Art et recyclage : Leydidiana Hassane, la touche artistique des meubles à partir des pneus usagés

Société

Aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années, dit-on pour célébrer les esprits qui sortent de l’ordinaire. Cet adage populaire s’y colle à merveille à l’esprit créatif de Leydidiana Hassane. A 26 ans seulement, elle s’est fait un nom dans l‘univers encore négligé de l’art et du recyclage au Niger. Entrepreneure culturelle et promotrice de Leydi’s House, la jeune femme entend bien bousculer les codes dans ce milieu presque exclusivement dominé par les hommes.

Au Niger comme partout ailleurs, l’entreprenariat a le vent en poupe, et les jeunes s’y lancent aisément. Malgré les récessions économiques et les crises sanitaires, les projets se créent, se développent et finissent par intégrer des innovations pour s’adapter à la métamorphose du marché. C’est dans cet environnement parsemé de challenge qu’évolue Leydidiana Hassane qui s’est spécialisée dans le recyclage des objets usés que sont les pneus, les déchets plastiques et les cartons  pour les transformer en tables basses, canapés, bouffes et aussi en des accessoires de mode tels que les sacs à main et les chapeaux. Parallèlement à l’exercice de sa passion de créatrice artistique, elle a aussi décidé de partager son savoir-faire dans les cosmétiques, l’esthétique,  la décoration, la création de fleurs en  papiers et la transformation des cuillères plastiques jetables en tableaux et en accessoires de décoration intérieure.

Leydidiana Hassane débute dans l’entrepreneuriat il y’a 8 ans en prenant le soin de s’entourer de personnes compétentes et de confiance recrutées dans son entourage proche. Issue d’une  famille d’artisans, cette jeune femme est consciente de l’héritage familial. «  J’étais inspirée par le succès d’une tante qui est dotée d’un don qui lui permettait d’être une touche-à-tout. Ayant grandie dans une famille entrepreneuriale et artisane avec un père styliste  et une mère esthéticienne, mes parents touchaient à tout, que ça soit l’artisanat ou l’esthétique ».

C’est ce cadre familial qui l’a poussé vers l’entrepreneuriat dès son jeune âge et forgé sa détermination à relever les défis. Finalement, elle a suivi les pas de sa tante « bien aimée » qui excelle dans le recyclage. « Il suffit  juste qu’elle regarde, observe bien un article et le reproduire sans difficulté et lui apporter une touche sophistiquée, dit-elle. Chaque objet qu’elle touche, elle lui donne une image plus réelle et apaisante».L’art est donc une passion d’enfance, avoue Leydidiana Hassane, qui la faisait « vivre » aussi longtemps qu’elle se souvient. Cet art, explique-t-elle, nécessite un travail constant, pointillé et innovant qui respecte la devise « toucher à tout ce qui embellit nos maisons avec de l’amour et des touches particulières ».

« L’auto formation est mon moteur, j’essaie de m’auto former à travers les recherches, en scrutant l’environnement, et tout ce qui est ‘’ réaliste et réalisable ‘’.

Je me suis auto formée avec l’aide de mes parents et j’ai eu à effectuer des  voyages pour me perfectionner dans bien de pays pour m’inspirer des travaux artistiques », relève la jeune femme qui a mis à profit ce temps pour se former en artisanat, plus précisément dans le recyclage des objets usés.  « Il y’a eu des partages d’expériences qui m’ont beaucoup soutenu dans ce travail », dit-elle avant de mentionner notamment le recyclage des cartons en accessoires, les boucles d’oreilles, les tapettes recyclées, les All star pour hommes et un peu dans le flashions. Une fois de retour au pays, Leydidiana a commencé à travailler le recyclage des cartons jusqu’au pneumatique.

La sortie de sa toute nouvelle marque ‘’BIANART’’

Leydi’s House  est  une entreprise créée avec  son deuxième logo qui est officiel qui fera la sortie de sa toute nouvelle marque BIANART. Inspirée du nom ‘’Bianou’’ qui est le nom d’une fête organisée à Agadez vu que c’est la région où presque toute  culture  est respectée ainsi qu’à l’artisanat et aussi c’est la région de ses ancêtres pour s’inspirer de cette dernière avec un style tradi moderne, artistique et authentique.  La marque BIANART fera sa sortie avec les différents accessoires des pneus recyclés et meubles.

Au-delà de sa passion qu’est le recyclage des pneus usés, leydidiana entend valoir les capacités des artisans peintres, décorateurs, accessoiristes afin qu’ils soient considérés et valorisés comme des vrais artisans du développement de notre cher pays, car ils sont des pourvoyeurs d’emplois et prennent en charge plusieurs familles par des emplois qu’ils génèrent.  Elle en fait son combat depuis plusieurs années, un chemin long à parcourir, mais qui ne l’effraie guère car elle sait qu’elle parviendra malgré les contraintes.

Pour la concurrence sur le plan entrepreneurial, elle affirme que « chacun essaye d’apporter ce qu’il sait faire le plus, fournir des efforts  pour se hisser. C’est un secteur rentable, peu développé  et très restreint au Niger différemment ; c’est un secteur qui est restreint ; il n’y a pas beaucoup qui s’intéressent au recyclage ; j’y arrive à me différencier des autres, à faire mes créations à ma manière. Pour la famille, j’ai une famille fantastique qui m’accompagne et qui le soutiennent surtout moralement pour tous mes propos et décisions ; un Big UP à mon papa et la maman c’est grâce à leur soutien que j’atteins ce stade ».

« Le message que j’aimerais lancer à mes sœurs est de ne pas se décourager d’entreprendre quel qu’en soit le moment. Il n’y a pas d’âge pour  le faire. Vous pouvez étudier et entreprendre ; d’autres disent que ce n’est pas possible mais je dis oui c’est possible ; organise toi,  inspire toi de quelque chose ; innove et ça ira ; que tu sois scolarisé ou pas,  tu peux entreprendre ; c’est la seule issue qui peut en plus développer ce pays. Diminuer le chômage en créant des emplois pour leur autonomisation.  Aujourd’hui, je me débrouille bien et je subviens entièrement à mes besoins »,  se réjouit-elle.

Dans son histoire personnelle, elle se nourrit de son échec au BAC et arrive à se faire des tremplins ; après son Bac, elle voulait s’inscrire dans un institut pour se spécialiser dans le domaine entreprenariat artistique. Malheureusement, cet échec scolaire, loin de la décourager, l’a forgé et aujourd’hui, elle arrive à consacrer entièrement son temps  à sa passion et assurer des formations aux jeunes qui  s’y intéressent.

Par Aïssa Abdoulaye Alfary(onep)