Me Boureima Amadou Diallo dit Me Diallo
À 18 heures précises, au moment où le soleil commence à décliner sur le campus de l’Université Abdou Moumouni de Niamey, un autre rythme s’installe. M. Boureima Amadou Marou, surnommé Maître Diallo, étudiant en Master 1 en comptabilité-contrôle-audit à la Faculté des Sciences Economiques et de Gestion, rassemble ses élèves. Ici, le kung-fu wushu n’est pas seulement un art martial, mais une discipline qui forme le caractère et guide les jeunes.
Né vers 1997 à Tassikoira, dans la commune de Say, Boureima Amadou Marou découvre le kung-fu à l’âge de 10 ans grâce à son oncle, déjà engagé dans ce domaine et aujourd’hui président de la fédération. Plus tard, à 18 ans, après avoir obtenu sa ceinture noire de taekwondo en 2015, il s’engage pleinement dans la pratique du wushu à l’Université islamique de Say, sous l’encadrement du maître Salif Koné.
Très vite, Maître Diallo comprend que le combat ne se limite pas aux techniques. « Le kung-fu wushu m’a appris la discipline, la persévérance et la confiance en moi », confie-t-il. Il a aussi été formé par le grand maître Amadou Garba Abdourahmane, dont le club porte aujourd’hui le nom AGA. D’autres maîtres ont marqué son parcours, notamment maître Youchaou, dit « le Haut Général », maître Ibrahim Saga, maître Yahaya Tourawa et maître Aminou Sani Koné.
Dans ses clubs, Maître Diallo enseigne bien plus que des techniques de combat. Les séances commencent par des étirements, suivis d’un échauffement, puis des exercices adaptés. Elles se terminent souvent par un moment de méditation, qui aide à travailler le corps et l’esprit. Pour lui, la méthode d’un bon entraîneur repose sur un principe simple, encourager sans briser et exiger sans humilier. « Je demande à mes élèves de se concentrer sur leur progression personnelle, pas sur la comparaison avec les autres », explique-t-il. Face à une jeunesse parfois impatiente, il mise sur la persévérance et la pédagogie.
Aujourd’hui, Maître Diallo dirige deux clubs à Niamey : l’un à l’Université Abdou Moumouni et l’autre près de la grande mosquée. Ensemble, ils regroupent plus d’une trentaine de pratiquants actifs, et plus de 50 inscrits depuis 2022 pour le club universitaire. Une évolution rapide pour des clubs encore récents. Le club universitaire est, selon lui, un héritage du grand maître Amadou Garba Abdourahman, considéré comme le père fondateur des clubs AGA. « C’est dans cette école qu’il a formé plusieurs champions nationaux », précise-t-il, ajoutant que certains de ses élèves ont participé à des compétitions internationales.
Le parcours de Maître Diallo est aussi marqué par plusieurs distinctions, une médaille d’argent à la 5ème édition du championnat national, des médailles d’argent aux championnats régionaux de Doutchi et de Say, ainsi qu’une médaille de bronze à Niamey. Ces résultats renforcent son ambition de voir le Niger briller à l’international dans cette discipline encore peu connue.
Selon lui, le wushu reste insuffisamment structuré. Il appelle donc à un soutien des autorités pour aider la fédération à mieux représenter le pays. « Nous avons beaucoup de talents, mais il nous manque de l’accompagnement pour faire rayonner le Niger sur les grandes scènes », souligne-t-il.
Étudiant en Master 1 et stagiaire dans une entreprise de la place, Maître Diallo arrive à concilier études, travail et encadrement sportif. Il se décrit comme une personne ouverte, attachée au respect et aux bonnes relations. À ceux qui pensent que les arts martiaux encouragent la violence, il répond que « le kung-fu est un moyen de défense, pas d’agression. Il apprend surtout à se maîtriser et peut aider à éviter certaines dérives sociales ».
Pour lui, le kung-fu wushu est avant tout « un chemin de vie qui apprend à maîtriser le corps, l’esprit et le cœur » de celui qui le pratique avec passion.
Adamou I. Nazirou, ONEP Tillabéri
