Dr Kamayé Maazou, Secrétaire Exécutif du Conseil National pour l’Environnement et le Développement Durable(CNEDD) : « Le Président de la République a manifesté une forte volonté politique, a tracé le cap et fixé les indicateurs »

Invite de sahel dimanche
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La COP 15 vient de se tenir à Abidjan en Côte d’ivoire. Quels sont les thèmes phares qui ont été débattus au cours de cette rencontre ?

Permettez-moi de prime abord, de vous remercier de l’occasion que vous m’offrez pour entretenir le grand public sur la COP15 de la Convention des Nations Unies sur la Lutte contre Désertification (CNULCD). Je voudrais en profiter pour relever cette redondance pour dire que « COP » est une abréviation de l’expression anglaise « Conference Of Parties » en français « Conférence des Parties » en abrégé « CdP ». Le mot partie désigne tout pays ayant signé et ratifié la Convention. Le chiffre 15 indique le nombre de fois que la COP/CdP s’est tenue depuis la mise en œuvre  de la Convention. Cela vaut la même chose pour les Conventions sur les Changements Climatiques, la Diversité Biologique et autres Accords Environnementaux Multilatéraux.

Ceci dit, pour vous répondre, l’une des premières questions à traiter lors d’une COP est le bilan de la mise en œuvre de la COP précédente, ensuite viennent d’autres sujets d’intérêts majeurs. Pour le cas présent, il s’agit entre autres des prochaines étapes pour faire progresser la neutralité en matière de dégradation des terres (NTD) en tant que solution importante pour le développement durable pour tous et dans le contexte de la Décennie des Nations Unies pour la restauration des écosystèmes ; des sécheresses : l’évolution du programme de lutte contre la sécheresse de la CNULCD ; les outils de soutien technique et financier, cadres politiques/juridiques, collaboration interinstitutionnelle et orientations scientifiques et politiques ; du renforcement du lien entre la mise en œuvre de la Convention et les mesures visant à lutter contre les changements climatiques, la perte de biodiversité, la sécurité alimentaire, les liens entre zones urbaines et rurales, la création d’emplois et la consommation et la production durables ; des ressources notamment financières pour la préparation et la mise en œuvre de la Convention notamment les cadres stratégiques efficaces et efficients de lutte contre la désertification et les sécheresses ; du genre, particulièrement la feuille de route pour la mise en œuvre du plan d’action sur le genre de la Convention et la poursuite de l’intégration de la dimension de genre dans les activités de la désertification, la dégradation des terres et les sécheresses (DDTS) ; du régime foncier notamment les engagements volontaires à intégrer les considérations relatives au régime foncier dans les projets et plans de la DDTS en plus de la sensibilisation et l’orientation pour l’intégration des considérations foncières dans les activités de la DDTS ; des tempêtes de sable et de poussières tellement importants pour la santé, la sécurité alimentaire et nutritionnelle, etc., la mise au point d’outils et la collaboration pour lutter contre ces phénomènes à l’échelle nationale et régionale ; des voies pouvant faciliter davantage la participation des Organisation de la Société Civile (OSC) et le développement d’une stratégie jeunesse pour la mise en œuvre efficace de la Convention ; de la  participation du secteur privé dans la mise en œuvre de la Convention : mise en œuvre continue de la stratégie du secteur privé ; de la promotion d’emplois décents liés à la terre; de la promotion de l’utilisation durable des terres et des chaînes de valeur.

Le Niger a marqué sa présence de manière significative à cette rencontre, avec notamment une allocution du Chef de l’Etat. Quelle importance revêt ce rendez-vous pour notre pays?

Ce rendez-vous revêt une telle importance pour notre pays qu’il a suscité le déplacement de Son Excellence Monsieur MOHAMED BAZOUM, Président de la République, Chef de l’Etat. Plus que nous, le Président de la république a décrit les enjeux pour notre pays dans son discours prononcé à Abidjan le 9 mai 2022 lors de la COP15. En effet, le Président de la république disait à l’occasion : « Le thème central de la COP15 à savoir « Terre. Vie. Héritage : de la rareté à la prospérité », appelle donc de notre part à plus d’engagement et de prise de conscience, pour adopter des modes de production et de consommation solidaires et durables afin de léguer aux générations futures des terres fécondes, productives et porteuses de vie. Mon vœu le plus ardent est de voir le présent Sommet proposer des solutions outillées en vue de donner plus de sens et de contenus opérationnels à la « Décennie de la Restauration des Ecosystèmes 2021-2030 » adoptée par les Nations Unies. L’Initiative de la Grande Muraille Verte, à cet égard est une opportunité pour contribuer efficacement à la réalisation des ambitions de la « Décennie de la Restauration des Ecosystèmes 2021-2030 » et de la Table Ronde de Paris de janvier 2021. A cet effet, j’encourage fortement la mutualisation des efforts de l’Agence de la Grande Muraille Verte et de la Commission Climat pour la Région du Sahel, que le Niger a l’honneur de présider, dans le cadre de la lutte contre la désertification, le changement climatique et de préservation de la biodiversité. »

La dégradation des terres est une préoccupation planétaire. Quel est l’ampleur de ce phénomène au Niger?

Effectivement la désertification, la dégradation des terres et les sécheresses demeurent une préoccupation planétaire. Ce sont des problèmes d’envergure mondiale aux dimensions naturelles et humaines qui menacent un tiers de la superficie des terres émergées du globe soit plus de 4 milliards d’hectares, et pourraient affecter les moyens de subsistance d’environ 1.2 milliard de personnes (soit 20% de la population mondiale) qui dépendent de la terre pour la plupart de leurs besoins et qui appartiennent aux classes sociales les plus pauvres et les plus vulnérables au monde.

