Au cours de l’entretien
A la tête du département ministériel du Pétrole depuis environ 6 mois, M. Hamadou Tini a évoqué, lors de son entretien diffusé sur la RTN, jeudi 11 juin 2026, la dynamique de transparence et de réformes insufflées au secteur à travers notamment l’accord récent paraphé avec les partenaires chinois sur 45 points, conformément aux ambitions de la Refondation et aux aspirations des populations. Il a, ensuite fait, état des perspectives à court, moyen et long termes de l’exploitation et de la commercialisation du pétrole nigérien, un pilier déterminant du développement du pays.
Avec un immense potentiel de bassins sédimentaires qui couvre 70 à 90% du territoire du pays, le Niger a débuté la production du pétrole en 2012, dans le cadre d’un contrat d’association dans lequel l’Etat a 25,36 % sur chaque baril. Ensuite, le Niger a 40% de part au niveau de la raffinerie de Zinder (SORAZ) où la CNPC détient 60%. Avec les 20 000 barils journaliers pour la SORAZ et les 90 000 barils d’exportation en brut via le pipeline mis en service en 2024, la production n’est qu’à son début. Sur 44 blocs pétroliers, 35 sont ouverts aux investisseurs, tandis que 4 autres sont en cours de retour dans le domaine public. En plus d’une réserve avérée de 853 millions de barils, d’autres blocs sont en exploration notamment celui de Kafra (potentiel estimé en termes de ressource à 2 700 millions de barils), dans le nord du pays avec la société algérienne SONATRAC.
Le ministre Tini dit avoir mené, d’abord un diagnostic des problèmes structurels et conjoncturels et réorganisé ensuite son administration pour une meilleure optimisation des couts et la valorisation du contenu local. « Nous sommes en train de finaliser un lot de textes sur le contenu local. Pour un Etat jeune producteur du pétrole, c’est le levier sur lequel nous allons travailler pour pouvoir faire profiter davantage du revenu du pétrole. Nous avons engagé, dans le cadre d’optimisation du coût, une grosse réorganisation du ministère du pétrole en passant d’une seule direction générale à trois directions générales, y compris une direction spécifique qui va être chargée essentiellement de la surveillance et du contrôle des opérations ‘’pétroles’’ en amont comme en aval », explique M. Hamadou Tini.
Le contrat de partage de production en cours actuellement, notamment avec la CNPC est, selon le ministre, conforme aux standards internationaux. « Nous dévions tirez leçon de l’expérience et nous sommes en train de nous donner les moyens pour ramener le taux référence de récupération des couts d’investissement de 70% à 50% », a-t-il précisé. « Plus les couts d’investissement sont importants, moins l’Etat gagne. D’où l’intérêt d’optimiser le montant qui est déclaré récupérable pour l’opérateur privé », a jouté M. Hamadou Tini.
La formation et les ressources humaines, premier défi du secteur pétrolier nigérien
Le ministre du Pétrole se dit convaincu que le premier défi du Niger, c’est la formation et les ressources humaines. Et le secteur du pétrole n’en est pas épargné. « Par rapport à la vision que nous avons du secteur, c’était de définir les profils, aussi bien dans l’administration que dans les entreprises nationales, chez les sous-traitants, les profils dont on a besoin. Sur cette base, nous avons élaboré un document détaillé et avec l’appui du ministère de l’Enseignement supérieur, nous avons aujourd’hui défini les profils de formation, les besoins de formation par type et par profil pour les cinq ans », a-t-il annoncé. « Nous avons besoin d’avoir beaucoup de techniciens supérieurs, beaucoup d’ouvriers qualifiés », dixit le ministre. D’autant plus que qu’il y a certains types d’enjeux, la « nigérianisation » des postes et l’inclusion des entreprises locales dans le secteur.
Et aujourd’hui, « au niveau du ministère même, nous avons finalisé un plan de formation 2026-2030 pour d’abord les gens qui sont sur place, et également pour ceux qui vont venir (…). Puis, avec l’appui du Président de la République, une ligne budgétaire nous permet de recruter 100 personnels cette année. Le processus est lancé, les profils sont définis, envoyés au niveau du ministère de la Fonction publique. Donc, nous pensons que d’ici la fin de l’année nous allons pouvoir doubler l’effectif du ministère », a-t-il annoncé.
Abordant la question de la gouvernance du secteur, le ministre prône, sans ambages, la transparence. « Nous allons donner plus d’informations aux Nigériens par rapport à la production et aux revenus du pétrole », rassure Hamadou Tini, précisant le site web du ministère est en train d’être modernisé pour mettre beaucoup d’informations à la disposition des Nigériens. « La CNPC, l’État du Niger et l’OPIC, ont investi 8,34 milliards de dollars depuis le démarrage des activités pétrolières, en 2008, pour pouvoir sortir le pétrole. Sur ces 8,34 milliards de dollars à jour on a remboursé 4,32 milliards de dollars, en termes de récupération des coûts », assure le ministre.
