Ces tricycles et taxis-motos desservent de centre-ville ...
Dès les premières heures de la matinée à Dosso, le bruit des moteurs donne le ton de la journée. Sur les grandes artères comme dans les quartiers périphériques, les tricycles appelés Adeydeyta et les taxis-motos (Kabou-Kabou) circulent sans arrêt. Ils transportent toutes sortes de passagers (élèves, femmes, parfois même des malades venant des villages ou même de la ville vers les centres de santé) et des bagages. Derrière chaque guidon, il y a souvent un jeune qui cherche dignement à gagner sa vie. Dans une ville où les opportunités d’emplois restent limitées, le transport intra-urbain est devenu bien plus qu’un simple service de déplacement.
Avec l’extension de la ville et les besoins quotidiens de déplacement, ces moyens de transport se sont imposés comme une solution rapide, accessible et indispensable pour la population. Pour beaucoup de jeunes, ce métier n’est pas un choix de confort, mais une nécessité. Certains y entrent après avoir quitté l’école, d’autres après plusieurs années de chômage. Beaucoup y voient une activité pouvant leur permettre de subvenir à leurs besoins, d’aider leurs familles ou de construire progressivement leur avenir.
Organiser la pratique de l’activité pour la sécurité des usagers
Pour mieux encadrer leurs activités, les conducteurs de tricycles se sont organisés dans un syndicat. Devant le siège de leur syndicat, servant de point de rencontre, Mahamadou Madougou, président du syndicat des Adeydeyta de Dosso, suit attentivement les mouvements des conducteurs. Il explique que la commune urbaine de Dosso compte 987 tricycles officiellement recensés. Le syndicat, lui, a vu le jour pendant les festivités du 18 décembre 2014, au moment où l’activité commençait à prendre forme. Selon lui, avant même de commencer le métier, chaque conducteur doit venir informer le syndicat de son désir d’exercer.

Le futur conducteur doit fournir ses papiers d’identité pour obtenir une carte de membre. Cette carte lui permet ensuite d’obtenir un numéro de portière auprès de la municipalité, sans lequel il ne peut exercer.
Cette organisation permet aussi de mieux sécuriser les clients et de limiter certains abus. Lorsqu’un passager oublie un bagage ou un objet dans un tricycle, il peut venir faire une déclaration directement au niveau du syndicat. « Grâce au numéro, nous pouvons identifier facilement le conducteur concerné. Il arrive que certains conducteurs ramènent eux-mêmes les objets oubliés. Mais dans d’autres cas, les bagages peuvent être emportés par d’autres passagers sans que le conducteur ne s’en rende compte », précise Mahamadou Madougou.
Progressivement, l’activité a dépassé les limites de la ville. Aujourd’hui, plusieurs Adeydeyta desservent Mokko, Birni N’Gaouré et d’autres localités voisines. Pour mieux suivre ces déplacements, des délégués ont été placés aux sorties de la ville afin de recenser les départs. Malgré ces longues distances, le tarif normal d’une course dans la commune urbaine reste fixé à 200 francs CFA, avec quelques exceptions à 300 francs CFA selon la distance.

Le chargé de sécurité adjoint du syndicat des Adeydeyta, Aouta Dan Hajia, lance un appel à l’endroit des clients et des passagers afin qu’ils prennent davantage de précautions lorsqu’ils empruntent les tricycles de transport urbain. Selon lui, plusieurs cas de pertes d’objets sont enregistrés chaque jour, mais les recherches deviennent compliquées parce que les usagers ne retiennent pas le numéro du conducteur qui les a transportés. « Très souvent, un client vient nous voir pour dire qu’il a oublié son téléphone, son sac ou d’autres affaires dans un Adeydeyta. Mais lorsqu’on lui demande le numéro de portière du conducteur, il répond qu’il ne le connaît pas. Pourtant, ce numéro est très important », a-t-il expliqué. Pour lui, ce simple réflexe peut grandement faciliter les recherches et permettre de retrouver rapidement les objets oubliés. « C’est pour cette raison que nous obligeons tous les conducteurs qui veulent exercer cette activité à obtenir un numéro avant de commencer le travail. En cas de problème, si le client apporte ce numéro, nous pouvons immédiatement identifier le conducteur, l’appeler et, s’il ne répond pas, mobiliser nos éléments pour le rechercher partout dans la ville jusqu’à le retrouver », a-t-il assuré.
Selon Aouta Dan Hajia, plusieurs objets perdus ont déjà été récupérés grâce à ce système d’identification. Malheureusement, dans la plupart des cas, les passagers ne prêtent pas attention au numéro inscrit sur les engins. « Par jour, nous pouvons recevoir jusqu’à dix déclarations de perte, mais aucun des plaignants n’est capable de donner le numéro du conducteur qui l’a transporté. Dans ces conditions, il devient difficile d’agir efficacement », a-t-il regretté.
Le délégué estime que cette situation crée parfois des incompréhensions entre les usagers et le syndicat des conducteurs. « Les populations accusent souvent le syndicat de ne pas bien faire son travail, alors que certains clients ne nous facilitent pas la tâche. Si chacun prenait l’habitude de noter le numéro du conducteur avant de monter, beaucoup de problèmes seraient rapidement résolus », a-t-il expliqué.

