Deux enfants plongent dans le fleuve à partir du premier pont de Niamey
Sous un soleil de plomb où le thermomètre frôle les 40°C, le fleuve Niger devient un havre de fraîcheur pour les habitants de la capitale nigérienne. Dans les après-midis, les berges s’emplissent de jeunes gens où le rire et le brouhaha s’entremêlent. Pendant ce temps, on aperçoit des enfants plongeant depuis des embarcations de fortune, qui nagent tranquillement dans l’eau. Les plus courageux s’aventurent plus loin, là où le courant est plus fort. En effet, on constate aux abords du fleuve Niger, des jeunes filles et garçons venant de tous les quartiers de la ville de Niamey pour faire la fada ou le pique-nique entre amis.
Des milliers de riverains dépendent du fleuve pour leur hygiène, leur loisir et parfois leur survie. « Ici, c’est notre piscine naturelle, c’est notre climatiseur », confie Moussa, un jeune étudiant qui vient de sortir de l’eau, laissant voir des gouttes d’eau sur son visage. « Quand il fait trop chaud, il n’y a rien de mieux que de se baigner dans le fleuve », a-t-il ajouté.
Même son de cloche pour Abdoul-Malik, étudiant en Sociologie à l’Université Abdou Moumouni, pour qui les berges du fleuve offrent un cadre idéal pour les révisions. « Je viens ici pour me sentir bien et pouvoir réviser tranquillement mes cours car, c’est un cadre idéal pour bien assimiler le cours et éventuellement profiter du paysage », a-t-il dit.
Quant à Aboubacar, élève en classe de 5è au CES Transition, il dit avoir effectué le déplacement au bord du fleuve de temps à autre pour se rafraîchir pendant la chaleur. Ce jeune de 17 ans déplore le fait que les jeunes se baignent dans le fleuve avec toutes les conséquences que cela implique. « La dernière fois, un homme qui s’est lancé du pont a trouvé la mort, nous avons essayé de le sauver, malheureusement il n’a pas survécu à cette noyade », ajoute -t-il.
Pour certains jeunes, la baignade au bord du fleuve n’est pas qu’une simple détente, mais c’est aussi un moment de sociabilité. Un peu partout, les femmes viennent laver le linge tout en échangeant sur les dernières nouvelles du quartier. Pendant ce temps, les pêcheurs, installés dans leurs pirogues, observent la scène avec indifférence.
« Personnellement, ce qui me motive à venir ici, c’est pour avoir un peu de tranquillité d’esprit et me rafraichir, car dans la ville, il fait très chaud par rapport à ici. Ensuite, c’est un lieu où je viens changer d’air et approfondir certaines idées débattues en famille. A la maison, il est difficile de faire des réflexions profondes à cause des cris et du brouhaha des enfants. C’est ici que nous nous retrouvons pour nous reposer et faire notre petite Fada », a expliqué M. Zakary.
Cependant, cette pratique n’est pas sans conséquences. Malgré les courants d’eau souvent forts et la présence occasionnelle d’hippopotames, beaucoup de niaméens minimisent les risques. « On connaît le fleuve, on sait où il ne faut pas aller », rassure Ali, un vendeur ambulant. Pourtant, chaque année, des noyades sont recensées, souvent liées à une sous-estimation des dangers.
Les autorités locales tentent de sensibiliser la population, notamment après les fortes pluies, lorsque le débit du fleuve augmente brusquement. Mais, avec l’insuffisance d’infrastructures dédiées à la baignade, comme des piscines publiques, le fleuve reste la principale option pour des milliers de personnes.
Et, malgré les quelques dangers, la tradition persiste. Au coucher du soleil, lorsque la température devient plus supportable, les derniers nageurs quittent l’eau lentement, emportant avec eux la fraîcheur du fleuve.
Pour certains, se baigner dans le fleuve est bien plus qu’un loisir : c’est un moyen de résister à la chaleur et un symbole de vie communautaire. Mais, cette pratique rappelle aussi la nécessité de mieux encadrer les activités fluviales pour éviter les drames. La situation au bord du fleuve mérite un regard critique de la part des autorités, du fait de l’extrême danger qu’elle peut présenter pour la population riveraine.
Adamou I. Nazirou (stagiaire)
