Rachida a defendu brillamment les résultats de ses recherches devant le jury
L’auditorium du Centre MS4SSA de l’Ecole Normale Supérieure de l’Université Abdou Moumouni (ENS/UAM) de Niamey a abrité, le samedi 13 juin 2026, la soutenance de thèse de Doctorat unique de Mme Hassane Djibo Rachida, étudiante en Droit privé. Le thème de recherche est ‘’Les règles de conflits en droit international privé de la famille et l’ordre juridique nigérien : étude à la lumière des règles de conflits interpersonnels’’, un thème original de l’avis du jury, et qu’il convient d’aborder avec une grande audace.
Et quand on a en face un jury composé de sommités intellectuelles africaines en la matière, l’exercice s’avère encore plus gratifiant mais aussi un défi pour le candidat. En effet, le jury est présidé par M. Kenmogne Simo Alain, Professeur titulaire, Agrégé de Droit Privé, Université de Yaoundé (Cameroun). Il a comme Rapporteur 1 : M. Nzouabeht Dieunedort, Professeur Titulaire de Droit Privé, Université Cheikh Anta Diop de Dakar (Sénégal) ; Rapporteur 2 : M Deweidi Eric, Maître de Conférences Agrégé de Droit Privé, Université de Parakou (Bénin) ; Examinatrices : Mme Moneyang Nandjip Sara, Professeure Titulaire, Université de Douala (Cameroun) et Mme Zongo Wendinkonté Sylvie, Maître de Conférences Agrégé de Droit Privé à l’Université Thomas Sankara de Ouagadougou (Burkina Faso).
C’est devant cette constellation intellectuelle que Mme Hassane Djibo Rachida a défendu son travail, un document de 428 pages, dirigé par M. Talfi Idrissa Bachir, Maître de Conférence de Droit Privé à l’UAM de Niamey.

Le moment était solennel, même la nature s’y est mêlée. En effet, la forte pluie enregistrée la veille a continué avec une légère intensité, apportant une fine brise qui adouci la température en cette matinée. Ainsi après avoir donné le top départ de la soutenance, le président du Jury a donné la parole au directeur thèse qui a retracé le parcours effectué avec la candidate qu’il a présenté comme une ‘’personne obstinée’’. Il a salué son courage durant tout le parcours doctoral où elle a su concilier sa vie d’épouse et mère de trois enfants avec ses recherches et une formation de garde pénitentiaire.
Par la suite, l’impétrante Hassane Djibo Rachida a présenté son travail. A travers ce thème, elle aborde la problématique du statut personnel dans un contexte de pluralité et de coexistence de statuts souvent en conflit. Il s’est agi de réfléchir sur ce qu’il faut faire en cas de conflits entre les époux qui ne s’entendent pas sur la loi à appliquer, tout en protégeant les droits fondamentaux des personnes ainsi que leurs identités. Le travail de Rachida traite des conflits interpersonnels dans un contexte de conflits de lois -droit international, droit nigérien moderne, us et coutumes. A titre d’exemple, cette question se pose dans les couples où les conjoints ne sont pas de même nationalité. L’impétrante a traité du droit international privé et ses liens, souvent conflictuels, avec les législations nationales, mais aussi les conflits entre les lois nationales écrites et les coutumes dans la gestion des conflits matrimoniaux : divorces, successions, affiliations, garde des enfants en cas de séparation, etc.
Nonobstant sa complexité, reconnue par les éminents spécialistes réunis au sein de ce jury, ce sujet s’impose par sa pertinence et son apport capital pour les sociétés africaines, marquées par la coexistence et la pluralité des statuts juridiques liés à la famille. L’impétrante a proposé dans sa thèse ce qu’elle a appelé ‘’ la question de l’autonomie de la volonté’’ qui consisterait à laisser les personnes choisir la loi à appliquer dans la gestion des conflits interpersonnels.
Après cette présentation, le président du Jury a, en réponse au Directeur de thèse, souligné que l’obstination est une qualité pour un chercheur. « On ne peut pas faire de la recherche sans obstination », a déclaré le Professeur titulaire Agrégé Kenmogne Simo Alain, qui a aussi exprimé son admiration pour la vocation multi-tâches de la candidate.
Puis, les rapporteurs et les examinateurs ont, à tour de rôle pris la parole pour leurs observations, les critiques et les questions. Même s’ils ont relevé, comme dans tout travail académique et scientifique, des points à améliorer, les membres du jury ont unanimement salué la pertinence et l’originalité du thème, la qualité du travail et son apport positif à la réflexion scientifique sur un sujet d’actualité dans les sociétés africaines.
Pour le Prof Deweidi Eric, par ailleurs spécialiste en Droit international Privé, l’impétrante a fait preuve de courage d’aborder un thème dans un contexte de pluralité de statuts comme c’est le cas au Niger et dans beaucoup de pays ouest africains. Le Professeur Nzouabeht Dieunedort renchérit en ajoutant que la candidate a fait montre de témérité en choisissant de traiter un sujet comme le DIP et le transposer en Afrique de l’ouest où règne une multitude de règles.
En définitive, ils sont unanimes que le sujet est pertinent du point de vue académique, mais aussi important pour les sociétés africaines. C’est une contribution pour développer une théorie africaine sur le pluralisme juridique. C’est pourquoi, le jury a estimé que les coquilles relevées n’entachent en rien le fond et la qualité du travail.
Après délibération, le jury a déclaré Mme Hassane Djibo Rachida digne de porter le titre de Docteur et lui a attribué la mention très honorable et avec félicitations.
Siradji Sanda (ONEP)