Au niveau de la SORAZ, c’est un investissement de 895 millions de dollars entre les deux parties. Les deux actionnaires ont apporté 100 millions et ont emprunté 895 millions de dollars. Et à jour, « il reste 24 millions de dollars à rembourser (…). Et je pense que d’ici 2027, ça devrait pouvoir bien se passer. Nous y travaillons, nous travaillons à assainir la situation financière du secteur », indique le ministre. Cette société a généré durant ces années d’activités 629 milliards de francs CFA de recettes et 741 milliards de francs CFA d’impôts, souligne Hamadou Tini.
Relativement au personnel de cette société, l’harmonisation de la grille salariale est revue, une convention collective du secteur est en vue et la ‘’nigériennisation’’ des postes est en cours et vise 90 à 100% de postes pour certains profils d’ici 2030. « Ce n’est pas normal que pour le même poste, le salaire de base des Chinois soit différent du salaire de base des Nigériens. 10 fois plus. En tout cas, c’était inacceptable. Donc, depuis le 1er mai, c’est le même salaire de base qu’on paie à tout le monde, pour les salariés des mêmes postes », précise le ministre.
453,8 milliards FCFA de revenus directs au trésor en 2025
Par rapport au pipeline, le ministre Hamadou Tini confirme qu’un audit est lancé pour fixer le montant définitif de l’investissement dont les dépenses déclarées sont, à tout point de vue, excessives. Selon le ministre du Pétrole, depuis le démarrage de l’exportation du pétrole, 51 bateaux ont chargé 50,3 millions de barils à la date du 28 mai 2026. L’État du Niger qui a 25,36 % sur ce brut a donc vendu 12,9 millions de barils pour 950 millions de dollars. « Nous avons payé des frais de passage pour 276 millions. Nous avons remboursé l’avance de 400 millions de dollars en mars 2026. Tout ce qui est exporté, moins les frais de transport qui étaient de 50 $ (par baril) au départ, puis 27$, que nous avons négociés à 15 $ maintenant, va dans le budget de l’État du Niger », explique le ministre. En ce sens, dit-il, en 2024 alors que l’exploitation du pipeline a commencé pratiquement au milieu de l’année, 224 milliards de FCFA ont été engrangés comme revenus directs au trésor. En 2025, c’est 453,8 milliards FCFA de revenus directs au trésor.
Aussi, l’État a décidé d’utiliser une partie de son brut, 12,5 %, sur sa part destinée à la raffinerie pour soutenir la production de l’énergie et stabiliser le prix de l’électricité. La NIGELEC a signé un contrat de production d’énergie avec une société qui a des installations à Zinder et à Niamey, pour une production de 100 mégawatts. L’Etat du Niger a ainsi vendu à un tarif préférentiel de 42 $ le baril, 675 000 barils en 2025 et les estimations pour 2026 tendent vers 650 000 barils.
A l’issue des récentes négociations, concernant la société WAPCO où l’Etat du Niger est actionnaire à 8,1% dans le capital, le ministre rappelle que le Niger contribue au remboursement du crédit qui se chiffre à 65% du revenu chaque année, un crédit qui a été contracté sur 10 ans. « Il est hors de question que nous restions sur 8,1%, ce qui correspond au montant que nous avons décaissé dans le cadre des sollicitations faites aux actionnaires à l’époque. Le Niger avait donné 188 millions de dollars pour participer à la construction du pipeline. Et ils pensent qu’effectivement, on a 8,1%. Ce qui n’est pas normal. Nous avons juste avancé de l’argent pour commencer à démarrer les travaux. Ils ont emprunté pour financer. Nous contribuons au remboursement. C’est pourquoi, nous avons demandé 45%. Donc, nous sommes en train de discuter. Sur ce point, nous allons recruter les meilleurs experts pour pouvoir évaluer et nous défendre du point de vue financier et du point de vue juridique », fait savoir le ministre du pétrole.
Autre point important, c’est la gestion, le rapatriement des devises. Ce qui va décontracter, avec plus de ressources dans les banques, plus de liquidités, plus de crédits, plus d’investissements. Pour le Niger, c’est désormais une exigence. « Ce n’est pas à négocier », tranche le ministre. « La Banque centrale a mis en place un mécanisme qui s’applique aux sociétés pétrolières de la Côte d’Ivoire et du Sénégal. Et c’est ça qu’ils vont appliquer pour la CNPC, mais également pour les nouveaux opérateurs qui vont venir. Donc, l’argent va être rapatrié ici et ça va sortir tant qu’ils vont avoir besoin de ça. C’est un point majeur que nous avons et qui va décontracter notre économie parce que nous allons avoir plus de liquidités », a-t-il soutenu.
Le ministre a également évoqué la création d’un fonds de développement du contenu local, pour favoriser la participation des entreprises nationales dans le secteur, à travers notamment l’accès aux marchés. Une liste d’inscription est ouverte à cet effet au niveau de la Chambre de Commerce et d’Industrie du Niger où les intéressés ont jusqu’au 30 juin 2026 pour s’inscrire. « Nous allons travailler avec la Chambre de Commerce pour créer les conditions pouvant permettre d’accéder aux marchés. Nous voulons et nous tenons à avoir des champions nationaux dans le secteur du pétrole. Pour soutenir ces entreprises, il y’aura une partie de redevance, ce fonds va leur servir de garantie pour avoir des financements, pour former le personnel », assure le ministre du pétrole.
