La transformation d’arachide, une des principales activités du centre
Situé dans la commune rurale de Dogo, département de Mirriah, région de Zinder, le village de Dan Fountoua est à 27 km au sud du chef-lieu de la commune. Dans cette localité difficile d’accès, 623 ménages, soit 4 361 personnes, bénéficient des actions du Programme alimentaire mondial (PAM Niger) en collaboration avec d’autres partenaires. La vision portée par ces derniers est de former des professionnels dans le domaine de la production agricole et de la pêche, avec un engagement croissant pour la gestion rationnelle et durable des ressources en eau et des terres. Ainsi, la finalité de ce paquet d’actions est d’amener ces ménages à se départir de l’assistance.
Dans le foyer d’apprentissage de Dan Fountoua que nous avons visité le jeudi 11 juin 2026, à notre arrivée au centre du village, des femmes se tiennent, habillées de leurs blouses de travail, derrière des stands bien garnis présentant divers produits transformés et emballés. Sur la même aire, d’autres transformatrices et apprenantes mettaient la main à la pâte, exécutant avec soin, entre autres, des tâches de décorticage de l’arachide, d’extraction de l’huile à l’aide de machines mises à leur disposition par le PAM et ses partenaires. Le sourire aux lèvres, elles se sont réunies autour de leurs groupements respectifs. Quelques hommes, quant à eux, certains assis sur des nattes et d’autres sur des bancs, se trouvent derrière le chef du village sous un grand arbre.

Mme Saadé Gambo est à la tête du groupement Tsintsiya (balai) qui compte vingt (20) femmes, toutes des mères au foyer. Elle raconte qu’avant l’arrivée du PAM, de l’UNICEF et de la GIZ dans leur village, elle et ses amies n’exerçaient aucune activité et dépendaient intégralement des revenus de leurs époux. Cependant, depuis six ans, l’arrivée de la GIZ leur a ouvert la voie de l’embouche bovine en mettant à leur disposition cinq (5) têtes de bétail grâce auxquelles chacune des vingt femmes a pu posséder un mouton durant les trois années qui ont suivi cette distribution. Elles étaient dans cette dynamique d’élevage lorsque l’ONG Karkara, financée par le PAM, est arrivée pour les appuyer avec cinq sacs d’arachides et une machine à moudre.
Aujourd’hui, ces paysannes exercent plusieurs activités génératrices de revenus, dont l’embouche bovine, la transformation de l’arachide en plusieurs produits dérivés et les tontines qu’elles organisent.
Pour bien gérer ce capital, elles ont mis en place un système de gestion simple qui consiste, selon les explications de Mme Saadé Gambo, à ne produire que ce dont le village a besoin et peut consommer. Ainsi, elles prennent, dit-elle, une quantité d’environ vingt tasses pour extraire de l’huile et, une fois le produit fini vendu à raison de mille cinq cents (1 500) francs CFA le litre, elles soustraient le capital en fonction du prix de la tasse d’arachide sur le marché. L’argent du sel et celui de la machine sont également retirés de la vente, et le bénéfice est versé dans la caisse du groupement.
Même scénario au niveau du groupement Goyan Baya de Mme Rouma Souley et de ses vingt membres qui font de la transformation agroalimentaire. Moins ancien que le précédent groupement dans la transformation, ce groupe n’en est qu’à ses débuts. Pour l’instant, elles produisent du couscous de haricot, de l’oignon frit et des biscuits à base de céréales. Il y a quelques mois, a expliqué la présidente du groupement, le PAM les a dotées de matériel de production et elles ont pu, grâce à leurs cotisations, établir un agrément de reconnaissance au niveau de la municipalité de Dogo lorsqu’elles avaient eu vent de la venue du projet dans le village de Dan Fountoua. « Nous avons eu beaucoup de bienfaits », a confié la présidente du groupement Goyan Baya, car désormais elles sont capables de produire et de vendre leurs produits du mieux qu’elles peuvent. Actuellement, les principaux consommateurs de leurs marchandises restent les jeunes du village, notamment ceux qui partent dans les grandes villes. D’où le sentiment de gratitude et de remerciement que portent ces populations au PAM et à ses partenaires pour l’appui et les sensibilisations qui ont ouvert de nouvelles voies aux habitants de Dan Fountoua. Néanmoins, malgré tout l’appui apporté par le PAM et ses autres partenaires, d’autres demandes des bénéficiaires subsistent, dont le principal est l’absence de débouchés pour écouler les productions. Un problème en grande partie lié au manque de routes, ne serait-ce qu’une route latéritique reliant le village de Dan Fountoua à Gada, où se trouve le marché hebdomadaire, ainsi que l’accès principal à la route bitumée menant aux grandes localités, y compris le chef-lieu de la région.
Une formation élargie aux hommes du village
Les témoignages des hommes du village de Dan Fountoua révèlent que le PAM, la GIZ et l’Unicef leur ont apporté un changement significatif dans leur vie en société, notamment dans la consolidation de la paix avec les villages voisins et la culture du riz. Pour Elh Abdou Mamane, ce que le PAM leur a appris, c’est avant tout la pratique de la pêche responsable à travers des formations aux techniques et à la conservation plus moderne du poisson.

