Farmo M.
Tous les Africains ne pouvaient sortir indemnes de six siècles d’esclavage, de colonisation et de domination occidentales. Pour nombre d’entre nous, l’évolution s’est arrêtée au stade de l’esclave du 19ème siècle qui, « libéré va jusqu’au pas de la porte et puis revient à la maison, parce qu’il ne sait plus où aller, depuis le temps qu’il a perdu la liberté, depuis le temps qu’il a acquis des réflexes de subordination, depuis le temps qu’il a appris à penser à travers son maître ». Ces propos tenus par Cheikh Anta Diop, en 1984, à Niamey, sont indépassables.
Ces Africains ne peuvent vivre que sous la subordination. Ils aiment la domination, détestent la liberté et portent l’indépendance en aversion. A ces Africains, il faut des chefs, et des maîtres à penser blancs. Et, dès qu’on parle de souveraineté, parce qu’ils en sont incapables, parce qu’ils ont perdu confiance en eux-mêmes et en leur race, ils retournent dans la maison du maître, en Occident, et se mettent au service du maître.
A preuve, parce que la souveraineté est pour eux une catastrophe, parce qu’elle ôte tout sens à leur existence, ils sont partis du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Les uns se sont dirigés vers la Macronie où le Code noir vient à peine d’être aboli, les autres se sont mis sous la protection du royaume de Belgique qui coupait les mains de leurs semblables.
Qu’ils y restent, s’ils croient que le tronc d’arbre qui séjourne dans l’eau peut devenir caïman ou crocodile.
Syncrétisme, ironie et effet boomerang
Mais voici que l’un d’eux, voulant faire de l’esprit, produit un petit pamphlet relayé par la voix perfide de Radio France Internationale : « Au Niger, logique de junte : l’uniforme plutôt que la blouse ».
Le nom de l’auteur : Hamed Newton Barry, appelle quelques remarques. Je vois dans ce nom un exemple achevé de syncrétisme (mélange d’éléments religieux, culturels, politiques, idéologiques, etc.). A la lecture de son texte, je découvre que l’élément dominant dans le syncrétisme, ce n’est ni le religieux (Hamed) ni l’africain donc le culturel (Barry), mais l’occidental (Newton). C’est sous ce dernier angle qu’il faut entendre la quérimonie de Monsieur Newton.
En vérité, la nommée Mariama Djibrine et la déchéance de sa nationalité ne sont pour Newton que des prétextes pour s’attaquer à l’AES, et à la souveraineté que ses pairs et lui ne peuvent souffrir. Mais, si on veut faire de l’esprit comme Monsieur Newton, on fera allusion à la loi de la gravitation, à l’attraction mutuelle des objets et à leur chute. De ce point de vue, quoi de plus normal que le détracteur de la souveraineté (Newton), et l’ennemie de la souveraineté (Mayra), s’attirent mutuellement et que tous les deux tombent dans le discrédit ? Aux yeux des peuples de l’AES, ils représentent la félonie.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que le sieur Newton a raté sa sortie d’abord parce qu’on ne peut sans insulter le Niger, son peuple et ses gouvernants, ramener la politique à une question vestimentaire, ensuite parce que Monsieur Hamed, en cherchant à briller par l’intelligence, ne produit qu’un pléonasme : la blouse est aussi un uniforme. Enfin, c’est donc la logique alambiquée de Monsieur qui suscite quelques inquiétudes.
Des incongruités : les mineures et les majeures
De quelle autorité se réclame Monsieur Barry sinon celle de ses maîtres à penser, dont il se fait volontiers le bouc émissaire, pour récuser la décision souveraine d’un Chef d’Etat qui ignore son existence et qui, dans tous les cas, n’a de compte à rendre ni à ses maîtres encore moins à leurs subordonnés ?
Il s’agit là d’une incongruité au sens premier d’absurdité, et au sens second de manque de respect. Or, Monsieur Newton aime faire dans l’incongruité. Son texte est construit autour de deux incongruités majeures et de quelques incongruités mineures disséminées dans le corps du texte.
Délire constitutionnel et parodie
Madame Djibrine, Mayra, comme l’appelle familièrement Newton, a été déchue de sa nationalité pour avoir fait usage de son droit constitutionnel, dans un pays qui en manque cruellement. C’est l’absurdité qui ouvre le texte de Newton. Si le Niger n’a pas de Constitution, d’où la Dame Mayra tire-t-elle ce droit constitutionnel, de la France pays de résidence, ou de la Belgique pays d’accueil, ou d’un autre Etat qui n’existe que dans l’imagination de l’auteur ?
Vos maîtres vous ont élevés dans la tradition du pastichage constitutionnel. Vous croyez qu’un Etat ne peut pas être sans le modèle qu’on vous a inculqué. Regardez à côté de vous : le Royaume-Uni n’en a pas point, la Nouvelle-Zélande non plus.
