Bien qu’abondante sur place...
Dans le village de Muddick, situé dans l’arrondissement communal Zinder 4, l’eau est à la fois une richesse et une source de préoccupation. Dans cette localité connue pour ses activités agricoles et maraîchères, la remontée de la nappe phréatique observée ces dernières années suscite des interrogations au sein de la population. Les habitants craignent notamment que l’eau du puits, principale source d’approvisionnement du village, ne se mélange à celle provenant directement de la nappe phréatique, ce qui pourrait altérer sa qualité.
À cheval entre la mare et le jardin, les puits constituent un lieu de rassemblement quotidien. Dès les premières heures de la matinée, des habitants s’y rendent pour puiser de l’eau et remplir les nombreux bidons jaunes qui servent au transport. Ces récipients sont ensuite chargés sur des charrettes ou transportés à la main vers les habitations et les champs environnants.
La scène est devenue familière à Muddick. Des hommes et des jeunes sans distinction d’âge s’activent autour du point d’eau, tandis que d’autres attendent leur tour. L’eau collectée est destinée aussi bien à la consommation domestique qu’à l’irrigation des cultures maraîchères qui font la réputation agricole du village. Pour les habitants, ces puits sont bien plus qu’un simple point d’eau. Ils représentent une ressource vitale sans laquelle la vie quotidienne serait difficile. Cependant, la remontée progressive de la nappe phréatique inquiète de plus en plus certains villageois qui redoutent une dégradation de la qualité de l’eau.

Hassan Daouda, maraîcher natif de Muddick depuis plusieurs décennies, observe attentivement les changements qui affectent les ressources hydriques du village. « Nous utilisons ce puits depuis longtemps. C’est grâce à cette eau que nous pouvons boire, cuisiner et souvent arroser nos cultures au cas où la mare se retire. Mais depuis quelques années, nous avons remarqué que le niveau de l’eau monte rapidement. Parfois, l’eau devient un peu trouble, et nous nous demandons si elle ne se mélange pas avec celle de la nappe phréatique », explique-t-il.
Autour du puits, l’activité ne s’arrête jamais. Les charrettes chargées de bidons remplis circulent régulièrement entre le point d’eau et les parcelles agricoles situées à proximité. Les habitants doivent parfois effectuer plusieurs allers-retours par jour pour satisfaire les besoins en eau des ménages et des jardins. Dans cette zone rurale, l’agriculture constitue la principale source de revenus. Les habitants exploitent les terres fertiles situées autour des points d’eau pour produire diverses cultures maraîchères. On y retrouve notamment de la laitue, du chou, de la tomate, du céleri, du persil ou encore de la menthe. Ces productions sont vendues sur les marchés locaux et contribuent à l’économie des familles. Pour cette raison, l’accès à l’eau reste une question centrale pour les habitants.

Massaoudou, un autre habitant du village qui transporte régulièrement de l’eau à l’aide de sa charrette, tire son épingle du jeu. « Chaque jour, nous venons ici chercher de l’eau pour nos familles. Parfois, lorsque la nappe remonte, l’eau du puits change légèrement de couleur ou de goût. Mais nous espérons que des solutions seront trouvées pour protéger ce puits. C’est grâce à cette activité que je m’en sors et j’arrive à subvenir à mes besoins et aux besoins de ma famille », affirme-t-il.
La proximité entre les champs maraîchers et les points d’eau accentue également les inquiétudes. Les activités agricoles nécessitent une utilisation régulière de l’eau, et certaines pratiques peuvent favoriser l’infiltration de substances dans le sol. Les habitants évoquent également les effets des saisons sur le niveau de l’eau. Pendant certaines périodes, notamment après les pluies, l’eau peut apparaître plus abondante dans les puits. Si cette situation peut être perçue comme un avantage pour l’irrigation, elle soulève aussi des interrogations quant à la qualité de l’eau destinée à la consommation.
Malgré ces appréhensions, la population de Muddick continue de s’organiser pour faire face aux défis quotidiens liés à l’approvisionnement en eau. La solidarité communautaire joue un rôle essentiel dans cette organisation. Il n’est pas rare de voir plusieurs habitants collaborer pour transporter les bidons ou aider à remplir les charrettes. Les jeunes participent souvent à ces tâches, contribuant ainsi à l’effort collectif nécessaire pour maintenir l’accès à l’eau et tirer leur épingle du jeu.

Dans ce contexte, plusieurs habitants expriment le souhait de voir les autorités et les partenaires au développement accompagner les communautés rurales dans la gestion durable de leurs ressources hydriques. « Nous avons besoin d’un soutien pour améliorer nos installations. Si le puits est bien protégé, nous serons plus rassurés sur la qualité de l’eau que nous buvons bien que cette eau là que nous consommons, il nous faille la bouillir avant toute consommation », précise Hassan Daouda.
À Muddick, la question de l’eau dépasse ainsi le simple cadre de l’approvisionnement quotidien. Elle touche à la santé des populations, à la sécurité alimentaire et à la stabilité économique du village.
Rabiou Dogo, ONEP Zinder