À cette occasion, les mares du village ont été empoisonnées par les services techniques de l’environnement pour accroître les sites de pêche et les pêcheurs ont été équipés en gilets de sauvetage. Dans ce village, il y a environ 35 personnes qui vivent de cette activité. Ici les villageois sont désormais conscients que toute mare empoisonnée doit faire quinze mois avant qu’elle ne fasse l’objet d’une pêche et sont aussi en capacité d’empoisonner d’eux-mêmes les autres mares. Au cours des pêches, il rapporte que souvent, ils capturent des poissons de six à huit kilogrammes, grâce auxquels ils subviennent aux besoins de leurs ménages. En plus de pouvoir satisfaire aux besoins du quotidien, ces hommes achètent du bétail et renouvellent le matériel avec les retombées de cette activité devenue leur principale source de revenus.
Dans le cadre de l’élargissement des activités des hommes et pour contrecarrer l’exode, l’unique atelier de couture de Dan Fountoua a vu le jour il y a quatre ans. Aujourd’hui, il fait la fierté de tout un village et des hommes qui vivent de cette activité apprise grâce au PAM qui a construit l’atelier, a fourni les équipements et a formé cinq personnes à la couture.
Tassiou Mamane est l’un des bénéficiaires de cette formation. Aujourd’hui, il vit de la couture et reste particulièrement fier, car il disait qu’avant la création de cet atelier, les villageois étaient obligés d’aller dans d’autres villages pour se faire coudre leurs habits ou pour raccommoder d’anciens vêtements. Devenu d’excellents tailleurs, lui et les autres bénéficiaires ont pris sous leur aile quatre jeunes du village qu’ils forment.

En ce qui concerne la gestion de l’atelier, M. Tassiou Maman a expliqué que les recettes de toutes les coutures de la journée ou de la semaine sont collectées, puis une partie est versée dans la caisse qui servira après à l’achat de bétail et de matériel de couture et le restant est divisé à parts égales entre eux. L’objectif de Tassiou Maman est d’économiser suffisamment pour acheter un groupe électrogène afin de travailler sur des machines électriques plus modernes et plus performantes, mais aussi de pouvoir se former davantage pour répondre à certaines demandes de la clientèle.
Maarou Boubacary est un autre bénéficiaire de ce projet. Il a indiqué qu’ils ont été sélectionnés parmi d’autres candidats pour suivre la formation en couture. Au début, a raconté M. Maarou, l’atelier allait être construit dans le village voisin de Choumatanga, mais après prospection, l’équipe a constaté qu’il disposait déjà d’un atelier de couture et a finalement décidé de l’établir dans le village de Dan Fountoua qui n’en disposait pas. Il a surtout confié que, depuis l’implantation de cet atelier, ils ne partent plus en exode et ne s’absentent jamais au-delà d’une semaine, car la couture leur permet de subvenir à leurs besoins sans grande difficulté.
Les femmes du village de Gagawa, un modèle de réussite et d’insertion économique
Dans la mise en œuvre de son programme Résilience, le PAM a aussi apporté un appui considérable aux femmes du groupement Hadin Kai de Gagawa. Grâce à cet appui, ces mères ont pu asseoir une base économique qui leur permet aujourd’hui de subvenir à leurs besoins, mais aussi d’apporter un soutien financier dans leurs ménages et à leur communauté en promouvant la scolarisation et le maintien des jeunes filles à l’école.
Après avoir commencé à collaborer avec le PAM en 2016, la présidente du groupement Hadin Kai, Mme Rakia Louché, a souligné que leurs activités n’ont fait que prospérer. Devenues maîtres dans la transformation agroalimentaire, ce savoir-faire leur a valu le prix du ministre de l’Agriculture et plusieurs autres récompenses au fil des ans. Loin d’être la seule activité, ces braves femmes produisent et stockent des céréales qu’elles revendent au PAM dans le cadre de son opération « Achats locaux » qui rapporte des centaines de milliers au groupement.
Elles font également de la production et de la vente de savons, d’engrais et de semences pour élargir les sources d’entrée. Désormais, a affirmé fièrement la présidente, les quatre-vingt-seize (96) femmes du groupement peuvent protéger l’honneur de leurs ménages et de leurs époux en prenant en charge les dépenses du foyer en leur absence. Avant, dit-elle, lorsqu’ils étaient en déplacement, elles se retrouvaient dans des situations de vulnérabilité, mais depuis qu’elles ont commencé à collaborer avec le PAM, elles ont pu sortir la tête de l’eau. Elles ont à présent les moyens de prendre en charge les soins de santé et les frais de scolarisation de leurs enfants ainsi que les différentes cotisations et les frais de récréation.

La présidente Rakia Louché a raconté qu’avant, les femmes n’aimaient pas que leurs filles aillent à l’école parce que l’éducation coutait cher avec toutes les dépenses qui tournent autour des cotisations, de la tenue. Pour cela, et au vu de ce qu’elles gagnent grâce au PAM, les femmes de l’union ont décidé de supporter certaines charges des parents. Ainsi, elles ont utilisé une méthode simple qui consiste à ce que chacune des quatre-vingt-seize femmes de l’union prenne en charge la scolarisation d’une fille, y compris à l’héberger si nécessaire et, en contrepartie, ces femmes reçoivent un capital pour démarrer des activités génératrices de revenus afin de permettre à ces enfants de continuer à étudier.
Sur le plan sanitaire, elles sont dorénavant capables de supporter les frais médicaux de leurs enfants en l’absence de leurs maris. Maintenant que nous travaillons et que nous gagnons de l’argent, a noté Mme Rakia Louché, les femmes n’attendent plus, elles prennent en charge les frais d’ordonnance et les hommes sont plus ravis parce que certaines charges sont devenues plus souples, car, en leur absence, les femmes peuvent subvenir aux besoins de la famille.
Hamissou Yahaya (ONEP)
Envoyé spécial
