Pratique de la pêche aux alentours du fleuve Niger : L’ensablement constitue un obstacle aux pêcheurs de Niamey

Société

«Il y a un grand changement dans la pratique de la pêche à cause de l’ensablement du fleuve. Il nous faut aller tard la nuit pour pouvoir trouver quelques poissons. Certains pêcheurs s’adonnent aujourd’hui à d’autres activités plus lucratives », déclare Boubacar Saley, un pêcheur à Saga. La pêche est une des principales activités pratiquées dans la région du fleuve. Au niveau de Niamey, le fleuve est alimenté par trois affluents notamment, le Gorouol, le Dargol, la Sirba, qui apportent du poisson, mais aussi du sable. 

Selon, Siddo Amadou, un jeune qui a hérité de son père le métier, la pêche occupe peu de personnes aux alentours de Niamey parce que les eaux du fleuve ne sont pas profondes. « Avec notre pêche traditionnelle, nous nous confrontons à diverses contraintes surtout que l’ensablement empêche la reproduction des poissons. Les poissons pondent leurs œufs dans les herbes, les roches et autres endroits plus profonds du fleuve. Avec le temps, nous avons constaté que le sable est en train d’envahir la plupart de ces coins favorables à la multiplication du poisson. C’est très inquiétant », explique- t-il.

La vente du poisson lui rapportait. « Avec la pêche j’arrivais vraiment à subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille, car avant, par jour, je peux gagner jusqu’à 20 000F CFA. Mais notre seul obstacle en tant que pêcheur est l’ensablement qui nous empêche de bien vivre de notre travail »,  alerte Oumarou Saley.

Selon le président de l’Association des Pêcheurs du Niger (APN), M. Ousmane Zakari, leur organisation  existe depuis près de 50 ans. L’Association compte plus de 800 000 membres sur toute l’étendue du territoire national et environ 15 000 membres au niveau de la région de Niamey. Mais c’est le 13 décembre 1995 qu’elle a eu son arrêté d’exercice. Son objectif est de contribuer au développement du pays dans le secteur de la pêche et défendre les intérêts des pêcheurs nigériens. « Nous voulons d’ici 2025 que, le fleuve approvisionne la population en poisson frais », souhaite-t-il.

Pour Ousmane Zakari, les menaces du fleuve viennent de plusieurs facteurs ; la jacinthe d’eau, l’ensablement, la mauvaise pratique de certains pêcheurs qui captent des halieutiques, le barrage du fleuve par des filets et autres pratiques. Pour l’atteinte de leurs objectifs, le président de l’Association des Pêcheurs du Niger sollicite la contribution de l’Etat afin de redynamiser la construction des mini barrages sur les affluents. « Par exemple on peut faire deux barrages sur la Sirba. Les trois affluents du fleuve Niger apportent beaucoup de sable à travers l’érosion hydrique. Si le gouvernement arrive à les exploiter, nous allons avoir beaucoup de poissons dans le fleuve Niger. Nous avons également besoin que l’Etat continue à nous aider en empoissonnant des mares », sollicite-t-il.

En cette période d’hivernage, le poisson se fait un peu rare à cause de la crue non profonde et de l’eau boueuse du fleuve charriée par les affluents. Les pêcheurs disent que, les clients se plaignent de la cherté du produit. Le poisson devient abondant en période de chaleur et coûte moins cher, ce qui confronte les pêcheurs au  problème de conservation des produits de leur pêche. « Pendant l’étiage, le fleuve dispose beaucoup de poissons, maintenant, nous souffrons pour le rechercher », se lamente Hassoumi Garba de Saga.

La superficie exploitée au bord du fleuve connait aussi de soucis avec les propriétaires terriens qui exploitent les bords du fleuve.

« Nous avons un problème d’urbanisation avec des constructions au bord du fleuve qui parfois à l’étiage occupent une bonne partie des encablures du cours d’eau », souligne Ousmane Zakari. Selon lui, la traite de la pêche est de courte durée au bord du fleuve. Elle ne dépasse pas un mois, « c’est pourquoi, par manque de moyen, nous demandons au gouvernement de nous soutenir dans la pratique de la pisciculture. A travers l’empoissonnent des mares nous allons avoir une pêche durable dans notre pays », espère-t-il.

Le président de l’Association des Pêcheurs du Niger indique qu’à Niamey, sur les rives du fleuve, la pêche se pratique surtout à Tondibiya, kossey, Losso Goungou, Goudel, Neni Goungou, Kombo, Gawey, Gamkallé Saga, Gorou Kirey. Les superficies des points d’eau ne sont pas déterminées pour l’ensemble des mares, precise-t-il. « Nous avons besoin d’un appui de l’Etat et ses partenaires pour ce secteur afin qu’ils déploient des efforts appréciables surtout dans l’empoissonnement des points d’eaux, la formation et l’équipement de nos membres. Nous voulons bien que l’Etat nous associe dans l’élaboration des plans d’aménagement des points d’eau de la région de Niamey et dans les campagnes de sensibilisation pour le développement du secteur surtout concernant la loi portant sur la pêche », déclare-t-il. Cependant, insiste Ousmane Zakari, le développement du secteur de la pêche dans la région de Niamey, nécessite l’intensification de la lutte contre l’ensablement et des espèces végétales envahissantes.

Par Seini Seydou Zakaria(onep)