Pour cela, il juge nécessaire de renforcer les campagnes de sensibilisation auprès des populations. Prendre le numéro de l’engin doit devenir un réflexe pour chaque client avant tout déplacement, indique-t-il.
Une collaboration avec les forces de l’ordre
Au-delà des questions liées aux objets perdus, Aouta Dan Hajia a également évoqué le rôle important que jouent les conducteurs dans le contexte sécuritaire actuel. Il a salué la bonne collaboration qui existe entre les conducteurs des Adeydeyta et les forces de l’ordre. Cette coopération, explique-t-il, permet souvent de retrouver rapidement certains conducteurs recherchés ou d’aider dans des enquêtes liées à la sécurité. Au sujet de la situation sécuritaire dans plusieurs localités de la région, Aouta Dan Hajia lance un appel aux conducteurs afin qu’ils fassent preuve de vigilance et de responsabilité dans l’exercice de leur métier. «Aujourd’hui, dans certaines zones, les motos ne circulent plus à cause de l’insécurité. Beaucoup de personnes sont donc obligées d’utiliser les Adeydeyta pour leurs déplacements. Les conducteurs doivent être vigilants, prêter attention aux courses suspectes et aider les forces de l’ordre en cas de besoin ou lors des recherches d’individus suspects. La sécurité est l’affaire de tous », a-t-il déclaré. Aouta Dan Hajia a également appelé à plus de respect entre clients et conducteurs.
Malgré les contraintes, l’activité fait vivre des familles
Derrière cette organisation impeccable, le quotidien des acteurs est loin d’être facile. Le premier problème évoqué par le syndicat concerne les conducteurs clandestins qui exercent sans numéro officiel. Pour Mahamadou Madougou, le président du syndicat, cette situation représente un danger, aussi bien pour les clients que pour l’image de la profession. «Nous procédons à la saisie du tricycle. Cela ne plaît pas toujours, mais c’est nécessaire », affirme-t-il.