On observe actuellement une tendance haussière de l’ampleur de la désertification avec presque 12 millions d’hectares qui sont perdus annuellement à travers le monde (ce qui correspond à 23 hectares chaque minute). Ce qui génère d’énormes pertes financières qui s’estiment à une valeur égale à 42 milliards de dollars américains par an. Aussi, on prévoit dans les décennies à venir la migration forcée de près de 200 millions de personnes sous les effets combinés de la dégradation des terres et les changements climatiques avec pour corollaire le déclenchement des rivalités et conflits ainsi que l’aggravation de l’insécurité.

C’est dans ce sillage que les débats se sont déroulés durant la COP 15 et se sont articulés autour du thème « Terres, vie et patrimoine : de la rareté à la prospérité », avec une attention particulière sur la lutte contre les sécheresses et la réhabilitation des terres dégradées.

Selon certaines données scientifiques, notre pays perd chaque année environ 100 000 hectares de terres cultivables. Cette perte est principalement causée par l’ampleur de la croissance démographique qui nécessite une augmentation sans cesse de la surface d’occupation du territoire conjuguée à d’autres phénomènes pernicieux comme la désertification, les sécheresses et les changements climatiques.

Quelles sont les solutions que la COP15 envisage pour remédier à ce problème de dégradation des terres?

En résumé la COP15 de la CNULD a adopté 38 décisions pour améliorer la résilience aux sécheresses, réduire la dégradation des terres et investir dans les efforts de restauration des terres. Plus spécifiquement, les parties se sont accordées à accélérer la restauration d’un milliard d’hectares de terres dégradées d’ici 2030 grâce à l’amélioration de la collecte, de la surveillance et de la communication des données ; à renforcer la résilience à la sécheresse en améliorant un nouveau modèle de partenariat pour les programmes d’investissement intégrés à grande échelle dans le paysage ; à améliorer les politiques nationales et l’alerte précoce, le suivi et l’évaluation, en particulier en ce qui concerne les tempêtes de sable et de poussière et la sécheresse ; à améliorer les efforts autour du renforcement des capacités, du partage des connaissances et des leçons, et de la coordination de ces efforts au niveau régional ; à établir un groupe de travail intergouvernemental sur la sécheresse pour 2022-2024 afin de soutenir le passage d’une gestion réactive à une gestion proactive de la sécheresse ; à améliorer la participation des femmes à la gestion des terres en garantissant un régime foncier sûr et en collectant des données ventilées par sexe sur les impacts de la désertification, de la dégradation des terres et de la sécheresse ; à élaborer des politiques visant à réduire l’impact et l’occurrence des tempêtes de sable et de poussières grâce à l’alerte précoce, à l’évaluation des risques et à la réduction des causes d’origine humaine ; à assurer de plus grandes synergies entre les trois Conventions de Rio, y compris des complémentarités dans la mise en œuvre de ces traités grâce à des solutions fondées sur la nature et à la définition d’objectifs au niveau national et  à renforcer la participation des organisations de la société civile et des jeunes aux travaux et aux réunions de la CNULCD.

D’autre part, une Déclaration dite Initiative d’Abidjan a été adoptée lors du Sommet des Chefs d’Etat et de Gouvernements tenu le 9 mai. Cette Déclaration qui s’articule autour de quatre axes, vise à mobiliser 1,5 milliard de dollars américains sur cinq ans afin de lutter contre la déforestation, restaurer les forêts dégradées et promouvoir l’agroforesterie ; d’assurer la sécurité alimentaire par une intensification durable de la production alimentaire ; de rendre les chaînes de valeur existantes plus durables sans désertification et d’identifier de nouvelles chaînes de valeur résilientes au changement climatique.

Qu’est-ce qu’il faut faire au niveau local pour endiguer ce phénomène ?

Au plan national, le Niger a élaboré plusieurs documents de politique, stratégies, plans et programmes conformément aux Accords Multilatéraux sur l’Environnement (AME). Au niveau local, ces initiatives se traduisent par la mise en œuvre des programmes, projets et actions de développement, de la résilience socio environnementale à travers l’amélioration de la production agrosylvopastorale et halieutique et de restauration, de conservation et de sécurisation foncière des terres.

Pour être plus concret, le Président de la République, Son Excellence Monsieur MOHAMED BAZOUM a manifesté une forte volonté politique, a tracé le cap et fixé les indicateurs : planter 500 millions d’arbres chaque année et de restaurer 1 million d’hectares de terres dégradées, en vue de séquestrer 2,5 millions de Tonnes Equivalent Carbone.

Aussi, notre pays a signé la lettre politique en matière de Neutralité de la Dégradation des Terres (NDT) dans laquelle il s’engage à atteindre d’ici à 2030, la NDT, à réduire les superficies dégradées de 9% à 5% et augmenter de 17% à 19% la couverture végétale en vue d’améliorer de façon durable les conditions de vie des populations. De manière spécifique, il s’engage à  restaurer 44% (4 440 000 ha) sur environ 10 760 000 ha de terres dégradées ; à réduire à 2% (252 000 ha) la superficie des terres cultivées présentant une tendance négative de productivité primaire nette ; à réduire de 1% (100 000 ha) à 0% le taux annuel de conversion des forêts/savanes/zones humides en d’autres types d’occupation ; à mettre un terme à l’ensablement et l’érosion hydrique (ravinement) le long du fleuve Niger ; à séquestrer 292 000 tonnes de carbone dans le sol et/ou la biomasse par les bonnes pratiques agro-forestières (brise vent, haies vives, régénération naturelle assistée, banque fourragère, banque alimentaire, etc.).

Par Oumarou Moussa(onep)