Ici, ne vous en déplaise, il n’y aura pas de parodie constitutionnelle. Le peuple nigérien a voulu et adopté la Charte de la Refondation comme loi fondamentale.
Première incongruité majeure de Newton
(Mensonge, incompétence et inconséquence)
A ce propos, Newton affirme, et on le découvre un tantinet, menteur. Il affirme en effet que Madame Djibrine est déchue de la nationalité nigérienne « pour avoir osé créer avec d’autres ressortissants de l’AES, l’alliance des démocrates du Sahel ». Force est par ailleurs de constater que Newton manque à la fois de sagesse et de professionnalisme. « Même l’insensé, dit le roi Salomon, quand il se tait, passe pour un sage : celui qui ferme ses lèvres est un homme intelligent ». Quand on ne sait pas, il vaut mieux se taire. Pour le journaliste qui n’a pas vérifié l’information avant de la publier ou qui ne peut pas la vérifier, se taire est marque de rigueur, de sagesse et de respect de l’éthique. Newton est sur ce plan pris à défaut. Madame Djibrine est « poursuivie pour diffusion de données de nature à troubler l’ordre public, incitation à la révolte et (surtout) intelligence avec une puissance étrangère ». C’est cela qui lui vaut la déchéance provisoire de nationalité. On n’apprendra rien à Monsieur Newton sur l’intelligence avec une puissance étrangère, en revanche, il a tout à apprendre sur l’ordonnance, sur les raisons qui ont motivé la déchéance de nationalité, et la décision du Président Tiani qui sait ce que Newton ne sait pas.
Le décret est conforme à l’ordonnance. Si les agissements de Mayra entrent dans le cadre de ladite ordonnance instituant un fichier des personnes, groupes de personnes ou entités impliqués dans des actes terroristes ou dans des toutes autres infractions portant atteintes aux intérêts stratégiques et la sécurité publique et fixant les modalités d’inscription et de retrait ainsi que les effets y relatif, grand mal lui en a pris.
Dans le cas de madame Djibrine, nulle part il n’est fait expressément mention de terrorisme. Quand Newton parle ici de « criminalisation de la parole comme moyen assumé d’une stratégie de lutte contre le terrorisme », il fait un mélange de genres. Et si c’était le cas, so what ?
Dans les pays où vous êtes refugiés, et qui ne sont pas en guerre, la parole est criminalisée. L’apologie du terrorisme, les discours haineux et la diffamation, les outrages et menaces de mort contre les personnes qui représentent l’autorité publique, les atteintes à la sécurité publique, à la paix publique, à l’ordre public, à la sécurité, aux intérêts et à la sureté de l’Etat sont passibles de peines d’emprisonnement.
Dans nos pays où vos maîtres nous font une guerre par procuration, nous userons de tous les moyens dont nous disposons pour défendre l’intégrité de notre territoire, nos vies, nos biens et notre souveraineté.
Deuxième incongruité selon Newton
(Surréalisme et fiction)
La seconde incongruité résiderait dans l’ordre des priorités. La manipulation machiavélique des statistiques permet à Newton de placer la santé au sommet des priorités. Mais, la vérité effective des choses commande que la sécurité soit placée au premier rang des priorités dans nos pays en guerre.
La condition pour être soigné est d’être en vie. Le militaire qui protège le droit fondamental à la vie passe avant le médecin qui lui apporte des soins. Nonobstant la réalité, Newton, dans ses envolées surréalistes fait du médecin un démiurge, et de Mayra une héroïne qui soigne, qui sauve des vies, qui aurait surement contribué à réduire la mortalité infantile, qui aurait sensibilisé les femmes qui ont 5,6 enfants en moyenne, sur la sexualité responsable, et aurait enfin contribué à tenir debout un système de santé sur ses rotules ». Qui le Dr Mayra soigne au Niger ? Soigne-t-elle, sans être au Niger, les blessés de guerre faits par les hordes terroristes à la solde de la France ? A-t-elle déjà soigné un malade au Niger ?
La démesure newtonienne
« Avec des si, on mettrait Paris en bouteille » Avec les si de Newton, on voit Mayra décrocher la lune. Les exploits que Madame Djibrine était censée pouvoir réaliser, si elle n’avait pas été déchue de la nationalité nigérienne, relèvent du titanesque. Pour atteindre le seuil minimal (un médecin pour 10.000 habitants) fixé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le Niger, avec ses 28 millions d’habitants, doit former 3000 et 4000 médecins supplémentaires. Dans ces conditions, un médecin ne représente statistiquement que 0,00025, c’est-à-dire une quantité négligeable. Que ce médecin soit Mayra ou un autre, sa perte n’aggrave point le ratio médecins-population, pas plus qu’elle n’affecte l’intérêt général, contrairement à ce que dit Newton avec une exagération pompeuse.
