La compagnie Miroir de Diffa : Une véritable famille artistique

Société
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L’art ne nourrit pas son homme au Niger, a-t-on coutume de dire. Mais, apparemment au niveau de la troupe « Miroir », on pense le contraire. En effet depuis plus de 15ans dans la capitale du Manga (Diffa), à plus de 1.300km de Niamey, cette troupe culturelle qui n’a fait que prospérer en faisant vivre et briller des valeurs culturelles du terroir, à travers le théâtre, le chant, la danse traditionnelle et le conte. Aujourd’hui, dans le contexte d’état d’urgence sécuritaire qui prévaut dans la région, cette troupe s’est donnée la mission de détendre l’atmosphère, avec des séances d’animation portant des messages relatifs à la lutte contre l’extrémisme violent, la coexistence pacifique entre les autochtones et les réfugiés pour une résilience conséquente des communautés face à la crise. En toute fierté, Miroir reflète la richesse culturelle de la région du soleil levant et procure du sourire aux populations.

Derrière cette troupe, M. Tassiou Moussa Ba Wando, la cinquantaine, enseignant de formation qui a quitté la fonction publique pour faire de l’art son métier que s’approprient aussi ses quatre femmes et ses enfants. « Ma famille est artistique. Parmi mes femmes, il y’a celle qui écrit des chansons, il y’a une scénariste. Mon fils s’occupe de la caméra. Mes filles qui sont à l’université écrivent aussi des scénarios. A chaque fois que nous avons un spectacle en perspective, nous nous mettons en contribution ». Le président de la troupe explique que les jeunes avec qui il travaille jusqu’ici, étaient pour la plupart dans le groupe depuis leur primaire. « Ils sont avec nous depuis l’époque des événements de Sukabé. Dès qu’ils finissent leurs études, ils reviennent reprendre avec nous », précise-t-il. C’est ainsi que Miroir se retrouve avec beaucoup d’élèves et d’étudiants ainsi qu’un autre ancien enseignant et une ancienne infirmière.

La troupe Miroir est connue du large public nigérien, pour n’avoir jamais manqué de représenter la région de Diffa lors des grandes rencontres culturelles nationales telles que la parenté à plaisanterie, les festivités de la fête tournante du 18 décembre de chaque année, dont la team de Tassiou Ba Wando est sortie plusieurs fois lauréate du premier prix.  C’était le cas en 2003 à Tahoua et à Dosso récemment.  A l’en croire, entre 2013 et 2016, la troupe a effectué avec des partenaires humanitaires des spectacles de sensibilisation sur la paix dans 520 villages et quartiers de la commune de Diffa, Bosso, et Mainé-Soroa.

 « En dehors des prestations commandées par les humanitaires, dans le cadre de leurs campagnes de sensibilisation, nous faisons librement des spectacles dans les Maisons des Jeunes et de la Culture (MJC), mais aussi dans les quartiers. Et l’engouement y est », a dit le président de la troupe Miroir. Selon M. Tassiou Ba Wando, les membres permanents du groupe sont une dizaine. Ils ont des salaires qui vont de 200.000 à 400.000FCFA pour chacun et des primes souvent. Et les autres ont des primes après chaque prestation. « Nous n’avons jamais eu un quelconque problème direct ou raté un spectacle vis-à-vis de la menace terroriste. Dieu merci, nous avons pu faire des tours dans des villages de la région, malgré l’insécurité », se réjouit-il.  

« Au début, c’était décourageant. Nous n’étions que 5 membres. C’est à ma propre famille que je fais appel pour jouer : mes femmes, mes enfants et moi », confirme M. Tassiou Ba Wando. Selon le président de la troupe qui assure aussi la responsabilité de directeur artistique, Miroir compte à ce jour plus de 40 membres qui font des tâches bien réparties selon les talents et les compétences. En effet, la troupe qui est plutôt une entreprise sociale dispose d’une équipe complète au point de s’auto produire aisément, sans faire recours à un quelconque label : des comédiens, des danseurs, des techniciens et d’une véritable organisation administrative. L’activité phare étant notamment le théâtre, au sein du groupe, il y’a ceux qui jouent le radiophonique, certains font du théâtre sur scène et d’autres sont plutôt dans les métrages vidéos. N’empêche, il y a quelques acteurs plus ou moins polyvalents. « C’est tout un laboratoire. Nous travaillons tous les jours et nous produisons en moyenne quatre spectacles chaque semaine. A chaque fois que vous nous voyez sur scène, nous présentons nos propres créations et nous ne les reprenons pas. C’est ce qui fait notre force », précise le directeur artistique qui, en termes d’individualité d’artistes membres de la troupe est lui-même écrivain et metteur en scène. Il ajoute que l’un des atouts de la troupe c’est d’avoir des artiste-chorégraphe-scénaristes avec des niveaux universitaires, bac et BEPC. Ce qui leur est très utile dans la création du théâtre participatif en particulier.

Parallèlement à ses activités culturelles, le groupe est aussi prestataire de services de locations des bâches, chaises et dispositif de sonorisation, pour des cérémonies, meetings politiques, prêches et autres rassemblements. Ce qui permet à la troupe d’avoir plus de revenus pour faire face à ses charges. 

Par  Ismaël Chékaré, (onep) Envoyé spécial