Le jour de fête constitue une véritable occasion de traite pour de nombreux jeunes bouchers
Au Niger en général, et plus particulièrement à Niamey, le jour de la fête de l’Aïd El Adha (fête de Tabaski), nombreux sont les jeunes garçons qui se convertissent en « bouchers occasionnels » pour dépecer les moutons contre rémunération. D’autres jeunes sillonnent les quartiers pour collecter les peaux, qui seront ensuite revendues, ou pour récupérer les abats blancs (la tête et les pattes) afin de les griller, enlever les poils. C’est une occasion pour eux de se faire un d’argent de profit en offrant leurs services.
Cette journée représente, pour les débrouillards, une opportunité à ne pas manquer en proposant leurs services de dépeçage ou leur savoir-faire pour abattre les moutons. La journée du mercredi 27 mai 2026 a été particulièrement fructueuse pour ces « bouchers occasionnels ».
Issiakou Moussa, la trentaine, a appris à manier le couteau depuis son jeune âge. Il tient un couteau dans chaque main et les frotte pour les aiguiser. Selon ses explications, son expérience dans le métier remonte à son enfance, période durant laquelle il observait son grand-père égorger les animaux. Au fil des années, il a appris les techniques d’abattage et de dépeçage jusqu’à acquérir une solide maîtrise du travail. D’après lui, ses couteaux permettent de séparer efficacement la peau de l’animal de la chair. Le jeune homme affirme également mettre ce savoir-faire à profit pour gagner un peu d’argent et faire face à certaines difficultés financières. «Quelqu’un qui n’a pas de travail fixe est obligé de toucher à tout », souligne-t-il. Cette activité lui permet de s’assurer un peu de revenus, même si le gain varie selon les clients, la taille du mouton et le type de service demandé. « Cette année, compte tenu de la situation, j’ai dépecé dix (10) moutons à raison de 2 000 FCFA chacun. Des fois, on dépasse ce nombre ; tout dépend du contrat que nous avons conclu », confie-t-il. Sa mission terminée, le jeune boucher empoche la somme de 20 000 FCFA. « D’autres peuvent facilement s’en sortir avec plus de 30 000 FCFA. Quand on reste à la maison sans rien faire, qui viendra nous donner une telle somme ? Quelqu’un qui a une famille à sa charge n’a pas le choix. C’est pourquoi nous avons eu l’idée de proposer nos services afin de satisfaire certains de nos besoins ainsi que ceux de nos familles», dit-il. Issiakou Moussa et ses camarades ont fait ainsi le tour des quartiers où des clients les attendent impatiemment. « Aujourd’hui, chacun peut trouver son compte, sauf celui qui ne veut pas se donner de la peine », se réjouit-il.

Chaibou, un autre « boucher occasionnel » venu de Sansané haoussa, affirme que chaque année, à l’approche de la fête, ils s’organisent pour venir en équipe à Niamey afin de gagner quelques sous. Il explique que les années se suivent mais ne se ressemblent pas. Lors de la précédente fête de Tabaski, il avait obtenu beaucoup plus de contrats que cette année. Toutefois, il se dit satisfait de ce qu’il a pu gagner, estimant que l’essentiel est de bénéficier de la baraka d’Allah. Lui et ses compagnons viennent à Niamey pour essayer de combler certains besoins et amortir les dépenses engagées à l’occasion de la fête. Une fois sur place, chacun rejoint les clients qui l’ont contacté avant le jour du sacrifice. Certaines personnes prennent même le soin de réserver leurs services une semaine à l’avance. Malgré un nombre de contrats inférieur à leurs attentes, ils ont réussi à dépecer une vingtaine de moutons à raison de 2 500 FCFA par animal. Ils sont souvent sollicités par des familles dont le chef de ménage est absent ou par des personnes âgées qui ne sont plus en mesure d’accomplir elles-mêmes le travail. Certains « bouchers occasionnels » préfèrent travailler en équipe afin de terminer rapidement leur travail et pouvoir répondre à d’autres sollicitations. « À la fin, ils se partagent l’argent », conclut-il.
Nourdine témoigne que le recours aux « bouchers occasionnels » à cette occasion est une bonne initiative qui mérite d’être saluée. Cela permet d’accélérer le travail et de faciliter la tâche aux femmes. « Depuis que j’ai découvert leur travail, je fais appel chaque année à celui qui a l’habitude de venir chez moi. Je suis satisfait de ses prestations. Les peaux ont été dépecées rapidement et correctement, sans être trouées. Car lorsqu’une peau présente le moindre trou, les bouchers ne l’achètent pas », ajoute-t-il.
Farida. A. Ibrahim (ONEP)
