Hamma HAMADOU
Il y a, à tort ou à raison, un rejet fanatique de l’effort, du mérite et des élites qui traverse actuellement notre société.
Cette observation, aussi brutale soit-elle, mérite que nous nous y arrêtions. Derrière les cris et les slogans, se cache une logique qu’il faut oser nommer pour mieux la dépasser : la croyance que la richesse, la réussite ou le savoir sont nécessairement pris à quelqu’un d’autre. Comme si le gâteau était unique et que toute part gagnée par l’un était automatiquement volée à l’autre. Comme si l’ambition était un péché et le talent un privilège indu.
Eh bien, les périodes de déclin coïncident souvent avec une perte de confiance dans le progrès et l’effort. Nous devons refuser cette logique mortifère. Il nous faut donc nous remettre à l’endroit :
1. Refuser l’apologie de la médiocrité
Se remettre à l’endroit, c’est d’abord réhabiliter l’effort. Non pas l’effort pour l’effort, dans une vision doloriste et punitive, mais l’effort comme chemin nécessaire vers l’excellence et l’accomplissement de soi. Une société qui méprise l’effort est une société qui condamne ses enfants à la stagnation. Nous proclamons que le travail, la persévérance et la discipline sont les moteurs de toute émancipation.
2. Réhabiliter le mérite sans en faire une arme
Se remettre à l’endroit, c’est ensuite défendre le mérite, mais un mérite exigeant et inclusif. Le mérite, ce n’est pas l’apanage d’une caste héritière. C’est la reconnaissance de la valeur de celui qui se lève tôt, de celle qui innove, de celui qui apprend, de celle qui se dépasse. Mais soyons lucides : pour que le mérite parle à tous, il faut que les points de départ soient plus justes. Défendre le mérite, c’est aussi se battre pour que chacun ait les moyens de le faire valoir, que l’on refuse l’assistanat intellectuel.
3. Reconquérir l’idée d’élite
Se remettre à l’endroit, c’est enfin refuser la confusion mortelle entre « élite » et « privilège ». Une élite qui se referme sur elle-même devient une oligarchie. Mais une société sans élites, sans ces femmes et ces hommes qui poussent plus loin la connaissance, l’audace et la création, est une société qui s’effondre. Nous voulons des élites ouvertes, des élites qui prennent des risques, qui créent de la valeur, qui tirent la société vers le haut et qui assument la responsabilité qui vient avec le savoir et le pouvoir. Des élites qui comprennent que leur réussite est aussi une dette envers la collectivité.
À l’inverse de la logique du « prendre », opposons la logique du « créer ».
Le problème n’est pas le mérite, mais le manque d’égalité des chances pour y accéder. Ce que l’on gagne par son talent et son travail n’est pas volé ; cela devient un exemple, un investissement, une source d’inspiration et d’emplois pour les autres. La richesse n’est pas un stock fixe que l’on se dispute, mais un flux que l’on génère ensemble.
Alors, ensemble, retournons-nous !
Refusons la facilité du ressentiment. Choisissons la fierté de l’ouvrage bien fait. Cessons de regarder avec suspicion ceux qui réussissent, et regardons avec espoir ceux qui commencent.
Il est temps de remettre la société à l’endroit : celui de l’ambition collective et de la responsabilité individuelle. Avec le talent vient le devoir de servir et d’entreprendre pour les autres.
Hamma HAMADOU
