Colonel-major Souley Ibrahim
Monsieur le Directeur Général du Conseil Nigérien des Utilisateurs des Transports Publics (CNUT), présentez votre structure à nos lecteurs.
Merci de l’occasion que vous me donnez de présenter le Conseil Nigérien des Utilisateurs des Transports Publics (CNUT) à vos lecteurs. Le Conseil Nigérien des Utilisateurs des Transports Publics est un Etablissement Public créé par l’Etat du Niger par une ordonnance du 27 décembre 1984, sous forme d’Etablissement Public à caractère Administratif (EPA). Il sera transformé en Etablissement Public à caractère Industriel et Commercial (EPIC) le 28 avril 1988 par l’ordonnance N° 88 – 28. Le CNUT est placé sous la tutelle technique du Ministère en charge des Transports. L’Etat a donné au CNUT, la mission de rechercher, d’étudier et de mettre en œuvre toutes mesures permettant d’améliorer l’efficacité, la célérité des transports publics et d’en maîtriser l’évolution des coûts. Et cela sur tous les modes de transport : maritime, routier, ferroviaire, aérien et fluvial.
Quelles sont ainsi les principales missions du CNUT ?
La mission première du CNUT est de représenter et défendre les intérêts des utilisateurs des transports publics, ce que nous appelons les chargeurs. Un chargeur, c’est cette entité (personne physique ou morale) qui confie des marchandises à un transporteur pour qu’elles soient acheminées d’un point A à un point B. Ce sont donc les importateurs et les exportateurs. La mission du CNUT est la facilitation et l’optimisation des coûts et des délais de livraison des marchandises à destination ou en partance du Niger. Le CNUT a en outre la mission d’encadrement des importateurs et des exportateurs, mais aussi la maîtrise du fret généré par le commerce extérieur du Niger par la production des statistiques.
Quels sont les objectifs poursuivis à travers ces missions ?
Les objectifs poursuivis à travers ces missions, c’est de mettre à la disposition des opérateurs économiques nigériens des informations nécessaires à l’exercice de leurs activités import/export, d’œuvrer à la facilitation des procédures, de les assister et de défendre leurs intérêts à travers une veille sur le respect des accords, conventions et traités avec les pays de transit de nos marchandises. Tout cela pour assurer un approvisionnement régulier de notre pays et la fluidité des échanges, en écartant les différentes entraves au commerce. Il faudrait aussi savoir que ces actions ne visent pas uniquement les chargeurs, mais l’ensemble des intervenants de la chaîne des transports à savoir les transporteurs, les commissionnaires agréés en douane, la douane… Il s’agit pour nous en tant que Conseil des Chargeurs de veiller à la maîtrise de l’évolution des coûts de transport de marchandises, de simplifier les procédures et les formalités administratives liées au transport et au transit international, de mener des plaidoyers et de participer à l’amélioration continue des infrastructures logistiques, de la qualité des services et de l’efficacité globale de la chaîne logistique.
De manière concrète, comment le CNUT est organisé pour mener à bien toutes ces activités ?
Afin de bien mener ses missions, le CNUT dispose de mandataires dans les ports d’embarquement des marchandises nigériennes, des représentations dans les principaux ports maritimes de desserte du Niger, dont le Port Autonome de Lomé au Togo, le Port de Tema au Ghana, les Ports de Lagos au Nigéria, le Port Autonome d’Abidjan en Côte d’Ivoire, le Port Autonome de Cotonou au Bénin. Sur le plan national, le dispositif comprend des Antennes au niveau des toutes les régions administratives du Niger, ainsi qu’un certain nombre de postes avancés qui nous permettent d’assurer un maillage complet du territoire national afin d’apporter l’assistance et l’accompagnement nécessaires aux chargeurs.
Monsieur le Directeur Général, vous avez parlé de la présence du CNUT dans les ports de transit des marchandises nigériennes, concrètement quel rôle le CNUT joue à ce niveau ?
En effet, le CNUT a des Représentations dans les ports de transit de nos marchandises. Ces Représentations défendent les intérêts des chargeurs auprès de l’ensemble des acteurs de la communauté portuaire (consignataires, manutentionnaires, transitaires, administration douanière…). L’objectif est d’obtenir des prestations de qualité à des tarifs préférentiels et dans les meilleurs délais possibles. Ces représentations assurent le contrôle des documents d’accompagnement de la marchandise nigérienne et procèdent éventuellement à leur régularisation. Elles ont en outre pour mission de veiller à l’application des accords de transport et de transit, notamment en ce qui concerne la répartition du fret nigérien entre les transporteurs nigériens et les transporteurs du pays du port de débarquement.
