Chroniques sahéliennes: Gendarmes et voleurs

Société

Rendu public en avril 2022, le dernier rapport annuel de la Cour des Comptes n’a pas fini d’indigner nos concitoyens et de nombreux « followers » du Niger de par le monde. Le Président de la République l’a encore évoqué dans son adresse à la Nation du 02 août passé, en réaffirmant qu’il « reste ferme dans le combat pour le respect des biens publics » et que des conséquences seront tirées par les canaux appropriés.
Le grand mérite du rapport de la Cour « Narey » (du nom de son Président) est de montrer à quel point beaucoup de nos responsables sont de piètres administrateurs, et surtout de grossiers tricheurs et d’infâmes voleurs. Quelques exemples de surfacturations démesurées ont fait le buzz sur les réseaux sociaux, et prêteraient à sourire, s’il ne s’agissait de nos deniers publics.
L’on est encore davantage indigné en apprenant que dans beaucoup d’entreprises publiques et de projets de développement financés sur des prêts, des centaines de millions de nos francs ont pris des routes mystérieuses, en tous cas autres que celles tracées par les manuels de procédures ; que des jetons de présence, des véhicules, du carburant et d’autres cadeaux sont distribués toute l’année à des Présidents de conseils d’administration et à des agents sans aucune base légale, et que des recrutements sont effectués sans test et sans publicité, au profit de parents et amis ; que des véhicules d’occasion sont réceptionnés en lieu et place de neufs, mais au prix du neuf, etc. En gros, notre système se résumerait à ceci : certains travaillent, d’autres volent…
Quand on sait que la Cour des Comptes n’a travaillé que sur un échantillon de collectivités territoriales, de services et démembrements de l’Etat, on imagine aisément l’ampleur des dégâts à l’échelle nationale. Aussi, il y a lieu que pour tous les actes de mauvaise gestion administrative et financière épinglés par la Cour, l’Etat soit remis dans ses droits ; autrement dit, que les fautifs paient. Il s’agit tout de même de deniers publics, dont la prévarication a été bel et bien organisée par les responsables des administrations concernées.
Et d’ailleurs, corriger seulement l’acte de gestion incriminé est tout à fait insuffisant selon « l’homme de la rue » que moi j’écoute souvent. Au-delà, il y a une trahison à sanctionner : un ministre ou un directeur général d’établissement public ont, en s’adonnant à de tels écarts, trahi la confiance placée en eux par le Président de la République. Comment comprendre qu’après tous les discours et engagements du Chef de l’Etat, après toutes les recommandations antérieures de la Cour des Comptes, faisant fi de l’existence de la HALCIA (Haute Autorité à la Lutte contre la Corruption et les Infractions Assimilées) et de l’Inspection générale de l’Etat, des individus peu scrupuleux, dont la responsabilité est clairement établie dans le détournement des biens et deniers publics, continuent leurs méfaits en demeurant à leurs postes et probablement en ne remboursant pas. Nous le savons tous, l’ennemi de la gouvernance, c’est l’impunité, l’absence de sanction.
Le célèbre juge Sénégalais Kéba Mbaye l’avait si justement dit : « demandons-nous ce que serait une société de délateurs, de profiteurs, de voleurs, de corrupteurs et de corrompus, d’indisciplinés, d’insouciants, d’égoïstes et de fraudeurs (…) ce serait une société vouée à l’échec, à la déchéance et à la misère matérielle et intellectuelle. Déterminons-nous à débusquer et à écarter sans complaisance, au besoin à punir sans faiblesse, ceux qui ruinent le pays ou le desservent, les corrompus et les antinationaux, les roublards et les paresseux ».
Voilà en effet tout le sort que méritent les voleurs et les traîtres débusqués par la Cour « Narey ». De la part du gendarme suprême, le peuple spolié attend désormais que les actes suivent la parole.

Par Idimama Koutoudi
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