Dr Aboubakary Moukimou, président de l’Association Nigérienne des Experts Agréés (ANEXA) : « Nous voulons une Afrique de compétences africaines »

Invite de sahel dimanche

Dr Aboubakary Moukimou est, entre autres, président de l’Association Nigérienne des Experts Agréés(ANEXA), vice-président de l’Union Africaine Pluridisciplinaire des Experts Agréés (UNAPEA). Dans cet entretien il parle des processus de la mise en place de l’Ordre des Experts Agréés du Niger ; de l’Ordre des Experts et Consultants pour le Développement de l’Afrique ainsi que des objectifs poursuivis à travers ces structures.

Dr Aboubakary Moukimou, vous êtes à la tête de l’Association Nigérienne des Experts Agréés(ANEXA) et votre ambition est d’aboutir à la mise en place de l’Ordres des Experts agréés au Niger. Qu’en est-il de ce processus ?

Je suis effectivement le président de l’association Nigérienne des Experts Agréés en abrégé (ANEXA) couvrant toutes les compétences nigériennes pluridisciplinaires qui interviennent devant les Cours et Tribunaux du Niger. Au Niger nous avons eu la première liste nationale des experts judiciaires pluridisciplinaire depuis 2001. Nous travaillons activement pour sa mise à jour de temps en temps avec l’arrivée des nouveaux experts. Mieux, nous avons eu récemment avec le Ministre de la justice, M. Ikta Abdoulaye Mohamed son engagement et son accord pour la mise en place d’un ordre national des experts judiciaires du Niger. Le projet est actuellement en étude avec les services techniques du Ministère de la Justice. Nous pensons que très bientôt nous aurons notre ordre des Experts Agréés Nigériens.

Depuis plus d’un an vous êtes sur un vaste projet de réseautage visant à mettre en place l’Union des Compétences africaines où tous les experts africains peuvent être membres. En quoi consiste cette démarche ?

Pour mieux  répondre, je dois vous parler de mon parcours professionnel d’expert au Niger et à l’international. J’ai prêté serment le 27 août 1993 près les cours et tribunaux du Niger en qualité d’expert en risques technologiques et assurance. Nous avons mis en place la première liste des experts judiciaires du Niger en 2001. Dix après, en 2011, les experts du Niger assermentés ont créé l’association Nigérienne des Experts Agréés ANEXA dont je suis président. En 2013, j’ai intégré l’ordre des Experts internationaux de Genève où j’ai obtenu mon titre d’expert international, diplôme de conférencier en risques technologiques et assurances à Genève (OEI) qui est devenu l’ordre mondial des experts internationaux dont je suis membre. C’est donc tout à fait logique pour moi qu’avec mes confrères africains, nous avons pensé à créer notre propre organisation africaine pluridisciplinaire. 

Ainsi, le 15 février 2020 les associations nationales d’experts du Niger, d’Algérie, du Maroc et de la Tunisie ont créé à Hammamet l’Union Africaine Pluridisciplinaire des Experts Agréés (UNAPEA). Lors de cette rencontre le poste de vice-président chargé de la promotion de l’expert africain, de sa qualité et de son intégrité a été accordé au Niger, à travers ma personne. Le Niger était représenté par  une délégation forte de 4 membres de l’UNAPEA : Dr  Adiza Ousmane Bagnan Médecin spécialiste, Mahaman Moustapha Abdou Ali,  Expert Automobile, Ahmadou Youssoufou  Tidjani Expert en gestion des entreprises et organisations et moi-même. Ainsi chaque pays fondateur a 4 membres dans le bureau de l’UNAPEA mis en place et dont la présidence a été confiée au frère tunisien Mohamed Sebri.

Quelle est maintenant la suite du processus ?

Après l’UNAPEA nous avons jugé utile pour avancer et créer une Union des Compétences Africaines, qui va regrouper tous les experts. Au sein  de cette Union nous allons également créer un Ordre des Experts et Consultants pour le Développement de l’Afrique (ODECA). Nous souhaitons qu’elle soit une ONG qui va s’occuper de la mise en place des ordres professionnels, de la formation, pour permettre à ce que les africains contribuent davantage au développement du continent. Je me suis déplacé pour la mise en place des bureaux de l’ODECA des zones Afrique de l’Ouest avec siège à Dakar ; Afrique du Nord avec siège à Nouakchott   ; Afrique du Centre à Yaoundé ; de la Diaspora à Genève. Il reste les bureaux des zones Afrique de l’Est avec pour siège Addis-Abeba  et Australe à Johannesburg où les contacts sont déjà pris. Pour le reste nous sommes en train d’avancer pour mobiliser et fédérer le maximum possible des personnes et de pays.

Une fois que tout cela sera fini, nous comptons mettre en place le bureau et la présidence qui sera tournante entre les membres fondateurs. Nous souhaitons avoir la confirmation de nos pairs experts et expertes de l’Afrique pour le siège du Secrétariat Permanent Continental de l’ODECA à Niamey.

Quel rôle vous comptez faire jouer à cette ambitieuse structure pour laquelle vous vous battez, dans le cadre du développement du continent, notamment dans le contexte de la ZLECAF ?

Si je me réfère au contexte dont vous parlez, je peux dire que c’est un projet qui vient à point nommé.  Ça va faciliter les transactions. En cas de problème ou litige, il peut y avoir des experts médiateurs pour pouvoir les gérer. Nous aurons affaire avec des structures organisées ; si une société d’un pays a un problème avec celle d’un autre pays, on aura des experts qui peuvent intervenir pour gérer la situation au niveau arbitrage, médiation d’abord… Pour cela nous voulons à terme que chaque pays ait son Ordre d’Experts et Consultants pour le Développement. Nous pensons qu’avec les outils que nous avons on peut rapidement installer 35 ordres sur les 55 pays. Nous voulons une Afrique de compétences africaines. Pour cela nous faisons des efforts pour expliquer, sensibiliser, mobiliser les uns et les autres sur la démarche, les ambitions  que nous portons.

Avez-vous, en tant que structure africaine des experts, des relations avec les pouvoirs publics dans les différents pays du continent ? 

Nous travaillons avec des associations nationales d’experts agréés ; toutes les personnes engagées dans le processus sont des membres des associations reconnues dans leurs pays. Pour le cas du Niger, nous avons l’accompagnement du ministère de la justice, je l’ai dit au début de cet entretien. 

Au niveau national quel sera l’apport de l’ordre des Experts Agréés Nigériens ou de l’ANEXA pour la formation, l’intégration des jeunes, bref pour le développement du pays ?

On intervient dans les cours et tribunaux, auprès des compagnies d’assurances et d’autres structures qui ont besoin d’expertise. Déjà de 2011 à ce jour, nous avons appuyé à travers l’information, des conseils,  beaucoup de nigériens dans les cohortes qui ont été en Inde, en Chine pour des formations.  Aussi, avec l’accord de partenariat que nous avons déjà signé avec l’ordre des experts internationaux américains nous comptons former les experts au niveau national et international. Il y a également la volonté de signer avec l’ordre mondial une convention de formation des formateurs. Nous voulons d’une Afrique développée par les africains pour occuper notre jeunesse, notre relève s’il plait à Dieu. Etant Commandeur de l’Ordre de Mérite du Niger et Chevalier de National, je suis engagé pour la promotion de la relève, et dans mes domaines d’expertise je fais beaucoup de bénévolat, notamment dans la formation.

Par Souley Moutari(onep)