Mme Safia Namata dans son enclos
L’embouche ovine émerge comme un moyen efficace d’autonomisation des femmes à ‘’Tanda’’. L’élevage est une activité essentielle qui représente une part importante de l’économie de cette commune rurale du département de Gaya. Les femmes y jouent un rôle fondamental bien que souvent sous-estimé.
C’est l’exemple de Mme Safia Namata, femme au foyer et mère de cinq (5) enfants qui évolue dans l’embouche ovine. Cette habitante de la commune rurale de Tanda avait, dès son plus bas âge, ce rêve, cette passion de l’élevage qui lui collait à la peau. C’est désormais une réalité aujourd’hui. Et pourtant elle n’est pas issue d’une famille d’éleveurs. C’est juste une passion et elle se plaît dedans. « Vous ne pouvez pas comprendre mon attachement aux ovins. Ça me plaît aussi de leur donner à manger, j’aime faire de l’embouche. Ça fait longtemps que j’achète des animaux pour élever. Sans risque de me tromper, j’ai au moins vingt ans d’expérience dans ce domaine. Parmi les races, c’est la race ‘’balami’’ que j’élève le plus souvent », confie-t-elle.
Mme Safia Namata a débuté avec cinq (5) têtes de moutons et brebis qu’elle a achetées au nom de ses cinq (5) enfants. Chaque année, ils se reproduisent deux fois et Dieu faisant bien les choses, chaque fois, ce sont des ovins de couleur blanche. Actuellement cette courageuse dame ne maîtrise pas le nombre des têtes qu’elle possède. Les animaux s’étaient tellement multipliés qu’elle n’arrive pas à les garder ensemble. «Je les ai séparés, certains sont avec moi, d’autres sont en brousse vu que l’espace ne peut pas leur suffire, surtout en période de pluies où c’est trop désagréable. Ça ne fait pas aussi longtemps que j’ai vendu six (6) têtes d’animaux pour satisfaire mes besoins. J’ai présentement une vingtaine avec moi », dit-elle avec fierté.
Pour l’alimentation de son troupeau, cette pasteure sédentaire priorise les feuilles de haricot et celles de l’arachide, ainsi que de la paille pour engraisser les animaux. « Je préfère les feuilles de haricot et celle d’arachide communément appelé ‘’harawa’’ en haoussa et ‘’doungouri boundou’’ en zarma, et une variété de paille qui est beaucoup développé dans notre zone, et facile à avoir qu’on appelle ‘’bourgou’’. Il y’a aussi un mélange traditionnel que je fais à base du son du riz, du sel que je transforme en pierre à lécher. Chaque jour, je les nourris deux à trois fois, sans oublier la nuit avant de me coucher. Après chaque récolte, je fais le stock en paille sur un hangar. Je fais en sorte que l’aliment pour bétail ne soit pas en rupture chez moi. J’achète du bourgou auprès des charretiers pour le faire sécher, stocker dans des sacs », précise Mme Safia.
Mme Safia tire bien son épingle du jeu dans ce business animalier très rentable et bénéfique, pour ceux qui le pratiquent. « Par la grâce de Dieu, j’arrive à subvenir à mes propres besoins, ceux de mes enfants et de ma famille. Je me sens bien dans cette activité. Par exemple, s’il y’a un évènement social dans ma famille, dans le village, une cérémonie de mariage ou de baptême, je n’ai pas à hésiter, à me soucier ou me demander comment faire. Je prends seulement un animal pour vendre ou alors je donne l’animal en guise de contribution. Je n’ai pas besoin de m’endetter, au contraire, ce sont des gens qui viennent chercher des prêts auprès de moi. En cas de nécessité, des gens viennent chez moi pour prendre et aller vendre pour régler leurs problèmes. Cela étant, ils me remboursent mon argent par la suite. L’élevage est vraiment une fierté pour moi », se réjouit-t-elle.
Cependant Mme Safia estime qu’il lui reste encore quelque chose à parfaire, déplorant ses connaissances limitées dans le suivi médical de ses ovins. « Mon plus grand souci, c’est que je ne peux pas les traiter moi-même lorsqu’ils sont malades. Or, à tout moment, ils peuvent piquer une crise, surtout la nuit. Ça m’écœure de voir mes animaux souffrir, et que je ne peux rien faire. Ça me met mal à l’aise au point où je ne peux même pas dormir. Ce n’est pas à n’importe quelle l’heure qu’on peut appeler les agents de l’élevage. Sur ce point, c’est vraiment un obstacle pour moi », se morfond Mme Safia Namata.
Farida. A. Ibrahim (ONEP), Envoyée spéciale
