Jimarat : « solder les comptes

avec le diable »

Comme recommandé par les prescriptions du Hajj, les pèlerins devraient au cours des trois jours qui suivent le jour d’Arafat procéder à la lapidation de ‘’Shaytane’’. Le Jimarat, lieu dédié à ce rite est situé à environ six (6) km de Mounzalifa en passant par le site de Mina. Ainsi, tôt le matin, les pèlerins convergent au Jimrat. Les plus solides et les plus courageux vont à pied, les autres prennent des bus pour une éternité du fait des embouteillages monstres sur les routes. Après environ une heure de marche, les pèlerins arrivent au Jimrat à travers les différentes voies qui mènent au lieu. C’est une marée humaine inimaginable qui, comme une colonie de fourmis légionnaires affamées s’engouffrent dans le tunnel qui abrite la stèle symbolisant le diable.

A l’approche de la stèle, les pèlerins sont pris d’une certaine ferveur, voire une transe. La clameur amplifiée par le tunnel perturbe la sérénité des personnes atteintes d’agoraphobie ou de claustrophobie. Arrivés au niveau de la stèle, certains pèlerins procèdent au jet des sept pierres avec sérénité. D’autres, par contre le font avec beaucoup de « style » pour ne pas dire de rage à peine contenue exprimant peut être leur regret d’avoir été,  à un certain moment de leur vie, trompé ou guidé par le diable. Cette année, c’est la vidéo d’un pèlerin asiatique qui l’a fait à la manière d’un lanceur de disque qui a fait le buzz sur les réseaux sociaux.   

Après la lapidation, les pèlerins invoquent Dieu, certainement pour leurs besoins d’ici-bas et de l’au-delà mais aussi et surtout pour ne plus se retrouver dans les multiples pièges tendus par le diable qui, on le sait sont nombreux et multiformes dans nos sociétés.

Technologies,

infrastructures et sécurité

A la mosquée de Médine comme à celle de la Mecque, les pèlerins ne sauraient rester indifférents face aux équipements technologiques de dernière génération dont sont dotés ces deux lieux Saints. Toutes les dernières technologies en matière d’éclairage, de sonorisation, de système d’air conditionné, de source d’eau, de mobilité, etc., se retrouvent dans ces deux Saints Lieux qui sont de véritables complexes modernes.

Et les travaux d’extension aussi bien en superficie qu’en hauteur se poursuivent au niveau de la mosquée Al Haram ainsi qu’à ces alentours en vue de faciliter l’accès. A la Mecque comme à Médine et à Djeddah, les autorités saoudiennes continuent d’investir massivement pour améliorer les conditions de séjour des pèlerins et celles du déroulement de cet important rite religieux musulman. Il en va de même pour les infrastructures de transport routières où les principales villes sont reliées par un réseau routier dense.

En matière de sécurité, le hajj se déroule sous haute surveillance. Des milliers d’agents de sécurité sont déployés avec des moyens roulants sans commune mesure. En effet, les voitures des différentes forces de sécurité sont omniprésentes sur toutes les voies qui mènent au masjid Al Haram et à tous les carrefours. Moteur constamment en marque, gyrophares allumés, les véhicules des services de sécurité sont prêts à intervenir à tout moment. Et attention, ici les policiers circulent en grosses cylindrées et parfois en bolides plutôt stylés comme les Dogde challenger. Pendant le même moment des hélicoptères survolent en permanence les lieux de culte scrutant la moindre anomalie qui pourrait advenir dans ce moment crucial.

Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’on ne peut pas ne pas être émerveillé par le professionnalisme des policiers saoudiens en particulier au niveau de la mosquée Al Haram. En effet, ce sont des millions de personnes de différentes d’origines, parlant une multitude de langues qui convergent constamment vers ce site. Malgré tout, ces agents de sécurité arrivent sans matraque ni lacrymogène à maintenir l’ordre. Leur principale arme reste la courtoisie dans la fermeté et incontestablement des nerfs en acier. 

La salubrité

Avec une superficie d’un million de mètres carrés, assurer la propreté de la grande mosquée Al Haram est un véritable défi. Pourtant, ce défi est relevé par l’administration de ce complexe qui dispose d’une véritable armée de techniciens de surface dotés des moyens adéquats. En effet, outre le petit matériel ordinaire, les techniciens de surface de la mosquée Al Haram disposent de moyens modernes de nettoyage notamment des véhicules électriques adaptés aussi bien pour les surfaces intérieures et pour l’esplanade.

Mais, ces équipes de techniciens de surface disposent aussi et surtout de méthodes rodées qui leur permettent de continuer à faire leur travail de nettoyage même au moment où les fidèles accomplissent certains actes comme le Tawaf autour de la Kaaba.

Le résultat est que toutes les surfaces de ce vaste complexe restent constamment cleans en dépit des milliers de personnes qui s’y rendent sans compter les milliers d’oiseaux qui ont leurs nids dans ce complexe et les multiples hôtels, commerces, cafés et restaurants situés tout autour de la mosquée. Le moindre déchet, fut-il de la taille d’un grain de cacahuète, n’échappe à la vigilance de cette ‘’armée de nettoyage’’.

Le hajj, moment d’intenses activités commerciales

Outre la pratique des cultes religieux, le Hajj est un moment d’intenses activités commerciales. Dès les premiers jours de leur arrivée à la Mecque, beaucoup de pèlerins se ruent vers les magasins et autres marchés pour constituer leurs valises de cadeaux à distribuer une fois de retour au pays. D’autres par contre font véritablement du commerce. Ils achètent des quantités importantes de marchandises qu’ils font acheminer dans leurs pays par avions cargos ou par bateaux.