Le complexe pétrochimique de Dosso, un projet d’actualité
Concernant le projet du complexe pétrochimique de Dosso, le ministre Hamadou Tini a affirmé que le modèle modulaire proposé par le partenaire s’est avéré être un modèle dont la durée de vie n’est pas assez longue. « C’est du préfabriqué. Le Comité Pétrole a dit non, nous ne voulons pas du modulaire. Il a fallu donc modifier les termes de référence, reprendre l’étude de faisabilité. Les nouvelles propositions sont parvenues au ministère qui a fait des commentaires qui vont être intégrer une deuxième fois. Au niveau du ministère, nous faisons aussi notre étude de faisabilité. Si le partenaire corrige, c’est tant mieux, au cas contraire nous lançons un appel d’offres avec notre étude de faisabilité. Le projet est d’actualité. C’est une priorité du chef de l’Etat », rassure le ministre Hamadou Tini qui affirme que son département ministériel y travaille activement.
Le bloc Bilma, un investissement estimé à plus de 450 milliards
Par rapport au bloc de Bilma qui appartient aujourd’hui à la Société Nigérienne de Pétrole (SONIDEP) qui est à un investissement de 23 milliards de FCFA, après un premier investissement de 300 millions de dollars pour ce permis que détenait la CNPC. Ensuite, la SONIDEP a investi dans les R5, R6 et R7 à peu près 3 milliards de FCFA. « Nous travaillons, sur instruction du Chef de l’Etat, à faire de notre société nationale une référence », a dit le ministre.
« Le consultant en charge d’évaluation de la réserve a fait la restitution sur les quantités. Nous attendons le rapport définitif pour discuter avec des partenaires, avant d’aller lever des fonds. Nous sommes en contact avec de potentiels investisseurs. Nous avons le choix d’emprunter nous-mêmes pour financer. L’investissement est estimé à 800 millions de dollars environ pour une production de 25 000 barils par jour. Nous avons le choix d’aller avec un partenaire avec qui nous conviendrons de travailler. Bilma sera une réalité. L’ambition du Président de la République c’est de faire de la SONIDEP un acteur majeur du secteur pétrolier », réitère le ministre du Pétrole.
Selon le ministre du pétrole Hamadou Tini, le Code Pétrolier nigérien est assez attractif aujourd’hui, avec des exonérations douanières et fiscales pour la période de l’exploration et 5 ans d’exploitation. Et ce code continue d’être réformé pour plus d’avantages afin d’attirer les investisseurs. « Nous avons également un Code d’Investissements, l’un des meilleurs de l’UEMOA », a-t-il ajouté. Le ministre, exemples à l’appui, assure que toutes les conditions sont réunies pour le développement du secteur. Et, le lancement imminent d’un audit de contrat pour passer du code pétrolier à un code des hydrocarbures permettra l’ouverture à la diversification des produits. Cependant, tout se fait désormais dans un partenariat équilibré, respectueux des intérêts du Niger. « Plus nous avons un personnel bien formé, à jour de ce qui se passe sur le plan international, mieux il sera capable de défendre nos intérêts. Nous sommes en train de travailler sur un modèle type du Contrat de Partage de Production. Plus les couts sont optimisés, mieux nous allons tirer beaucoup de recettes », estime le ministre.
Protéger le pouvoir d’achat des populations
Avec une capacité de stockage opérationnelle de 44 000m3, la SONIDEP assure une consommation moyenne nationale de 2,5 millions de litres par jour en essence super, 1,4 à 2 millions de litres pour le gasoil, 70 000 litres de jets et 100 000 tonnes de gaz, pendant que la SORAZ ne lui fournit que 50% de besoin en super (en raison de 324 FCFA le litre) et 56% de gaz (à 120FCFA le kg) et ne produit pas du jet, importe pour combler le gap. Selon le ministre, le litre de super est importé par la SONIDEP à 698F CFA. Globalement, avec le prix à la pompe de 499FCFA, la société est sur un différentiel de 233,5FCFA sur le litre. Le gaz à l’importation est à 663FCFA le kg, soit un gap de 483FCFA par kg à la vente. « De 2022 à 2026, gaz et essence, nous sommes à un différentiel de 184 milliards FCFA, supportés par l’Etat à travers la SONIDEP. La NIGELEC qui utilise le gasoil aussi, paie le litre auprès de la SONIDEP à 180 FCFA le litre, avec un différentiel de 32,6 milliards FCFA, plus l’immobilisation de l’argent parce que la NIGELEC n’arrive pas à éponger la dette vis-à-vis de la SONIDEP », indique le ministre qui magnifie les efforts de l’Etat pour la protection du pouvoir d’achat des populations et le soutien à l’économie.
Ismaël Chékaré (ONEP)
