Le site de l’aménagement hydroagricole de Saguia dans l’arrondissement communal Niamey 5 a bénéficié, dans le cadre du Programme Grande Irrigation, de travaux de réhabilitation sur une superficie de 105 hectares. Ce programme exécuté par l’Office National des Aménagements hydroagricoles du Niger (ONAHA) a été initié pour booster la production agricole dans toutes les régions pour une sécurité alimentaire durable au Niger. À Saguia, ces travaux ont permis de prévenir les inondations dues à la pression des eaux du fleuve et de rendre les surfaces cultivables plus étendues. Sur le terrain, le soulagement se lit sur les visages des riziculteurs.
Nous sommes mercredi 12 Août 2026, aux environs de 10H sous un soleil accablant, quand notre équipe arrive sur le site de Saguia. La verdure des différents périmètres et l’odeur des plantations rendent le lieu agréable. Avec un accueil chaleureux, un riziculteur du nom de Mehaw Zakara nous a montré, avec prudence, le chemin à suivre pour éviter de glisser dans la boue. Depuis 1996, cet sexagénaire se consacre avec plaisir chaque année à ce travail. « Je suis un ressortissant du village de Loga et vous savez que ce travail n’existe pas là-bas. Je le fais uniquement par passion et cela me permet de nourrir ma famille. Avant je venais avec mes propres enfants mais vu la pénibilité du travail, ils ont tous abandonné pour autre chose. Avec ce travail, je garde une santé de fer malgré mon âge par la grâce de Dieu », a-t-il affirmé.

Selon lui, le Programme Grande Irrigation est d’une grande importance. « Auparavant, lors des inondations des périmètres, nous ne disposions d’aucun moyen d’évacuation des eaux. Aujourd’hui, grâce aux aménagements réalisés, nous disposons de stations de pompage qui ont été réhabilitées », a-t-il révélé.
Pour rappel, les travaux de réhabilitation ont été réalisés sur financement du budget national pour un coût global de 902 634 016 F CFA hors taxes. Ainsi, ils ont permis la réhabilitation des deux tronçons de digue d’une longueur totale de 1,8 km; la réhabilitation de l’abri de la station de pompage et la remise en état des 3 pompes ; la reprise complète de 12 km du réseau d’irrigation ; la réhabilitation du réseau de drainage ; la réhabilitation du réseau de circulation et la reprise complète du parcellaire.
A Saguia, au cours de cette campagne d’hivernage, après le repiquage, les producteurs effectuent le sarclage avant l’apport d’engrais. C’est une méthode qui permet d’enlever les mauvaises herbes qui étouffent le Riz et pour aérer la terre. « Nous réalisons deux campagnes rizicoles chaque année : la campagne d’hivernage et la campagne sèche. D’une durée de trois mois chacune, elles permettent la culture de plusieurs variétés de riz. Les plus cultivées sur ces périmètres restent le N 1, le Mey alewa, le gambiaka et le R15 », a-t-il expliqué.
Les enfants talibés, acteurs de la campagne rizicole
La campagne rizicole mobilise également des enfants talibés, souvent sollicités pour des tâches comme le sarclage et le transport. Selon Abdoul Nasser, un jeune talibé, ce travail leur permet de subvenir à leurs besoins. « Moi, je suis élève coranique. Avec mes camarades, on donne un coup de main aux riziculteurs pendant la saison. Le travail dans l’eau n’est pas facile pour des enfants. On a souvent froid et on se fait piquer. Nous ne demandons pas grand-chose : juste des conditions un peu meilleures. Des bottes, des gants, et pouvoir aller à l’école coranique sans être trop fatigués. Nous voulons apprendre et aussi aider, mais dans de bonnes conditions », a-t-il dit d’un air innocent.
Contrainte et défis de la production rizicole
Malgré leur engagement, les riziculteurs font face à plusieurs difficultés qui freinent la production. Selon M. Adamou Amadou, riziculteur à Saguia, la campagne sèche rime surtout avec manque d’eau. Au-delà de ce problème, il souligne plusieurs autres difficultés. D’abord, le coût élevé des intrants agricoles, en particulier des engrais, qui pèse lourdement sur le budget des exploitants. Ensuite, l’insuffisance de matériels agricoles modernes, ce qui rend le travail plus pénible et moins productif. Enfin, il évoque la présence d’anguillules dans les eaux des rizières. Ce parasite aquatique, qui pique au contact de la peau, a pour conséquence de décourager fortement la main d’œuvre et de compliquer l’exécution des travaux. « Ces derniers temps, à cause d’une blessure de mon pied, je ne peux pas me permettre de rentrer dans l’eau car si l’anguillule me pique, j’aurai encore plus mal. Nous souffrons dans la production et la population ne s’intéresse pas véritablement au riz local », a-t-il déploré.

Malgré ces nombreuses contraintes, les riziculteurs de Saguia se fixent de nouveaux défis pour améliorer la production. « Nous reconnaissons certes les efforts de l’Etat, mais la lutte continue. Nous avons encore besoin d’autres choses prioritaires. D’abord, nous avons besoin qu’on nous fournisse une gamme de variétés de riz pour diversifier et améliorer les rendements. Ensuite, nous avons besoin de matériels agricoles pour la culture du riz. Nous plaidons également pour le ‘’consommons local’’. C’est le meilleur moyen de valoriser les produits locaux et de donner plus de débouchés aux producteurs », a souligné le riziculteur Hama Tahirou.
Salima H. Mounkaila (ONEP)