Toutefois, ces activités commerciales à la Mecque sont presque exclusivement exercées par des expatriés asiatiques (indonésiens, indiens, pakistanais, Bangladais, etc.) et arabes (égyptiens, syriens, yéménites, etc.) qui détiennent les grands magasins, les restaurants et cafés.

Les ouest – Africains (Nigérians, Nigériens et Ghanéens) excellent plutôt dans le commerce informel de vente de vêtements à la criée, vente de nourriture, de produits pharmaceutiques et autres articles demandés par les pèlerins venus de la même zone. Ceux-ci exposent leurs marchandises sur les principales artères qui mènent à la mosquée Al Haram et dans les ruelles dans les quartiers adjacents.

C’est le cas notamment à la devanture de la masjid Bin Hassan, un point bien connu par les pèlerins nigériens et leurs frères du Nigeria. Sitôt les prières terminées, la ruelle qui passe devant cette mosquée se transforme en rue marchande. Des commerçants hommes, femmes et enfants viennent étaler et vendre leurs marchandises : boubous jelaba, bonnets, chapelets, robes abaya, keffiehs, bijoux, chaussures, fruits et légumes, etc.

Dans les autres ruelles adjacentes au boulevard Al Mansour et celles du quartier Gouméri, des vendeuses de nourritures proposent des mets typiquement africains (pate de maïs ou riz à la sauce gombo, feuille de baobab ou arachide, foura ou doonou, couscous de maïs aux feuilles de moringa ou dambou), toutes choses qui font que les pèlerins ne se sentent pas dépaysés.

Cependant, ces commerçants informels sont traqués par la police municipale. C’est ainsi que cette ambiance de marché est souvent perturbée par l’arrivée subite des véhicules de la police municipale. S’en suit alors une véritable débandade à travers les ruelles. Certains marchands, en pleines transactions, n’ont pas le temps de remballer leurs marchandises et s’enfuient. En effet, celui qui se fait prendre se voit non seulement confisquer ses marchandises mais risque aussi d’être expulsé du territoire puisque pour l’essentiel de ces commerçants sont des clandestins. Et toute la journée, c’est à un véritable jeu de chat et de la souris que s’adonnent ces commerçants clandestins et la police municipale.

Le vol retour,

tout aussi pénible

Les rites du Hajj terminés, les pèlerins ont à l’esprit de rentrer dans leurs pays respectifs. C’est ainsi que peu à peu, les hôtels situés sur les avenues qui mènent à la Masjid Al Haram se vident progressivement. Les Nigériens qui sont logés dans ces hôtels à côté des pèlerins d’autres nationalités voient progressivement ces derniers quitter. Tour à tour, Nigérians, Sénégalais, Béninois, Tchadiens, etc., rentrèrent dans leurs pays.

Comme à l’aller, les pèlerins du vol 7 programmés initialement pour le vol 5 s’impatientent. C’est finalement dans le vol n°6 qu’ils ont pu quitter, un décalage, dit-on, dû au retard d’environ 14 heures enregistré au premier vol retour des pèlerins Nigériens. C’est ainsi que le jour de départ, les pèlerins furent réveillés à 3 heures du matin pour aller faire le tawaf d’au-revoir à la Kaaba comme recommandé.

De retour à leur hôtel, ils se préparèrent et attendirent les bus qui sont arrivés aux environs de 10 heures. Mais c’est finalement vers 11h 40 qu’ils prirent la route pour Djeddah. Arrivée sur place, ils furent conduits dans la zone réservée aux pèlerins où ils apprirent que leur vol est prévu pour 20 heures. Un soulagement. Vers 15 heures débutèrent les formalités d’embarquement et à 17 heures 30, tous les pèlerins ont fini leurs formalités sous la supervision d’un agent du COHO. Commence alors une si longue attente. 

En effet, à 20 heures les pèlerins n’ont pas été appelés à embarquer comme prévu. Passent les heures : 21 h, 22H, 23H puis minuit sans aucune explication ou information relativement à ce retard ni de la part du COHO, ni de la compagnie aérienne chargée du transport des pèlerins encore moins des agences du Hajj qui ne sont que des usagers. Les esprits commencèrent alors à s’échauffer dans la salle d’attente. Face au retard observé et à l’impatience des pèlerins, la compagnie finit par annoncer que des réparations sont en train d’être effectuées sur l’avion.

Les pèlerins ont dû se rendre compte eux-mêmes au regard de nombreux techniciens et engins déployés autour de l’avion qu’ils apercevaient au travers de la baie vitrée qui sépare la salle d’attente et la zone d’embarquement. C’est ainsi qu’à la fatigue et à la faim est venue s’ajouter l’angoisse de prendre un avion qui vient de subir des travaux de réparation. Vers 2 heures du matin, les agences du Hajj se sont débrouillées pour trouver et amener à manger aux pèlerins puisque la petite buvette qui existe dans cette salle d’attente a vendu tout ce qu’elle a à vendre en termes de nourriture y compris le thé ou le café.

L’attente s’est poursuivie toute la nuit. Entre temps plusieurs vols quittaient sous les regards impuissants des pèlerins. C’est finalement aux environs de 6 heures que les pèlerins stressés, épuisés et démoralisés ont pu embarquer pour Niamey. Fort heureusement, le vol s’est déroulé dans des bonnes conditions avec les excuses, plusieurs fois répétées, du commandant de bord pour ce retard. 

Par Siradji Sanda (onep) (De retour du Hajj)