Dans les tensions diplomatiques entre le Mali et l’Algérie, les références littéraires sont mises à contribution comme autant d’atouts rhétoriques. En témoigne le discours prononcé le 26 septembre 2025, à la 80ème Session ordinaire de l’Assemblée Générale des Nations Unies, par le Général Abdoulaye Maïga, Premier ministre du Mali. Rappelant la détermination de son pays à se faire respecter, le chef du gouvernement malien a invité le voisin algérien à méditer la réflexion suivante : « Certaines vérités ne nous paraissent invraisemblables que, tout simplement, parce que notre connaissance ne les atteint pas ». Empruntée à Amadou Hampâté Bâ, dans son ouvrage Vie et Enseignement de Tierno Bokar : le Sage de Bandiagara, cette citation aura été un bref moment littéraire dans une allocution de près d’une demi-heure. Sans aborder les discordes algéro-maliennes, c’est le recours à une référence littéraire – du haut de la tribune de l’ONU – que nous saluons en appelant à sa généralisation pour les raisons qui suivent.
Une promotion des écrivains nationaux
Ne sous-estimons pas la force médiatique des citations. Elles présentent l’avantage de faire connaître les auteurs et leurs ouvrages. Cité dans une prestigieuse enceinte comme celle des Nations-Unies, l’écrivain devient potentiellement une curiosité internationale. Les diplomates des autres États et, plus largement, chaque auditeur, sont tentés de le découvrir, ne serait-ce que via Internet. En cela, les discours à l’ONU deviennent accessoirement une occasion de promotion littéraire. Une aubaine. Dès lors, les responsables politiques et diplomates africains seraient bien inspirés d’émailler leurs allocutions de citations pertinentes empruntées aux écrivains de leurs pays. Et Dieu sait que la littérature africaine est à même de fournir, pour chaque domaine de la vie, des réflexions inspirantes ! Ne nous leurrons pas : « la littérature mondiale est régie, comme beaucoup d’autres domaines d’activités, par la loi du plus fort. De fait, ce sont […] les pays politiquement dominants qui s’imposent, et qui imposent leur production littéraire au reste du monde », prévient Fréderic Rouvillois dans son livre Une histoire des best-sellers (Flammarion, 2011). De quoi motiver les orateurs africains à faire davantage résonner la littérature africaine dans les fora internationaux, rendez-vous du donner du recevoir !
Une célébration de la diversité littéraire
Dans sa livraison n° 3097-Février 2021, le Magazine Jeune Afrique publiait une enquête intitulée « Afrique Subsaharienne Nations-Unies : SOS Racisme ! » Il en ressort que l’Organisation mondiale – censée combattre les discriminations – la pratique hélas en son sein aux dépens du personnel africain. En règle générale, la discrimination est sous-tendue par le mépris lui-même généré par la conviction d’une supériorité notamment culturelle vis-à-vis des victimes. Ce constat ne rend que plus opportune l’évocation des références littéraires africaines à l’ONU. Certes, il faudra davantage pour briser les préjugés racistes. Néanmoins, en proclamant haut et fort les morales tirées des productions littéraires de leurs États – y compris contre le racisme et la discrimination -, les diplomates africains donneront matière à méditer aux acteurs de telles injustices ; tant il est vrai que les livres jouent un rôle dans la conversion des regards. En mentionnant les ouvrages africains pertinents, c’est la diversité littéraire que l’on célèbre à la face du monde. C’est le mythe d’une hégémonie culturelle qu’on relativise en tenant littérairement la dragée haute aux suprématistes. La réception internationale de la littérature africaine n’en sera que pérenne.
Abdoul Malik ISSOUFA,
Homme de lettres