La piteuse mise en regard Médecins-Militaires
Dans son texte fondamentalement malfaisant, Newton repose son argumentation sur la comparaison médecins-militaires. Là où il aurait fallu établir une complémentarité pour défendre la vie humaine, il établit une malencontreuse césure. L’aversion qu’il développe contre les militaires, dans les rangs desquels on trouve pourtant des médecins, l’aveugle. Il ne peut donc voir la convergence entre le code ou serment d’honneur du militaire qui engage à respecter la personne et la vie humaine, à donner sa propre vie pour sauver d’autres vies, et le serment d’Hippocrate qui, lui aussi, engage au respect de la vie et de la personne. Un hommage aux soldats qui meurent chaque jour au Burkina Faso, au Mali et au Niger, pour que leurs compatriotes vivent, aurait mis un peu d’humanité dans sa diatribe.
De l’incapacité à assurer la sécurité
‘’Depuis trois (3) ans qu’ils gouvernent, les militaires sont incapables d’assurer la sécurité qui persiste’’, dit Newton. Mais l’insécurité dont il parle remonte au moins à l’an 2012. Cette insécurité trouve son origine dans l’effondrement de l’Etat libyen et l’assassinat du président Mouammar Kadhafi : deux événements provoqués par une intervention militaire menée par une coalition occidentale dirigée par l’OTAN. L’insécurité au Sahel central court donc depuis quinze (15) ans. Si l’on soustrait les 3 ans de gouvernement militaire, il en reste 12. Pendant ces douze années, vous, prétendus démocrates et vos alliés occidentaux étiez aux commandes. Qu’aviez-vous fait pour l’endiguer ? Rien, absolument rien. Au demeurant, c’est cette insécurité maintenue pour justifier la présence coloniale de vos alliés occidentaux qui vous a fait partir, vous et eux. Quant à l’aéroport Diori Hamani de Niamey, il demeure un lieu sûr malgré les deux attaques terroristes, les vols internationaux continuent d’y atterrir normalement. Si le cœur vous en dit, vous pouvez venir.
Le Niger vu par Newton à travers le prisme des organisations internationales
Newton fait feu de tout bois pour donner l’image d’un pays pauvre, mal gouverné, qui avec l’assistance internationale, et des démocrates à la solde des puissances occidentales pourrait aspirer à la paix, la sécurité et à la prospérité. Tout concourt à cette fin : la démographie galopante, le taux de natalité élevé, la mortalité infantile alarmante, la responsabilisation de la sexualité, le ratio médecin-population cruellement bas, l’insécurité persistante, économie qui peine, hôpitaux qui manquent de tout.
Ce pays que vous peignez avec votre pinceau trempé dans l’encre de l’animosité a vécu toutes les privations (produits de première nécessité, produits pharmaceutiques, etc.), sous embargo durant sept (7) mois, a fait face aux sanctions de la CEDEAO, de l’UEMOA, de l’UE.
La résilience et l’ingéniosité de son peuple et des ses dirigeants ont permis de braver les écueils, de surmonter les obstacles que les puissances occidentales hostiles et leurs affidés africains ont placés sur son chemin. Malgré tout, ce pays n’a pas fléchi, comme le Burkina Faso et le Mali, il marche résolument sur la voie de l’indépendance et de la souveraineté. Voici des chiffres publiés par les institutions internationales spécialisées que vous refusez de voir, que vous ne voulez pas citer, Ils concernent la croissance économique.
La croissance économique moyenne en Afrique est de 4,2%. Elle est de 6,3% au Burkina Faso, de 5,6% au Mali. Au Niger le taux de croissance est de 6,9 %, avec des perspectives le situant entre 7 et 14%, le Niger figure parmi les pays africains ayant un taux de croissance prometteur.
L’Incongruité finale
(Mercantilisme footballistique)
Le texte de Newton s’ouvre par une incongruité, il se termine par une autre incongruité. Il s’agit en l’occurrence d’une incongruité mercantile. Newton trouve, on ne sait trop comment, un rapport entre un événement footballistique, le Mercato, un marché sur lequel on achète et vend des joueurs, avec la vie politique nigérienne. Il propose que l’on choisisse entre Mayra qui est une pépite (joueur de talent, joueur ayant des potentialité), et Tiani qui est un poids. Or, il semble que ce terme de poids sur le mercato signifie ou la masse salariale, le coût global d’un joueur, ou encore le prestige, l’influence que possède un joueur ou un entraîneur pour orienter les négociations. Bien malin qui sait à quoi rime cette ultime incongruité de Newton.
Au demeurant, je crois qu’on ne peut pas séparer ce texte des rancunes et rancœurs de l’ancien candidat malheureux à la présidence de la Transition au Burkina Faso en 2014.
Farmo M.