Quels sont les défis à relever quand on sait que le Niger n’est pratiquement desservi actuellement que par un seul corridor, celui de Lomé-Ouagadougou-Niamey ?
Les pays enclavés font face à des défis majeurs liés au transport, notamment des coûts plus élevés, une dépendance accrue vis-à-vis des infrastructures de leurs voisins, des problèmes de connectivité qui freinent leur développement économique et social. Le Niger à l’instar de tous pays enclavés a une économie fortement tributaire du transport qui présente de nombreuses contraintes : insécurité, faible niveau de service sur les corridors routiers, les prélèvements illicites, la vétusté du parc automobile de transport de marchandises… Les démarches que nous engageons visent la bonne organisation de la chaîne logistique pour fluidifier les flux et assurer la régularité de la desserte du Niger via le corridor Lomé-Ouagadougou-Niamey. Par ailleurs, nous sommes en train de développer une stratégie de désenclavement du pays à travers des prospections de potentiels ports de desserte du Niger, comme le Port de Conakry en République de Guinée, le Port de Douala au Cameroun, les ports du Nigéria et particulièrement les ports secs du Nord du Nigéria (Dala, Funtua, Kaduna), les ports maghrébins (Libye, Maroc,…), pour une véritable diversification de nos corridors d’échanges.
Est-ce qu’il y a une collaboration entre les Etats membres de la Confédération des Etats du Sahel (AES) en matière de stratégies d’approvisionnement, quand on sait que tous les trois pays sont enclavés ?
En juillet 2025, les trois Conseils des Chargeurs des pays membres de la Confédération des Etats du Sahel (Burkina Faso, Mali, Niger) et le Conseil des Chargeurs du Tchad en tant qu’invité, se sont réunis à Bamako dans le cadre d’une revue globale des textes régissant la facilitation, la fluidité et le contrôle routier sur les axes des corridors d’intégration régionale de l’espace UEMOA ainsi que sur l’application des protocoles d’accord de coopération bilatérale en matière de transport et de transit routier entre les pays de l’AES. En septembre 2025, les Directeurs Généraux des Conseils des Chargeurs des Etats membres de la Confédération des Etats du Sahel (AES) se sont réunis à Lomé dans le cadre d’une rencontre internationale sur le transport multimodal. C’est pour dire qu’il y a des efforts concertés, coordonnés et une mutualisation des efforts, dans le cadre du transport et du transit routier, dans la droite ligne de la volonté de nos plus hautes autorités.
Monsieur le Directeur Général, parlez-nous de vos projets, de vos ambitions pour le CNUT.
Les projets sur lesquels nous sommes engagés dans le cadre de l’amélioration continue des infrastructures logistiques, la qualité des services et l’efficacité globale de la chaîne logistique sont divers et variés. Nous avons le projet d’une plateforme logistique intégrée à Yawaré qui va combiner les fonctions de parking, d’entreposage, de gestion des stocks au sein d’un même système unifié pour faciliter la rotation des camions et le retour rapide des containers. A Dosso, nous avons le projet de parking pour citernes pour la nouvelle raffinerie. Un autre parking en cours de réalisation pour la SORAZ afin de mettre fin au stationnement anarchique des citernes dans la ville de Zinder. On peut également citer le projet de port sec de Maradi avec l’arrivée prochaine du chemin de fer. Nous sommes engagés dans un processus de matérialisation de la délivrance des documents d’accompagnement de la marchandise avec la mise en place du Bordereau Electronique de Suivi des Cargaisons (BESC). Le Bordereau Electronique de Suivi des Cargaisons sert à identifier et à suivre la cargaison depuis son point d’origine jusqu’à sa destination finale. Il garantit la traçabilité et la sécurité des marchandises transportées, tout en facilitant les procédures douanières.
L’ensemble de ces projets vise à optimiser le flux des marchandises en gérant efficacement le transport, la traçabilité de la marchandise et la facilitation des procédures.
Votre mot de la fin, Monsieur le Directeur Général.
Je voudrais ici saluer le soutien constant que le Ministère des Transports et de l’Aviation Civile nous apporte en tant qu’Autorité de tutelle, ainsi que l’engagement des plus hautes autorités du Niger à soutenir le secteur des transports par la réalisation des infrastructures, pour améliorer l’accessibilité et la qualité des services publics de transport. Aussi, nous voulons porter à la connaissance des opérateurs économiques que le CNUT est à leur disposition pour les assister sur toute la chaîne des transports, depuis les ports d’embarquement jusqu’à destination.
ONEP
