L’entrée de l’hôpital de district de Gaya
À Gaya, ville située à la frontière sud-ouest du Niger, dans les formations sanitaires, les paperasses, ainsi que toute la lourdeur administrative qu’elles entraînent, laissent progressivement place à des interfaces numériques. Les soins ne coûtent que 3.000 FCFA l’année pour tous les usagers de l’assurance maladie départementale. C’est une bouffée d’oxygène pour les populations locales.
L’hôpital de district fonctionne désormais au rythme d’une modernisation inédite soutenue par une digitalisation intégrée et une adhésion de plus en plus importante à l’assurance maladie départementale dont le district fait objet de phase pilote depuis quelques années. Connu pour sa forte attractivité au regard de la dense mobilité frontalière et son rôle avant-gardiste dans la surveillance épidémique, l’hôpital de district de Gaya innove et s’adapte face aux défis. Début avril 2026, lors de notre passage, l’enseigne en tant que telle impressionne par la propreté des lieux. Le décor vert qui surplombe les allées dégage un air frais.
Le médecin-chef du District sanitaire de Gaya, Dr Aghali Moussa, nous fait découvrir un hôpital moderne animé par un personnel dévoué, doté de technologies de pointe en matière de radiographie et échographie, des laboratoires équipés, des blocs opératoires fonctionnels, des ambulances.

Ce qui est plus frappant encore, c’est la présence moins remarquable des visiteurs dans l’immensité de l’hôpital. En effet, ce dernier a rompu avec les déplacements qui traînent les patients, ici et là, entre les étapes de la prise en charge. Tout ou presque se fait désormais au numérique, du tri à l’administration des soins en passant par la consultation, les examens, nous dira le médecin-chef du District sanitaire de Gaya.
Un hôpital à « zéro papier » d’ici fin 2026
L’expérimentation du système informatisé de gestion des patients dans l’établissement a débuté en 2024. Chaque malade reçoit désormais un code personnel qui permet aux médecins d’accéder immédiatement à son historique médical. Résultats d’analyses, prescriptions, consultations précédentes, tout est centralisé dans une base de données. Le serveur est logé sur place. La gestion est placée sous la supervision du ministère en charge de la Santé Publique, à travers notamment le programme E-santé.
« Avant, les patients perdaient souvent leurs papiers. Aujourd’hui, tout est enregistré. Quand le patient arrive, les prescriptions faites, le médecin ou l’agent de santé envoie directement la demande au niveau du labo. Le labo reçoit la demande et l’échantillon. De là-bas, le labo écrit et inscrit les résultats dans l’ordinateur. Le patient n’a pas à se déplacer pour aller au labo chercher les résultats. Le médecin les verra systématiquement. Pour prescrire le traitement, le dossier du patient renseigne sur ses antécédents sanitaires et autres pathologies, afin de mieux l’adapter. L’essentiel de ce processus se fait déjà sans aucun support papier », explique Dr Aghali Moussa.
Le système facilite aussi le travail des médecins qui se relaient chaque jour en consultation. Lorsqu’un patient revient le lendemain, le nouveau médecin peut consulter instantanément les examens et traitements déjà effectués. « D’ici la fin de l’année, l’hôpital ambitionne de fonctionner totalement sans papier », annonce le médecin chef du district départemental. Cette réforme est mise en œuvre dans le cadre d’un partenariat avec l’Agence belge de développement ENABEL, avec l’accompagnement du ministère en charge de la Santé Publique.

A l’hôpital de district de Gaya, aujourd’hui, chaque agent a son propre compte. Chaque agent arrive à prendre en charge l’entièreté de tous les items, de renseigner les items du malade et de pouvoir faire les demandes, de pouvoir faire des prescriptions adéquates et de pouvoir vraiment de façon générale faire une prise en charge globale du malade. « Nous avons notre serveur sur place. Donc, toutes les données sont stockées. E-Santé vient chaque trimestre faire la supervision, corriger certaines insuffisances. Les patients sont bien traités et suivis.
Des soins à 3 000 FCFA pour toute l’année
Par rapport à l’assurance maladie départementale, même si la mise en œuvre ne relève pas pleinement du district sanitaire, le médecin-chef Dr Aghali Moussa est membre du conseil d’administration, participe donc à toutes les décisions liées à la mise en œuvre du programme. « Il y a une équipe qui gère les activités de l’AMD. Toute personne qui vient, qui veut adhérer paie les 3 000 FCFA et le partenaire lui complète les 3 000 FCFA. Ce qui fait 6 000 FCFA. La personne obtient une carte de validité d’un an. En cas de maladie, l’adhérent se présente avec sa carte au niveau de la formation sanitaire, que ce soit au niveau des Centres de Santé Intégrés (CSI), où à l’hôpital de district, il ne paie que 10% sur les frais de consultation et examen. Quand on lui fait les prescriptions, au niveau de la pharmacie, l’assuré va directement prendre les médicaments qui sont également gratuits, à l’exception des molécules que nous n’avons pas au niveau de la pharmacie de l’hôpital ou celle du CSI. Ce sont seulement les examens et la consultation que l’assuré paie à 10%, tout le reste de la prise en charge est couvert par l’AMD », explique Dr Aghali Moussa.
Bien que des incompréhensions subsistent chez les populations, les assurés qui n’admettent pas certaines limites de l’assurance, notamment la couverture au-delà de l’hôpital et les 45 CSI du district départemental, la couverture de frais au niveau des pharmacies « privées », la dynamique reste encourageante. La population adhère de plus en plus. Aujourd’hui, la prise en charge est plus rapide, dit-il. « Nous faisions la situation des prestations couvertes tous les trimestres, maintenant c’est devenu mensuel. Et l’assurance paie régulièrement », rassure Dr Aghali.
Ismaël Chékaré (ONEP), Envoyé spécial
