‘’Jeunes Tréteaux du Niger’’ : Le théâtre de rue agonise, les acteurs s’y accrochent !

Culture
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Le théâtre fait partie des arts vivants, à travers lequel beaucoup d’acteurs s’affirment et contribuent au développement socio-économique du Niger. Parmi les acteurs qui ont marqué l’histoire récente du théâtre au Niger, il y a les jeunes ‘’Tréteaux du Niger’’ réunis au sein de l’association artistique et culturelle dite le ‘’Tréteau du Niger’’, créé en 1994 et spécialisé dans le théâtre itinérant ou théâtre de rue.

Issus d’une sélection de plusieurs compagnies et associations des artistes, les ‘’Jeunes Tréteaux’’ d’alors ont véritablement contribué au développement du théâtre au Niger à travers l’organisation de plusieurs spectacles. Ils débarquent dans un quartier pour jouer des scènes spectaculaires créant ainsi, une vive émotion chez le public.

Cependant, depuis un certain temps, le ‘’Tréteau du Niger’’ organise moins de spectacle itinérant et du coup, le théâtre a disparu de la rue. On a l’impression que le ‘’Tréteau du Niger’’ ou le théâtre se meurt au Niger. Malgré ce constat, les acteurs du théâtre rejettent l’idée selon laquelle le théâtre est mort. « Tout le temps, les gens nous posent ces genres de questions. Pour certains, les tréteaux n’existent plus. Non les tréteaux existent bel et bien. On continue de faire du théâtre, mais on est plus aussi dans la formation. Ce qu’il faut comprendre, c’est la forme de théâtre qui a un peu changé. Les choses continuent, mais sous une autre formule. Et c’est normal ! C’est tout à fait logique que les démarches changent de temps en temps. Après plus de 25 ans d’existence, il y a des gens qui sont décédés, etc. mais la base est là. On organise des ateliers de formation et de création.

Presque tous les jeunes qui sont actuellement dans le théâtre sont passés par le Tréteau du Niger. Beaucoup de jeunes ont pris goût de faire la scène théâtrale à travers le tréteau. On fait du théâtre forum de sensibilisation.  C’est vrai qu’on tournait moins et on n’est pas trop visible sur place comme on le faisait avant. Mais on sortait quand même. Maintenant on se bat pour la conquête de la scène internationale. C’est vrai on a pris de l’âge, mais quand même on a assuré la relève. On donne des cours de théâtre et de scène » explique, M. Ali Garba, artiste comédien, membre du Tréteau du Niger. 

Les spectacles nostalgiques des ‘’Tréteaux’’

Beaucoup se rappellent du ‘’camion, autonome’’, que les acteurs du Tréteau utilisent pour se rendre dans les quartiers. Ce même camion qu’ils déplient pour en faire un podium de  7m sur 4m, est en lui seul un spectacle. Sur ce podium mythique, les comédiens mettaient en scène des pièces professionnelles et des pièces de sensibilisation. Le public a pu découvrir plusieurs pièces de théâtre a travers le tréteau du Niger, telle que des adaptations des pièces de Helene Kaziendé, Le Médecin volant, la Jalousie du Barbouillé, etc. de Molière. Au sein du tréteau, chacun avait un domaine spécifique dans l’art et la culture afin de mieux préparer les spectacles. L’activité de base c’est le théâtre, mais en bon artiste, nous faisons aussi de la peinture, la décoration, la danse, la musique, etc. Au sein du tréteau, on avait tout. Quand on a une création, on n’a pas besoin d’aller chercher quelque chose ailleurs. C’est ces compétences qui forment le tréteau. Ils adoptent librement les pièces de Molière relatives au contexte et les histoires du Niger tout en gardant la trame.

« Le tréteau c’était la sélection de plusieurs artistes issus de différentes compagnies et structures culturelles. Le tréteau, c’est comme une troupe nationale. Nous avons participé à des tournées dans plusieurs pays d’Afrique et en Europe. Avant chaque tournée, on choisit une pièce, on essaye de jouer sérieusement chez nous avant de sortir. On choisit 10 quartiers et 10 écoles de Niamey pour présenter la pièce. Après on organise une tournée nationale. On fait 5 régions du Niger, notamment Dosso, Maradi Tahoua, Zinder et Agadez. Ensuite, on entame la tournée sous régionale, où l’on fait d’office le Bénin, le Burkina-Faso et le Togo. Généralement après cette tournée, on part directement en France. Nous maitrisons très bien les choses et à chaque sortie, nous enregistrons des succès » explique le comédien.

Pour M. Ali Garba, il n’y a pas une meilleure manière de sensibiliser que le théâtre, principalement le théâtre de rue où les acteurs sont en contact direct avec le public. En ce sens, il rappelle le contexte dans lequel, le tréteau a été créé. « Avant c’était les Jeunes Théâtre du Niger, un projet des autorités en charge des questions des jeunes et de la culture et le CCFN. Quand ils ont créé les JTN dans les années 90-91, on faisait beaucoup de théâtre sur scène. Nous avons constaté que les gens ne venaient pas aux spectacles, puis un concept a été créé qui consiste à aller vers le public d’où la naissance du mot tréteau du Niger. Le tréteau, c’est le trépied sur lequel on monte les planchers pour jouer du théâtre. C’est ce que Molière faisait. C’est le petit planchéié  sous forme triangulaire qu’on place pour se mettre en hauteur. On peut se déplacer avec pour rencontrer le public. On transportait le spectacle dans les quartiers, les marchés, les écoles, les prisons, etc. L’idée c’était de créer un style Molière avec la comédie et de l’art. Quand tu joues dans la rue et que ce n’est pas comique, c’est difficile d’attirer l’attention du public », se rappelle M. Ali Garba.

Le théâtre forum, une nouvelle prédilection des tréteaux  

Depuis l’avènement du COVID ils n’ont pas monté un spectacle digne des Tréteaux. La dernière tournée internationale à laquelle le Tréteau a pris part date de 2017. L’essentiel des acteurs s’intéressent maintenant plus au ‘’théâtre forum’’, théâtre ou sketch de sensibilisation qui se fait généralement sur commande. « A la fin de ce genre de théâtre, le public a son mot à dire à travers un débat et des échanges sur une thématique donnée. Le théâtre forum se joue généralement au niveau local. C’est un moyen très efficace pour le changement de comportement et de mentalité. C’est une forme qui marche très bien dans le domaine de la sensibilisation. Déjà, nous sommes habitués à cette forme de théâtre, car nous avons un contact direct avec le public. On vient de finir deux missions de théâtre. Pour la 1ère mission, on a joué dans plus de 150 villages des régions de Dosso, Maradi et Zinder. La 2ème mission a concerné une trentaine de villages de la région de Maradi où, on a joué des théâtres forum. Tous ces spectacles ont été organisés entre décembre 2021 et février 2022» précise-t-il. 

Ce qui réconforte les amoureux du théâtre, c’est la création du Heris, un groupe des jeunes acteurs qui organise régulièrement la revue de presse théâtralisée au CCFN Jean Rouch de Niamey. « C’est une activité permanente offerte au public indique l’acteur-comédien M. Ali. Tous les jeunes formés montent des sketchs et les présentent au CCFN». 

Par Abdoul-Aziz Ibrahim(onep)