Des talibés dans une école coranique traditionnelle
Venus des villages pour l’apprentissage du Coran (livre saint de l’islam), les enfants talibés ou élèves des écoles coraniques sont de plus en plus visibles dans les rues de Niamey. Majoritairement âgés de 5 à 20 ans, ils se retrouvent souvent livrés à eux-mêmes arpentant les rues à la recherche de quoi manger.
Il est 8h du matin au quartier Saguia, ce samedi. La poussière voile les rayons du soleil. Sur un terrain sablonneux, de jeunes garçons talibés, vêtus des boubous usés jouent, leurs rires et cris se mêlent au souffle du vent. Ibrahim, l’un d’eux nous explique son parcours. « Je viens de la région du fleuve et cela fait maintenant 6 ans que je suis à Niamey. J’ai refusé d’étudier au village et mes parents ont jugé utile de m’envoyer en ville pour apprendre à lire le Coran et à écrire. Présentement, j’ai beaucoup appris dans la religion musulmane et c’est une grande fierté pour ma famille et un espoir pour ma vie de l’au-delà », a-t-il indiqué. Selon ce jeune talibé, les apprentissages coraniques se font dans la matinée, l’après-midi après la prière de 16h et dans la soirée vers 21h. « Nous nous réunissons autour de notre maître qui nous corrige et nous apprend à mémoriser certains versets du Coran. C’est une activité qui demande beaucoup de patience et de courage », a-t-il rappelé.
Toutefois, Ibrahim déplore le comportement de certains de ses confrères talibés qui s’adonnent à la mendicité forcée. « Depuis le jour où j’ai failli être attrapé par les policiers qui faisaient une rafle dans le quartier, j’ai décidé de chercher un travail fixe en dehors de mes heures d’apprentissage. Chaque matin, quand je finis la lecture du Coran avec notre maître, je me rends chez mon patron pour faire les travaux domestiques. Cela me permet non seulement d’avoir de la nourriture sans pour autant mendier, mais aussi d’avoir un revenu de cinq mille (5 000) francs CFA à la fin du mois », précise-t-il.
Quant à Habou, un autre talibé, vendeur de « pure water », il appelle ses autres confrères à faire comme eux. « Si tous les talibés réfléchissaient comme moi, on n’allait jamais avoir de problème avec nos autorités. On a tout ce qu’il faut pour travailler, donc pourquoi ne pas se débrouiller au lieu de mendier partout dans les rues ou voler ? », a-t-il dit.
Pour le sociologue communicateur Alou Ayé, le nombre pléthorique de talibés que prennent les maîtres (marabouts coraniques) fait qu’ils ont du mal à s’occuper d’eux. Selon lui, ces enfants sont amenés en ville pour acquérir le savoir sans être distraits par quoi que ce soit. « Mais le problème est qu’une fois en ville, le marabout n’a pas assez de moyens pour prendre en charge tous ces enfants talibés. À chaque heure de repas, ces enfants partent de concession en concession à la quête de leur subsistance », a-t-il expliqué.
Le sociologue affirme également que les marabouts sont en train de faillir dans leur rôle d’éducateurs. « De plus en plus, on constate que beaucoup de ces talibés sont abandonnés et obligés de chercher la nourriture par tous les moyens. Ils sont tentés par le vol, la prise de stupéfiants. Il y a aussi les risques d’accidents, de maladies et ils sont des proies faciles dans le trafic des enfants », a-t-il énuméré.
Pour sa part, le prédicateur oustaz Moustapha Ahoumadou explique qu’en islam, le talibé est un apprenant des versets coraniques. « Il y a deux types de talibés. Le premier, c’est celui qui étudie sous la surveillance de ses parents et le deuxième, c’est celui qu’on envoie dans une autre localité pour l’apprentissage. L’islam encourage l’acquisition du savoir et la recherche de la connaissance. L’école coranique constitue cette école qui te donne la science, le savoir et la garantie par rapport à la foi et à la bonne pratique de la religion », a-t-il dit avant d’indiquer que la religion condamne fermement l’exploitation et la maltraitance des enfants, y compris celle des talibés. En outre, oustaz Moustapha Ahoumadou invite les maîtres à sensibiliser les enfants talibés sur les dangers de la mendicité. « Les talibés imitent souvent leur maître ; au retour, eux aussi doivent être un exemple de vertu et de moralité », a-t-il conclu.
Salima H. Mounkaila (ONEP)