Le syndicat travaille également en étroite collaboration avec la police. En cas de contrôle, de litige ou même d’accident, il peut intervenir pour accompagner les conducteurs, surtout lorsqu’ils sont en règle. Selon lui, environ 78 % des conducteurs disposent aujourd’hui de papiers à jour.
Au-delà du contrôle administratif, le syndicat joue aussi un rôle social important. Lorsqu’un accident survient, une caisse de solidarité permet d’apporter un premier soutien. Chaque conducteur verse 200 francs CFA par semaine dans ce fonds commun, utilisé pour la prise en charge des premiers soins. Cependant, la plus grande préoccupation reste les charges administratives. Le président du syndicat évoque notamment la patente annuelle pour les tricycles qui est fixée à 52 000 francs CFA, identique à celle payée par certains véhicules de transport en commun qui font beaucoup plus de recettes que les Adeydeyta. Pour lui, cette situation mérite d’être revue. « Les papiers coûtent cher, les besoins familiaux aussi. Il faut revoir cela », plaide-t-il.
Nassirou, conducteur de Adeydeyta depuis plusieurs années, raconte son parcours avec beaucoup d’émotion. «Avant de commencer ce travail, je faisais de petits boulots qui ne me permettaient pas de subvenir correctement aux besoins de ma famille. Il y avait des jours où je pouvais rentrer à la maison sans rien gagner », raconte-t-il. Avec le temps, Nassirou a décidé de se lancer dans le transport intra-urbain après avoir constaté que les déplacements devenaient de plus en plus fréquents dans la ville, notamment entre le marché, les quartiers périphériques et le centre-ville. «J’ai vu que les gens avaient vraiment besoin de moyens de déplacement rapides confortables et accessibles. C’est ce qui m’a motivé à tenter ma chance dans ce métier », explique-t-il. À ses débuts, le jeune conducteur ne possédait pas son propre engin. « Je louais le Adeydeyta d’un autre propriétaire. Chaque soir, il fallait d’abord payer la recette avant même de penser à ce qui me restait. Ce n’était pas facile, mais j’ai persévéré », se souvient-il. Grâce aux économies réalisées au fil des années et au soutien de quelques proches, Nassirou a finalement réussi à acheter son propre Adeydeyta. « Aujourd’hui, je travaille à mon compte et cela a beaucoup changé ma vie. Quand on est propriétaire de son engin, on sent une certaine liberté parce qu’on travaille directement pour sa famille », affirme-t-il avec fierté.
Chaque journée de travail commence très tôt pour lui. « Mes premiers clients sont généralement des commerçantes qui vont au marché, des élèves ou des travailleurs qui veulent arriver à l’heure », explique le conducteur. La journée se poursuit parfois jusque tard dans la soirée, surtout lorsqu’il y a des cérémonies ou de grandes activités en ville.
Selon Nassirou, ce métier demande beaucoup de patience et d’endurance. « On passe toute la journée sur la route, sous le soleil, la poussière et parfois même la pluie. Ce n’est pas un travail facile », dit-il. Malgré ces difficultés, cette activité lui permet aujourd’hui de subvenir aux besoins de sa famille. « En moyenne, je peux gagner autour de 10 000 francs CFA par jour quand l’activité marche bien. Certains jours, surtout quand il y a moins de clients, je gagne environ 8 000 francs », confie-t-il.
Malgré les difficultés, Nassirou reste attaché à son métier. « Aujourd’hui, je suis fier de ce que je fais. Ce n’est peut-être pas un travail facile, mais c’est un métier digne qui me permet de vivre honnêtement et de prendre soin de ma famille », souffle t-il.
Pour lui, le transport intra-urbain est devenu indispensable dans la ville de Dosso. « Beaucoup de personnes dépendent aujourd’hui des Adeydeyta pour leurs déplacements quotidiens. Ce métier aide aussi énormément les jeunes qui n’ont pas trouvé un emploi stable. Certains arrivent même à soutenir leurs parents », souligne-t-il.
Les taxis-motos, l’autre refuge de la jeunesse
Les conducteurs de taxis-motos(deux roues) vivent presque la même réalité. Ici aussi, le secteur attire de nombreux jeunes en quête de revenus. Abdoulaye Mamoudou, président du syndicat des Moto-Taxi Kabou Kabou de Dosso, explique que près de 700 conducteurs se sont enregistrés officiellement. Comme pour les Adeydeyta, l’accès au métier obéit à certaines règles. Il faut présenter une copie du permis de conduire, payer 9 500 francs CFA pour les frais d’adhésion au syndicat, la tenue réglementaire et l’obtention d’un numéro officiel. « Sans permis, sans tenue et sans numéro, personne n’est autorisé à exercer », insiste-t-il.
Le syndicat intervient surtout lorsque les droits des conducteurs sont bafoués, notamment lors des contrôles routiers. « Quand nous savons que le conducteur n’est pas en tort, nous intervenons », explique-t-il. Mais pour lui, le problème ne vient pas toujours des conducteurs. Il pointe surtout la responsabilité de certains propriétaires des engins.

Beaucoup achètent des motos sans assurance, sans aussi vérifier si le conducteur à qui ils confient les motos possède un permis et sans réellement se soucier de ses conditions de travail. « Ils peuvent acheter une moto à 500 000 francs sans prendre une assurance de 25 000 francs », regrette-t-il.
Si les taxis-motos restent aussi nombreux, c’est aussi parce qu’ils sont accessibles à presque toute la population. « Même avec 100 francs CFA, on peut être transporté », explique Abdoulaye Mamoudou. Cette simplicité fait de cette activité un véritable soutien pour les habitants, mais aussi une source de revenus importante pour de nombreuses familles. Comme chez les conducteurs de tricycles, une caisse de solidarité existe également pour ceux des taxis-motos. Chaque lundi, les conducteurs doivent verser 100 francs CFA afin de bénéficier d’un appui en cas de mariage, baptême ou autre événement social. Par contre, ceux qui ne cotisent pas ne peuvent pas bénéficier de cette aide.
A Dosso, les Adeydeyta et les taxis-motos ne sont pas seulement des moyens de transport, ils participent à l’animation de la vie économique et constituent un espace d’insertion pour la jeunesse, une réponse face au chômage pour certains. Chaque jour, sous le soleil, dans la poussière, et au fil des courses, ces jeunes continuent d’avancer avec une seule idée en tête ; travailler pour vivre dignement et faire vivre leurs familles.
Aminatou Seydou Harouna (ONEP)
Envoyée Spéciale
